Economie

Chômage des jeunes: L'incubateur des risques majeurs

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5092 Le 24/08/2017 | Partager
Baisse de l’effectif, hausse du taux de chômage
Huit chômeurs sur dix sont des citadins
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Les diplômes de niveau moyen regroupent les certificats de l’enseignement primaire, ceux du secondaire collégial et les diplômes de qualification ou de spécialisation professionnelle. Les diplômes de niveau supérieur regroupent les baccalauréats, les diplômes de techniciens ou de techniciens spécialisés ainsi que  les diplômes d’enseignement supérieur (facultés, grandes écoles et instituts)

Les dernières données du HCP sur le marché du travail font état d’un repli de la population active d’environ un point. Cette baisse réduit mécaniquement le taux de chômage. La population active (population de plus de 15 ans qui travaille ou qui cherche un emploi) est passée de 11,813 millions à 11,027 millions de personnes. Donc seulement un effectif de 14.000 personnes était demandeur d’emploi en 2015.

Avec la création nette de 33.000 postes de travail, le nombre de chômeurs s’est ainsi contracté de 19.000 personnes. Mais la vérité est ailleurs. Elle tient, pour l’essentiel, au chômage des jeunes. Tout particulièrement, les diplômés résidant dans le milieu urbain. Environ huit chômeurs sur dix sont des citadins et les deux tiers sont âgés de moins de 30 ans. Sans oublier que la part des jeunes de 15-24 affiche le taux le plus élevé du chômage: 21% dont le tiers détient un diplôme de niveau supérieur.

Plus grave, 28% de cette frange de population n’était ni en emploi, ni en éducation ni encore en formation. Et l’écrasante majorité est de sexe féminin (45,1%) contre 11,4% pour les jeunes hommes. C’est en effet cette catégorie qui représente l’enjeu le plus important pour l’économie nationale. Bien que sa part soit en légère baisse sur la dernière décennie (2004-2014), elle reste néanmoins nombreuse: environ 20% de la population, selon les résultats du dernier recensement général de la population et de l’habitat. (Voir également l’édition de L’Economiste du 16 août 2017).

Le  nombre est estimé à près de 6,1 millions de personnes. Et les projections à l’horizon 2030 font état d’un effectif significatif s’établissant à 5,6 millions de personnes.  L’analyse des dernières données du HCP sur le marché du travail révèle que le chômage des jeunes de 15-24 ans prend de l’ampleur selon des formes inédites. Ce qui  interpelle les décideurs à s’y intéresser avec une nouvelle vision. Tant les risques à terme sont incalculables. Cette frange de population affiche d’abord le taux d’activité le plus faible en comparaison avec les autres groupes. (Voir infographie ci-contre). Ce taux  a enregistré  entre 2000 et 2014 la baisse la plus importante passant de 45,8% à 32,6%, contre respectivement 53,1% à 48% à l’échelle nationale. A tel point que pas un foyer marocain ne compte 1 à 2 chômeurs, voire plus.

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Une situation alarmante: La part des jeunes âgés de 15 à 24 ans qui ne sont ni en emploi, ni en éducation, ni en formation représente 27,9% au niveau national, soit environ 1,8 million. Sur ce chiffre, les jeunes filles totalisent 1,4 million. Elles représentent la population la plus pénalisée. Une population qui ne peut ou ne veut pas travailler, elle est au foyer familial et souvent à la recherche d’orientation

Les jeunes de 15-24 ans sont en effet les plus affectés par le chômage. Le recensement du HCP estime le nombre de chômeurs parmi cette catégorie de population à plus de 406.130 jeunes, soit le tiers de l’effectif national non employé. Alors que le taux de chômage enregistrait un recul, passant de 20 à 9,9% entre 2004 et 2014, celui des jeunes est resté sur un trend haussier. Sur la même période, il s’est aggravé d’un point. Cette évolution  est encore plus significative en termes de dégradation pour les diplômés de niveau supérieur (Voir infographie). Ainsi, les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur,  âgés de moins de 25 ans, notamment  ceux du milieu urbain, ont un taux de chômage qui atteint 62,7% en 2014, alors que paradoxalement celui des sans diplômes de la même tranche d’âge n’est que de 9,8%.

Aussi, est-on en droit de s’interroger sur les causes de cette situation qui ne cesse d’empirer. Bien évidemment, le phénomène trouve ses origines dans le déficit de création d’emplois. Lui-même est lié à la croissance économique qui reste en dessous du niveau requis pour stimuler le marché du travail. Le tout est aggravé par des dysfonctionnements à tous les étages: inadéquation entre la formation et l’emploi, réticences des entreprises  à recruter les primo demandeurs et  leur  préférence portée plus sur le travail non qualifié car faiblement rémunéré et non protégé.

La situation des jeunes génère de nouvelles formes de pauvreté, de précarité, de vulnérabilité et d’exclusion. D’où un ressentiment d’injustice qui gagne de plus en plus cette jeunesse frappée de plein fouet par le désœuvrement. D’autant plus que le chômage des jeunes touche toutes les couches de la société, y compris les familles aisées. Il affecte également beaucoup plus les filles que les garçons. Il n’épargne aucune région et s’installe dans les villes plus que les campagnes.
Et quand ces jeunes trouvent une occupation, c’est à hauteur de 54% dans le secteur agricole et dans une moindre mesure les services et le BTP. Certains, faute de mieux, n’ont pas hésité à se recycler en aides familiales. Ils ont ainsi opté pour la précarité totale.

Quelques définitions 

◆ Population active: Elle est constituée de toutes les personnes des deux sexes qui constituent la main d’œuvre disponible pour la production des biens et services. Elle comprend, d’une part, les personnes pourvues d’un emploi ou actives occupées, et d’autre part, les personnes actives en chômage.
Actifs occupés: La population active occupée comprend toutes les personnes, âgées de 15 ans et plus, participant à la production de biens et services, ne serait-ce que pour une heure, pendant une brève période de référence spécifiée et toutes les personnes pourvues normalement d’un emploi, mais absentes de leur travail pour un empêchement temporaire. Il s’agit d’un concept large qui englobe tous les types d’emplois, y compris le travail occasionnel,  à temps partiel et toutes les formes d’emplois irréguliers.
◆ Chômeurs: La population active en chômage est constituée des personnes âgées de 15 ans et plus, qui n’ont pas une activité professionnelle et qui sont à la recherche d’un emploi. La notion de recherche d’un emploi est utilisée au sens large. Ainsi, les enquêtés qui avancent une raison de «non recherche» qui est indépendante de leur volonté, sont considérés comme chômeurs (personnes découragées par la recherche active). C’est le cas des personnes qui:
- croient que le travail est non disponible dans leur localité de résidence
- déclarent ne pas avoir le niveau de formation, de qualification ou d’expérience nécessaire pour accéder à un emploi
- sont trop jeunes ou trop âgées pour être embauchées par les employeurs
- ont un handicap personnel pour trouver un emploi,  une promesse d’embauche ou attendent une réponse de l’employeur potentiel.

Flux de nouveaux arrivants sur le marché du travail

  • 600.000 jeunes chaque année
  • Environ 210.270 hommes à intégrer  
  • Environ 135.521 femmes à intégrer
  • 150.000 départs à la retraite  à remplacer
  • Stock: 3,23 millions inemployés ou employés précaires à réintégrer au marché de l’emploi

 

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