Economie

Les syndicats dans l’attentisme

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5079 Le 03/08/2017 | Partager
Aucune visibilité sur le dialogue social
Les rencontres sectorielles n’ont pas démarré
Refonte de la grille de l’IR et hausse de salaire… les points pour la loi de finances 2018
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Le nombre de journée de travail perdues atteint les 500.000 en 2016. Cela s’explique par des taux de participation élevés aux grèves et par des conflits qui durent plus longtemps

«La tension sociale monte sans que le gouvernement ne réagisse. Les conflits se déclenchent et durcissent rapidement», soutient El Miloudi El Mokhareq, secrétaire général de l’UMT. A la FDT, Abdelhamid Fatihi, secrétaire général, parle «de climat politique qui impacte le social et de l’attentisme qui prévaut».

En juin dernier, Saadeddine El Othmani, chef de gouvernement, a demandé à ses ministres de tenir des réunions sectorielles pour préparer le dialogue social au niveau national.  Une demande restée lettre morte accentuant le malaise avec les syndicats. Surtout que la démarche poursuivie ne fait pas l’unanimité.

Pour eux, l’idéal aurait été de tenir un dialogue national durant lequel les différentes parties se mettraient d’accord  sur les principes généraux et les dossiers à traiter avant d’aller vers les rencontres sectorielles. «Les départements ministériels n’ont aucune marge de manœuvre, en particulier par rapport aux mesures ayant un impact budgétaire. L’aval du ministère des Finances reste incontournable», poursuit le patron de l’UMT.

Les organisations syndicales espèrent que le gouvernement se rattrapera en organisant une rencontre en septembre,  à la rentrée sociale. Celle-ci devrait précéder le démarrage des discussions de la loi de finances. «Les principes généraux de cette loi et de tous les textes doivent être discutés à l’avance», soutiennent les syndicats. Ils espèrent que leurs revendications, en particulier, celles ayant un impact notamment dans la loi de finances 2018. C’est le cas en particulier pour l’IR, impôt dont plus de 75% des recettes émanent des salaires. «Cet impôt est prélevé à la source pour les salariés du privé et les fonctionnaires. Il faut réaménager toute la grille» , déclarent les syndicats. 

L’UMT propose de porter la tranche exonérée à 36.000 DH contre 30.000 DH actuellement. Le syndicat est favorable à un taux de 8% pour les revenus compris entre 36.001 DH et 56.000, 14% pour la tranche comprise entre 56.001 et 66.000 DH, 20% pour celle allant de 66.001 DH à 86.000 DH.   A cela s’ajoutent un taux de 30% pour les tranches de revenu de 86.001 à 186.000 et de 34% pour celle allant de 186.001 à 600.000 DH. Au-delà de 600.000, l’organisation syndicale propose un taux de 38%.

Les organisations syndicales s’accrochent aussi à l’augmentation des salaires dans le public comme dans le privé. «Nous assistons à une dégradation du pouvoir d’achat surtout que les salaires n’ont pas bougé depuis 2011», soutient Fatihi. Or, dans la fonction publique, le salaire net mensuel moyen a augmenté de 44,38% entre 2007 et 2016: il est passé de 5.333 à 7.700 dirhams alors que le salaire minimum a augmenté à 3.000 DH.

  Selon le ministère des Finances, le salaire net mensuel moyen représente 3,2 fois le PIB par habitant contre 1,5 en Tunisie, 1,1 en Turquie et 1,4 en Jordanie. Reste que l’efficacité, la productivité et la qualité de service ne suivent pas. Les charges du personnel représentaient 39,4%  des dépenses du budget général en 2016 dépassant de plus de 15 points la part de l’investissement (23,3%).

Une revalorisation des allocation familiales est également attendue. Celle-ci avait fait l’objet d’âpres discussions avec le gouvernement Benkirane II avant d’être abandonnée. Son impact serait important en particulier dans le secteur privé. Les simulations réalisées par la CNSS relèvent qu’une hausse des allocations familiales à 300 DH par enfant pour les trois premiers et 50 DH par enfant pour les autres (jusqu’à concurrence de 6 enfants) coûterait 2,6 milliards de DH. Elle se solderait par un déficit financier dès 2023 et nécessiterait une hausse du taux de cotisation de 0,16% pour assurer l’équilibre jusqu’en 2026.

Faire «perdre au Maroc 5 années»

Dans son discours du Trône du 29 juillet, le souverain a adressé de sévères critiques aux partis politiques. El Miloudi El Mokhareq, secrétaire général de l’UMT, estime que «c’est un discours de vérité vis-à-vis d’une certaine classe politique constamment en guéguerre en interne ou avec d’autres partis pour des calculs politiques et électoralistes». Ce qui a fait «perdre au Maroc 5 années» pour le décollage économique. «Nous avons toujours dénoncé les méthodes de certains partis politiques qui ont relégué au second plan le rôle d’encadrement de la population ainsi que l’écoute des citoyens», poursuit le patron de l’UMT. Il rappelle que les demandes de médiation et les mémorandums adressés au chef de gouvernement, à la majorité et à l’opposition ne suscitent aucune réaction.

 

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