Economie

Sel alimentaire: Danger sanitaire… pour un brin d’iode!

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5077 Le 01/08/2017 | Partager
22 ans après, la loi toujours bafouée
L’Onssa promet de passer à la répression l’année prochaine
Sur 100 producteurs, le quart autorisé

Que vaut l’ultimatum de l’Onssa aux exploitants du sel alimentaire? En recevant, la semaine dernière, les membres de l’Association marocaine de la production et de l’industrie du sel, l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires a promis de garantir la traçabilité de la chaîne de valeur dès 2018. Et toute marque non autorisée sera retirée  de la vente. Visiblement, il y a de quoi rassurer les opérateurs structurés ainsi que le consommateur contre les méfaits du sel non iodé.

Seulement, l’annonce intervient 22 ans après l’adoption de la loi imposant l’iodation du condiment naturel. Ceci, faut-il le rappeler,  avec l’appui et l’accompagnement de l’Organisation des Nations unies via l’Unicef. Or, dans le cas d’espèce, l’activité compte à peine une centaine d’exploitants (production, transformation et conditionnement) dont les ¾ s’activent dans l’informel.

Comment expliquer ce laisser-aller, pourtant trop préjudiciable à la santé publique? Comment se fait-il aussi qu’aucun des 3 départements ministériels impliqués n’ait pu faire évoluer ce dossier malgré le nombre réduit des opérateurs? En effet, «jusqu’à présent, on continue de faire dans la sensibilisation», avoue, résigné, le président de l’AMPIS, Ali El Amrani. Maintenant, l’Office «promet de passer à la répression dès la fin de l’année», se réjouit El Amrani. Auparavant, une journée réunissant l’ensemble des intervenants (administration et professionnels) aura lieu début octobre prochain, est-il annoncé.

L’objectif est de généraliser l’iode à l’ensemble du sel alimentaire. Sur le terrain, le produit est largement compétitif et l’import des machines est assuré par deux entreprises. Actuellement, le prix de l’iode s’établit à 450 DH/kg/HT contre 800 DH il y a quelques années. Le produit est également disponible dans des petits emballages de 2,5 kg.
A rappeler que la profession avait mis au point, en collaboration avec l’Onssa, un guide de bonnes pratiques pour faciliter l’intégration de l’informel. Ceci, pour se conformer à la loi 28-07 relative à la sécurité sanitaire des produits alimentaires. Une loi portant création de l’Office lui-même. Mais depuis, la situation s’est sensiblement dégradée. «A tel point que des transporteurs de sel se convertissent en fournisseurs», révèle le président de l’AMPIS. Une semi-remorque d’une charge utile de 20 tonnes transporte le double depuis le sud du pays sans être inquiétée ni par la gendarmerie ni par les agents du ministère du Transport!

La production marocaine du sel provient de trois sources: les exploitations, les marais salants et les mines. Or, seuls les permis miniers et les marais salants sont sous contrôle. Bien évidemment en ce qui concerne l’extraction. Mais sur le plan sanitaire, les destinations restent opaques. Il n’est pas rare qu’un sel gemme destiné à l’enneigement soit broyé et cédé comme sel alimentaire.

De même, si les permis miniers et les marais salants obéissent au code minier et au régime juridique du domaine de l’Etat, l’informel prédomine. Deux types de producteurs et conditionneurs coexistent dans le secteur. Les structurés qui acquittent impôts et taxes. Les autres, les plus nombreux, ne sont contrôlés par aucune administration et ne payent aucune taxe.

Outre le problème d’organisation, l’insalubrité caractérise également la qualité du produit. En effet, cette qualité est déterminée, entre autres, par les procédés d’extraction utilisés. Or, il faut rappeler que le sel alimentaire distribué au Maroc provient de diverses origines. Outre son origine marine, la plus connue, le sel existe également sous forme de minerai ou sel gemme dans de nombreux gisements sédimentaires.

Ainsi, lorsqu’il s’agit de marais salants, l’extraction se fait par évaporation naturelle. Ce procédé permet d’obtenir un produit relativement pur. Ce n’est pas le cas lorsqu’il s’agit d’extraction de sel gemme. Ce type de minerai est extrait soit de carrières ou de mines. L’inconvénient du sel gemme, par contre, est qu’une fois broyé, il contient souvent des impuretés. Pourtant, c’est dans cet état que le sel gemme est livré à la consommation par certains producteurs.

Du gain à l’export

LA production du sel alimentaire atteint en moyenne 350.000 tonnes. Sur ce chiffre, la moitié est destinée à la consommation directe et l’autre moitié au secteur agroalimentaire.
Pour ce qui est du sel gemme, la totalité est en principe orientée vers l’enneigement. Ce qui a permis l’ouverture des marchés à l’exportation, notamment sur l’Europe et les Etats-Unis. Actuellement, deux entreprises, l’une à Mohammedia et l’autre à Laâyoune, s’activent à l’international. Les expéditions se réalisent dans des emballages de 25 à 50 kg.
Le produit est utilisé dans le salage des routes, en cas d’intempéries. La production est estimée à 500.000 tonnes par an. Et l’export varie selon les prévisions de la météo.

Loi et règlements

Décret nº 2-95-709 relatif à l’iodation du sel alimentaire
Ce décret porte définition de «sel alimentaire» et prévoit qu’il soit additionné de l’iode dans une proportion de 80 milligrammes par kilo de sel. Il fixe aussi d’autres normes relatives aux modalités de fabrication, de conditionnement et d’étiquetage.

Implémenté par
Arrêté conjoint du ministre de la Santé publique et du ministre de l’Energie et des Mines nº 2029-96 du 15 octobre 1996 fixant les conditions de déclaration pour la fabrication du sel alimentaire, les spécifications de ce sel et du matériel utilisé pour son iodation.

Arrêté conjoint de la ministre de la Santé et du ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime n° 1486-09 du 19 octobre 2009 fixant la concentration de l’iode dans le sel à la fabrication et à la distribution.o

 

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