Entreprises

Seaskin réinvente la maroquinerie avec la peau de poisson

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:5074 Le 27/07/2017 | Partager
Une startup sociale qui a fait des déchets, de l’innovation industrielle
Un an après son démarrage, elle lance une nouvelle collection avec 2 designers
Une maison de maroquinerie de luxe dans le pipe
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Le cuir à base de peau de poisson, mondialement connu pour être un produit de luxe, est dans le projet Seaskin associé à une démarche éco-responsable en valorisant les déchets de poisson et le savoir-faire des femmes du village de pêche Sidi Rahal (Ph. Seaskin)

Valorisation des déchets et du savoir-faire ancestral ainsi que l’innovation industrielle sont les fondamentaux de la startup sociale Seaskin qui confectionne du cuir à partir de la peau de poisson. Confectionner des vêtements et des chaussures ou sacs avec de la peau de poisson est une technique ancestrale au Maroc. Certes, elle est peu connue et restreinte aux zones côtières pratiquant la pêche, mais son intérêt devient précieux lorsqu’il est question de valoriser le savoir-faire des femmes du village de Sidi Rahal. Cette idée a inspiré le projet «Seaskin», portée par l’étudiante et entrepreneure sociale Nawal Allaoui, et qui aujourd’hui, passe à la vitesse supérieure. «En 2016, et à l’issue de plusieurs visites sur le terrain au village des pêcheurs de Sidi Rahal, plusieurs problématiques ont été relevées: travail difficile, saisonnier et peu rémunéré pour les femmes et des déchets de poissons en grande quantité à Mrissa du village. Revisiter le tannage de la peau de poisson s’est imposé comme la solution idoine à ces problématiques», se rappelle Nawal Allaoui, CEO de la startup Seaskin. 
Le projet a débuté en mars 2016. Plusieurs mois d’essais en laboratoire étaient nécessaires pour expérimenter des produits de tannage écologiques et améliorer la qualité du cuir obtenu. Nawal Allaoui, qui était à l’époque étudiante-ingénieure en 4e année à l’Ecole supérieure de l’Industrie de Textile et d’Habillement (Esith), faisait ses essais avec ses propres moyens, à la fois dans sa propre chambre d’étudiante puis par la suite dans le laboratoire de l’école. Et c’est pendant l’été 2016 que les premiers prototypes ont été réalisés avec de la peau de poisson, tannée par des femmes du village de Sidi Rahal et confectionnés en collaboration avec des artisans de Casablanca. Pour démarrer, trois produits ont été réalisés: des sandales, porte-feuille et pochettes. Presque une année s’est passée depuis, et beaucoup de choses ont évolué. La collecte se réalise aujourd’hui auprès des usines de poisson, restaurants et quelques poissonniers au niveau de Casablanca afin de garantir une bonne qualité de la peau. Le choix de la matière première est en effet important puisque les fournisseurs partenaires sont tenus de transporter celle-ci dans de bonnes conditions d’hygiène et de température vers l’unité de production à Sidi Rahal. Cette unité regroupe aujourd’hui plusieurs femmes, ayant reçu une formation spécifique, et qui transforment la matière première en peaux de poisson, avec différentes textures et couleurs. 
La finition du produit, quant à elle, elle se fait au niveau de Casablanca pour obtenir le cuir qui sera destiné à la confection. Cinq variétés de poissons sont traitées à ce jour, en suivant un procédé de tannage écologique et en utilisant des produits de traitement naturels. «La peau de poisson a des caractéristiques qui la diffèrent des autres peaux d’animaux. Elle est fine et fragile et sent très fort. Il a fallu combiner plusieurs produits naturels pour améliorer la résistance et l’élasticité de la peau, et obtenir différentes colorations, toujours avec des produits naturels», note Allaoui. En effet, la jeune entrepreneure utilise des tanins issus de plantes locales, tout ceci dans un souci écologique. Si aujourd’hui le projet est arrivé à s’autofinancer à travers les ventes, l’ambition de la startup est de le rentabiliser afin de pérenniser la confiance des fournisseurs et des artisans collaborateurs. Afin de passer à la vitesse supérieure, et commencer à réaliser un peu de bénéfices, la jeune startup se lance dans plusieurs actions à partir de cet été. «Nous avons commencé le travail avec de nouveaux fournisseurs pour diversifier les textures et intégrer de nouvelles couleurs dans le but de satisfaire nos clients. Nous préparons également notre nouvelle collection qui sera lancée en août en collaboration avec deux designers marocains, et qui sera disponible sur notre site web en cours de création», annonce Nawal Allaoui.  Et pour régler les difficultés liées à la logistique, un atelier sera mis en place à partir du mois de septembre dans le quartier de Maarif à Casablanca. L’atelier devrait accueillir la dernière phase de préparation du cuir incluant la finition, et se rapprocher en même temps de la clientèle. Et pour marquer le passage à la vitesse supérieure, la startup projette d’ouvrir à partir de 2018 une maison de maroquinerie de luxe, qui met à l’honneur des femmes travaillant le cuir. Ces femmes- artisans, dont l’existence est peu connue, travaillent le cuir d’habitude aux côtés des hommes. Au sein de cette maison de maroquinerie, elles auront la possibilité d’exposer leurs talents, tout en travaillant un cuir de luxe. Ainsi, la startup sociale Seaskin remplit son objectif social en employant des femmes et en valorisant leur savoir-faire, ainsi que ses objectifs environnementaux en valorisant les déchets et utilisant des produits biologiques. Un projet qui réinvente la maroquinerie et la propulse au domaine de l’innovation écologique.

Et des incubateurs pour l’accompagnement

Lors de la COP22 en novembre 2016, le projet Seaskin a pu gagner de la visibilité dans le domaine de l’innovation en présentant le projet dans le stand «zone Innovation». Les premières commandes pour le produit ont commencé à affluer à partir de ce moment, les opportunités de faire partie des programmes d’incubation aussi. Ainsi, la startup a pu intégrer Dare Incubation, le programme phare du Centre marocain pour l’Innovation et l’Entrepreneuriat social (Moroccan CISE). En outre, le projet a intégré le Cluster industriel pour les services environnementaux (CISE), à l’École supérieure de l’Industrie du Textile-Habillement (Esith) ainsi que Empact, le programme d’accélération de Enactus.

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