Régions

Plage Oualidia: Le pavillon bleu suspendu

Par Nadia DREF | Edition N°:5072 Le 25/07/2017 | Partager
La Fondation Mohammed VI attend la fin des travaux sur la corniche pour statuer
La société de construction épinglée pour vol de sable et destruction du domaine public
La société civile appelle à la protection de cet écosystème connu pour sa biodiversité
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L'état actuel de la station de Oualidia fait émerger les défaillances de gouvernance et de gestion. Ceci met en péril la santé et la sécurité des estivants ainsi que le respect de l'environnement (Ph. Privé)

Saison fortement compromise pour la plage Oualidia, une des côtes les plus fréquentées durant l’été. La Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement a suspendu provisoirement l’attribution du label pavillon bleu. Pour l’obtenir, il faut que la commune termine les travaux en cours au niveau de la corniche et que le jury statue sur le respect de tous les critères, a confié à L’Economiste une source autorisée de la Fondation. Le président de la commune de Oualidia, Abdelkbir Wifki, souligne de son côté «avoir demandé à la Fondation de reporter l’octroi du label jusqu’à la fin des travaux prévue pour fin juillet. Actuellement, le chantier avance à hauteur de 85%. Nous serons dans les temps». Pour décrocher le pavillon bleu, la commune doit informer la Fondation de la fin des travaux. C’est au jury d’en décider à ce moment-là.
Mais est-ce suffisant? Le dispositif de sécurité nautique, faisant partie du cahier des charges de l’octroi du label, est défaillant. «La protection civile ne remplit pas son rôle correctement mettant en péril la vie des nageurs», commente un habitant de la ville.

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Pour l’heure, les estivants  doivent prendre leur mal en patience. Le chantier de réaménagement des toilettes publiques a pris du retard, du fait de la lourdeur administrative. «Le premier appel d’offres a été déclaré infructueux. Ce n’est qu’après le lancement du second que le marché a été attribué à une société qui a démarré les travaux à la mi-juin», soutient le président de la commune. Ce retard a sérieusement impacté les conditions d’estivage. D’une part, les travaux gênent les estivants et de l’autre, cela impacte négativement l’environnement. «Du fait du manque de toilettes publiques, les excréments humains dans la lagune, engendrent une quantité de coliformes fécaux menaçant la production ostréicole, et les mollusques», s’indigne un membre de la société civile.

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Cerise sur le gâteau, la société en charge du chantier a pillé le sable de la plage centrale,  en pleine journée, devant les yeux des estivants. Ceci a endommagé aussi bien la plage que les dunes. Actuellement la gendarmerie et la justice ont saisi le dossier. Une enquête est en cours.
D’autres défaillances ont été relevées. L’ensemble de la corniche de Oualidia est délabré, présentant des effondrements de murs de façades sur la plage et dans la lagune. C’est le cas de l’hôtel Chems, en ruine et devant être détruit depuis quelques années pour laisser place à un jardin public et à des maisons de particuliers. S’y ajoute l’extension immobilière des Jardins de la lagune, stoppée depuis 10 ans pour non-conformité et qui demeure, dans son gros-œuvre, sur la plage. La promenade située à la Crique des pêcheurs, construite sans respect des normes, s’est aussi effondrée. L’extension majeure d’une voie entreprise sur la zone sud de la station, met en péril le cordon dunaire déjà très dégradé par l’activité intense des loueurs de quads circulant librement et en masse.

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D’autres activités non réglementaires pullulent au sein de cette station et portent atteinte à la biodiversité de ce riche écosystème. Un grand nombre de barques de promenades est utilisé aussi pour assurer la traversée des estivants de la plage à la presqu’île. L’intensification de l’activité kayaks et pédalos, sans respect des normes de sécurité, engendrant nombre d’interventions. Et ce sans oublier, l’activité intense de loueur de parasols, de transats, avec organisation de barbecue (chwaya) engendrant une quantité d’ordures non collectées. Des loueurs de planches de surf donnent même des cours, sans aucune formation et respect des règles de sécurité.
La lagune de Oualidia est classée par la convention Ramsar, zone humide d'importance internationale particulièrement comme habitat des oiseaux d'eau. Ses deux principales caractéristiques sont liées aux oiseaux migrateurs et nicheurs et à la faune marine. Les eaux calmes et protégées sont assimilables à une maternité pour la faune marine. «Malheureusement, malgré cette classification, ainsi que l’implication de Sa Majesté Mohammed VI pour la préservation, le site est en péril sur plusieurs plans. Plusieurs plaintes et courriers ont été adressés à la province de Oualidia. Toutefois, une action récente menée au travers des réseaux sociaux commence à porter ses fruits», estime un membre de la société civile, sous couvert d’anonymat. Une page sur Facebook s’intitulant «il faut sauver Oualidia» dénonce les négligences au niveau de l’aménagement et de l’entretien de la plage. Elle a permis la collecte de signatures dans le cadre d’une pétition adressée à la présidente de la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement et du gouverneur de la province de Sidi Bennour. 
 

Critères d’octroi du label

L’octroi du label pavillon bleu à une plage se fait sur la base du respect de plusieurs critères. Citons la qualité des eaux de baignade, l’information, la sensibilisation et l’éducation à l’environnement, l’hygiène et la sécurité ainsi que l’aménagement et la gestion. Ces critères sont contrôlés tout au long de la saison par un comité national sous la supervision de la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement. A la moindre défaillance, cette dernière ne peut délivrer ce label.

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