Economie

Les espoirs des statisticiens africains

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5071 Le 24/07/2017 | Partager
Les experts d’une quarantaine de pays réunis au 61e congrès de la statistique
Pour se préparer aux agendas 2030 et 2063
Une rencontre «satellite» dans le processus existant

«La statistique doit être prise au sérieux!» explique le directeur général de l’institut de statistique en Tanzanie. Représentant d’un des 40 pays africains venus à cette rencontre des DG des instituts nationaux de statistique (INS), il insiste en affirmant que «très peu de pays appliquent la charte africaine de la statistique et trouver des partenaires est toujours une lutte». Tisser des liens entre statisticiens du continent a donc été la volonté du Maroc en imposant dans le processus existant du congrès de la statistique, ce rendez-vous dédié au rôle de la statistique dans l’intégration de l’Afrique. Car, comme le rappelle Giovanie Biha, secrétaire exécutive adjointe de la CEA (commission régionale du Conseil économique et social de l’ONU), «2015 a été une année déterminante avec l’adoption des 2 agendas 2030 et 2063, qui demandent de travailler sur les mécanismes de collecte, traitement, analyse, archivage des données, tout en se penchant sur les technologies innovantes». L’heure est ainsi à la mise à niveau de la profession en Afrique. En ligne de mire: la nécessité d’harmoniser les statistiques à l’échelle continentale. Et pour avancer, il faut déjà reconnaître ses propres faiblesses. Législation statistique non favorable et dépassée, manque de données qualitatives et ventilées, faible niveau d’appréciation de la profession, désintérêt des politiques, accès limité à l’information… les statisticiens africains doivent composer avec autant d’entraves. Un représentant du Nigéria rappelle que dans son pays «il y a un réel problème de perception des statistiques, particulièrement chez les jeunes, car cette perception est déjà peu favorable au sein même des gouvernements». Pour lui, la priorité reste la formation et le renforcement des capacités. Du côté de Djibouti, si les systèmes statistiques marchent bien pour un programme minimal comme le recensement, «mesurer l’impact des grands projets engagés dans le pays ou celui de l’immigration reste la grande inconnue, les statisticiens chez nous n’arrivant pas à capter ce genre de données» déplore la directrice de l’institut national. 
Alors la bonne nouvelle est ce projet d’une prochaine conférence au Maroc en 2019, organisée par le HCP et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique. Histoire de se préparer à une tâche qui est immense pour s’acquitter du rôle déterminant de la statistique dans la mesure, le suivi et l’évaluation d’une mise en oeuvre cohérente des objectifs auxquels ces pays ont souscrit au titre notamment de l’agenda 2063 pour le développement de l’Afrique et l’agenda international de développement durable 2030. Les statisticiens africains se devant d’accompagner leur réalisation aux échéances convenues et à en faire de puissants leviers dans l’édification d’un modèle de développement endogène au service de l’intégration économique régionale. Pour autant, le Haut-commissaire au plan, Ahmed Lahlimi Alami, prévient: «il nous faut présenter de bons projets pour décrocher des financements, mais les statisticiens n’en ont pas les moyens. Pour accompagner ces agendas multidimensionnels et faire face à la masse des données, nous avons besoin de ressources humaines compétentes, et donc d’une volonté politique forte des pays. Valoriser le métier pour éviter que nos ingénieurs les plus performants quittent nos instituts pour des postes mieux rémunérés». Peut-être la première pierre à l’édifice de la statistique africaine. 

«Agendas 2030 et 2063», quels objectifs?

  • 2030: celui du développement durable, avec 17 objectifs et 3 engagements. Ce plan d’action pour les populations, la planète et la prospérité, qui se veut un partenariat collaboratif mondial, prévoit notamment de donner les moyens de vivre une vie saine et promouvoir le bien-être de tous à tous les âges, de combattre la désertification, ou encore de bâtir une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et encourager l’innovation.
  •  2063: adopté par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine. Il s’agit là d’un appel à l’action à tous les segments de la société africaine à travailler ensemble pour construire une Afrique prospère et unie, fondée sur des valeurs communes et un destin commun.
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