Culture

Jack Lang: «Le Maroc, une influence intellectuelle et spirituelle très forte en Afrique»

Par Aïda BOUAZZA | Edition N°:5071 Le 24/07/2017 | Partager
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Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe à Paris: «La mission de l’IMA est d’aider à découvrir des sujets, des œuvres qui sont parfois oubliés, occultés, ignorés ou encore défigurés» (Ph. AFP)

A quelques jours de la fin de la manifestation «Trésors de l’Islam en Afrique. De Tombouctou à Zanzibar», Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe à Paris revient sur cette exposition-évènement inédite qui s’achève le 30 juillet. A la tête de cette institution depuis 2013, l’ex-ministre de la Culture français, grand ami du Maroc, rappelle également la présence du Royaume au sein de cette exposition à travers son influence intellectuelle et spirituelle.

- L’Economiste: Paris connaît une véritable saison africaine cette année. Pourquoi l’IMA a choisi de traiter des Trésors de l’Islam en Afrique?
- Jack Lang: Nous choisissons toujours des sujets inexplorés ou mal explorés. La mission de l’IMA est d’aider à découvrir des sujets, des œuvres qui sont parfois oubliés, occultés, ignorés ou encore défigurés. Dans le cas de l’Afrique subsaharienne, l’histoire telle qu’elle est rapportée par les pays ex-coloniaux, donne parfois une vision caricaturale du continent. Par exemple, il est propagé que l’Afrique subsaharienne serait une civilisation purement orale, or l’exposition montre que l’écriture, et le Maroc y a sa part dans l’histoire de l’Afrique à différentes périodes, à des moments brillants de grands empires africains. L’Afrique subsaharienne accorde une grande place à l’écriture en lien avec l’Islam, le Coran. Certains des plus beaux manuscrits de l’Histoire s’y trouvent. Autre idée propagée, l’Islam aurait pris racine sur le continent par la conquête, or en Afrique subsaharienne il n’y a pas eu de conquête arabe. C’est à travers les commerçants, les intellectuels, que progressivement l’Islam s’est répandu. L’exposition montre toutes les richesses, toutes les beautés de l’Afrique et de l’Islam notamment à travers l’architecture de Tombouctou à Zanzibar. Pour résumer, nous avons voulu braquer les projecteurs sur ces richesses, l’originalité des trésors artistiques de cette religion et mettre en lumière la brillante histoire du continent parfois occultée par les colonisateurs. 

- Le parcours de l’exposition propose de découvrir près de 300 œuvres. Quelle est leur particularité?
- Parmi les pièces les plus spectaculaires de l’exposition, figurent les manuscrits de Tombouctou, patrimoine de l’humanité, qui bénéficient d’une présentation spéciale et originale. Beaucoup d’entre eux sont inconnus et la plupart ont failli disparaître. En plus de ces œuvres traditionnelles, figurent des sculptures, des peintures, des photographies remarquables mais aussi des œuvres contemporaines conçues par des artistes africains. C’est toute la luxuriance de l’art africain influencé par l’Islam qui est exprimée. 

- Lors de l’inauguration de cette manifestation, vous avez fait allusion à la lutte contre les préjugés. De quelle manière y parvient-on? 
- En montrant la richesse et la créativité et la puissance des civilisations de l’Afrique. Pendant longtemps, nous étions amenés à penser que dans le continent il n’y avait pas de place pour l’écrit, la créativité contemporaine ni pour un Islam éclairé, modéré et tolérant. Le Maroc est très présent, se trouvant à la jonction entre le Nord et le Sud, à travers l’art, les écrits, la pensée et la Tijania notamment. Le Maroc est une influence intellectuelle et spirituelle très forte en Afrique subsaharienne.o

 

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