International

Les relations du couple germano-turc s’enveniment

Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5070 Le 21/07/2017 | Partager
Une réorientation de la politique allemande à l’ordre du jour
A l’origine, la dégradation du respect des libertés en Turquie
L’adhésion au sein de l’UE au point mort
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Plusieurs manifestants réclamant la libération des militants des droits de l’Homme, notamment ceux d’Amnesty International, face à l’ambassade turque à Paris hier jeudi (Ph. AFP)

Depuis l’arrestation de militants des droits de l’Homme, la Turquie est encore une fois au cœur des débats en Europe. 
L’Allemagne a annoncé hier jeudi vouloir revoir sa politique concernant ce pays. En effet, lors d’une conférence de presse à Berlin, Sigmar Gabriel, chef de la diplomatie allemande, a déclaré qu’«une réorientation de la politique à l’égard de la Turquie» devrait être envisagée, affirmant que les violations des droits de l’Homme «ne peuvent rester sans conséquences». L’accent a été mis sur la volonté de la Turquie de «faire revenir en arrière la roue de l’Histoire» en réduisant «au silence toutes les voix critiques», selon les propos de Sigmar Gabriel. Le ministre avait même interrompu ses vacances pour participer à une réunion «d’urgence» face à la dégradation du respect des libertés en Turquie, accentuant le bras de fer entre les deux pays. Ces tensions font suite à l’incarcération par la police turque de militants de droits de l’Homme, accusés d’avoir commis «un crime au nom d’une organisation terroriste». Cette expression renvoie aux partisans du prédicateur Fethullah Gülen, mis en cause dans la préparation du putsch manqué le 15 juillet 2016. Depuis, ce sont neuf Allemands dont quatre binationaux qui ont été arrêtés. Parmi eux, Deniz Yücel, journaliste germano-turc du quotidien allemand Die Welt ainsi que Peter Steudtner, instructeur lors d’un séminaire organisé par l’ONG Amnesty International à Istanbul. Le gouvernement jugeant les accusations «absurdes», les autorités allemandes avaient convoqué l’ambassadeur de Turquie à Berlin en signe de protestation. Les réactions à Ankara ne se sont pas fait attendre. Le ministre turc des Affaires étrangères a jugé «inacceptables» les critiques allemandes. Selon lui, elles «constituent une interférence directe dans la justice turque qui dépasse les limites».

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Le chef de la diplomatie allemande et ministre des affaires étrangères Sigmar Gabriel annonçant la décision de son pays de réviser sa politique à l’égard de la Turquie (Ph. AFP)

L’imbroglio se poursuit. L’Allemagne a décidé ce jeudi de renforcer ses mises en garde concernant les voyages de ses ressortissants en Turquie. Le ministère des Affaires étrangères a actualisé ses recommandations, plus sévères que les précédentes, appelant à une «prudence renforcée» et à se «faire enregistrer auprès des consulats».  Ces tensions incessantes pourraient avoir de lourdes conséquences politiques et économiques. L’Allemagne est le plus grand pourvoyeur de touristes de Turquie et l’un de ses  partenaires commerciaux les plus importants. Le ministre Sigmar Gabriel a même indiqué qu’«il n’est plus possible de recommander des investissements dans un pays qui ne respecte pas l’Etat de droit».  Les fonds perçus par la Turquie de la part de l’UE dans le cadre du processus de rapprochement sont également en danger puisque l’Allemagne entamerait des discussions avec ses collaborateurs. La question de l’adhésion du pays est quant à elle au point mort.

Safaa Choukri et T.E.G.

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