International

Turquie: La terrible répression se poursuit

Par L'Economiste | Edition N°:5068 Le 19/07/2017 | Partager
6 militants d’Amnesty International toujours détenus
L’état d’urgence prolongé
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Andrew Gardner, chercheur spécialiste de la Turquie à Amnesty, qualifie ces arrestations de «choquant simulacre de justice» (Ph. AFP)

Les arrestations se multiplient en Turquie.  La directrice générale d’Amnesty International en Turquie, Idil Eser, ainsi que cinq autres militants des droits de l’homme ont été écroués, hier mardi 18 juillet, dans l’attente de leur procès dont la date n’a toujours pas été communiquée. Cette détention fait suite à une interpellation datant du 5 juillet dernier lors d’un atelier de formation à la sécurité informatique et à la gestion de données sur l’île de Büyükada, au large d’Istanbul. Quatre autres militants, dont Ilknur Ustün de l’ONG Coalition des femmes, et Veli Acu de la Fondation des droits de l’homme, ont aussi été arrêtés, puis remis en liberté sous contrôle judiciaire. Andrew Gardner,  chercheur spécialiste de la Turquie à Amnesty, qualifie la décision de véritable «choquant simulacre de justice». Il explique également qu’ils sont «accusés d’avoir commis un crime au nom d’une organisation terroriste, sans en être membres». Cette expression est associée par les autorités turques aux fidèles du prédicateur Fethullah Gülen, accusé d’être l’instigateur du putsch manqué du 15 juillet 2016, mais également aux membres du Parti séparatiste kurde (PKK). Le président Erdogan a dénoncé publiquement que les activités menées par ces militants s’inscrivaient dans la suite du putsch raté un an auparavant, sans en préciser davantage. L’agence Amnesty a souligné, quant à elle, ce mardi que «l’incarcération des six défenseurs des droits de l’homme est un effroyable affront à la justice». Amnesty International avait déjà subi les conséquences des arrestations liées au coup d’Etat puisque, le mois dernier, son président Taner Kiliç avait été arrêté avec d’autres avocats, accusé d’avoir des liens avec l’organisation fethullahiste. Des purges massives ont eu lieu depuis, événement inédit dans l’histoire politique récente turque. Elles ont également suscité l’inquiétude des partenaires occidentaux qui sont vivement sollicités par Amnesty. L’ONG fait appel aux dirigeants internationaux à «faire pression» pour remettre en liberté les militants et ce «immédiatement et sans condition». Le Conseil d’Europe, dont la Turquie fait partie, a également exigé la libération «immédiate» des détenus. Ce sont au total plus de 50.000 personnes qui ont été incarcérées depuis le putsch, comprenant opposants politiques, membres d’ONG ainsi que des journalistes et des universitaires (100.000 selon d’autres sources qui comptent les personnes disparues de chez elles). 
Promulgué quelques jours après la tentative du putsch, l’état d’urgence a été prolongé lundi sur proposition du gouvernement. Le président Erdogan a signifié qu’il ne sera levé que «lorsque tous les troubles auront disparu».

Safaa CHOUKRI (Stagiaire avec TEG)

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