Société

Education, santé, emploi... des femmes: Des eurodéputés sur le terrain

Par Aziz BEN MARZOUQ | Edition N°:5068 Le 19/07/2017 | Partager
Une délégation en visite au Maroc jusqu’au 20 juillet
Autonomie économique et sociale: peut mieux faire
Seulement 4% des chefs d’entreprise sont des femmes

Une délégations d’eurodéputés membres des commissions des affaires étrangères et des droits de la femme et de l’égalité des genres (1) est au Maroc depuis lundi 17 jusqu’au 20 juillet pour s’enquérir de la situation des droits des femmes marocaines. 
Une note d’information, rédigée par des conseillers du Parlement européen à l’intention de ces eurodéputés -et que L’Economiste a pu se procurer- passe en revue la participation des femmes marocaines au travail, aux affaires politiques, la violence à l’égard des femmes et le problème de l’analphabétisme. 
Certes, le Maroc a pris des engagements au niveau international (Cedaw, conventions de l’OIT) afin de respecter, protéger et garantir le droit des femmes au travail, cependant, la participation des femmes marocaines à la vie active reste limitée, constate la note d’information des eurodéputés. Responsable de cela, selon cette note, la répartition des rôles traditionnels entre les femmes et les hommes. Cette distribution place principalement les femmes dans la sphère privée et, si elles sont sur le marché du travail, elles sont plutôt actives dans les secteurs et les postes à faible revenu. Le taux de participation à la population active était de 25,3% en 2014 (après 30% en 1999), contre 72,4% chez les hommes. Les femmes sont principalement engagées dans des secteurs à faible productivité pour des emplois peu qualifiés et peu rémunérés. L’écart entre les femmes et les hommes est plus important dans les zones urbaines, où le taux de participation des hommes est plus de trois fois supérieur à celui des femmes, comparativement à une différence de plus du double en ce qui concerne le rural. Conséquence: les femmes urbaines, en particulier celles ayant un niveau d’enseignement supérieur, sont plus touchées par le chômage, avec un taux moyen de 22,8% entre 1999 et 2014, contre 14,9% chez les hommes. Dans les zones rurales, les femmes souffrent davantage de la discrimination en termes d’accès au travail rémunéré (73,6% en 2013 des femmes rurales occupées ont le statut d’aide familiale et d’apprenti sans rémunération). Les femmes gagnent environ 17% de moins que les hommes. Autre chiffre à déplorer: seulement 4% des chefs d’entreprise au Maroc sont des femmes, tandis que 18% occupent des postes de direction.  

Des progrès...

En ce qui concerne l’accès à l’éducation, des progrès ont été accomplis. Cependant, des difficultés importantes persistent en ce qui concerne les taux de gaspillage et d’analphabétisme qui restent élevés, en particulier chez les filles rurales. L’accès aux services de santé s’est considérablement amélioré au cours des deux dernières décennies, notamment en matière de santé maternelle et infantile, mais des efforts supplémentaires sont nécessaires pour réduire davantage les taux de mortalité infantile et maternelle restants.
Du côté du domaine politique, en dépit de l’adoption de plusieurs lois et une augmentation substantielle du nombre de femmes, leur présence reste encore très timide. Certes, leur présence au Parlement est passée de 9% en 2007 à 21% en 2016 et 81 femmes ont été élues sur un total de 395 sièges. Cependant, aucune femme n’est devenue présidente d’un conseil régional et peu d’entre elles ont atteint la présidence des conseils communaux. Le taux d’analphabétisme entrave également leur participation à la vie politique (en 2012, 64% des femmes dans les zones rurales étaient analphabètes, contre 35% dans les zones urbaines). En outre, il existe encore une réticence considérable à voter pour une femme.o

Engagements pris inachevés

Si le Maroc a fait des progrès considérables dans la protection de l’intégrité physique et psychologique des femmes et des filles, notamment avec l’adoption de la Moudawana, la note d’information des eurodéputés considère que des projets importants liés aux engagements pris restent inachevés. 
Le système législatif marocain est lent à être harmonisé avec les conventions internationales sur les droits des femmes. Le code pénal marocain ne fournit pas une protection juridique efficace pour les femmes contre la violence et la discrimination. La criminalisation des relations sexuelles consensuelles entre adultes reste particulièrement problématique en termes de protection des femmes en dehors du mariage. De même, la criminalisation de l’interruption volontaire de la grossesse entraîne un risque majeur pour la santé au Maroc, où le nombre d’avortements clandestins est estimé à 600-800 par jour. Il existe aussi un certain nombre de lacunes dans la Moudawana qui permet encore des pratiques comme la polygamie et le mariage de mineurs.

(1) Au programme de la délégation conduite par Anders Primdahl (Conservateur, Danemark), des rencontres avec des dirigeants politiques marocains, les présidents des deux Chambres et des représentants de la société civile, dans le but d’évaluer la situation des droits de l’homme et la condition de la femme au Maroc.

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