Analyse

Fès-Meknès: «Où sont les projets structurés?»

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5068 Le 19/07/2017 | Partager
Frappée par la crise, la région doit repenser son industrie
La crise vient de l’acteur incapable de s’adapter et réussir les mutations techniques
Les opérateurs appelés à s’inscrire dans le PAI comme locomotive
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Pour Brahim Belgaid, universitaire et consultant d’entreprise: «L'admonestation de Elalamy aux opérateurs de la région a cela de bon, à savoir débarrasser enfin le champ socio-économique des hors-sujets, et mettre l’entrepreneur-acteur régional devant ses responsabilités»

- L’Economiste: Les écosystèmes productifs peuvent-ils assurer un avenir meilleur pour la région Fès-Meknès comme le promet le ministre de l’Industrie?
- Brahim Belgaid: Le discours de Moulay Hafid Elalamy adressé aux opérateurs de la région a réveillé un feeling de fierté et d’espoir. La fierté, parce que pour la première fois un ministre, auréolé de sa casquette d’opérateur, a bousculé les cadres de la bienpensance et les complicités corporatistes des opérateurs économiques régionaux qui «pleurnichaient» sur les taux bancaires (la banque doit financer la personne et non la fiabilité du projet), le manque de terrain (pour spéculer sic), la cherté du smic (pour continuer à exploiter une main d’œuvre peu qualifiée bon marché et en partie déclarée), et les impôts élevés (versus fraude fiscale et non transparence comptable…). Espoir, parce que le discours du ministre et son admonestation courageuse des opérateurs va enfin débarrasser le champ socio-économique des hors-sujets, et mettre l’entrepreneur-acteur régional devant ses responsabilités. 
 
- Pourtant, la région n’a pas encore bénéficié des mesures d’appui…
- Parce qu’elle ne l’a pas demandé. Pourtant, l’enveloppe financière de soutien dans le cadre du Plan d’accélération industrielle (PAI) est énorme et les terrains sont disponibles pour les projets sérieux et à forte valeur ajoutée. «Où êtes-vous? Avez-vous des projets structurés à nous présenter? Réveillez-vous!!», a lancé Moulay Hafid Elalamy aux opérateurs et instances professionnelles léthargiques. Ces derniers doivent être capables de s’inscrire dans le PAI comme locomotive, sourceur ou sous-traitant équipementier. Je sais que beaucoup d’opérateurs n’aimeront pas cette franchise responsabilisante, mais je suis convaincu qu'une nouvelle génération d'entrepreneurs apparaîtra pour saisir ces nouvelles opportunités. 
 
- Pourquoi la région peine-t-elle à s’inscrire dans la dynamique industrielle? 
- Le constat terrible et accablant nous a confortés dans notre diagnostic récurrent que le problème de la région (et surtout Fès) n’est pas dans le déficit des moyens, mais dans le déficit de l’acteur capable de s’adapter et de réussir les mutations techniques, organisationnelles et économiques. Bref, la région a besoin d’un patronat qui a force de proposition progressiste. Les entrepreneurs doivent apprendre à recombiner les ressources et capacités pour créer et innover sur des nouvelles opportunités. A titre d’exemple, pour Fès, certains industriels doivent passer de la façon à la conception et au produit fini, intégrer l’habillage intérieur des voitures, ou encore reconvertir son savoir-faire dans un nouveau créneau. 
 
- L’activité économique de la région Fès-Meknès doit opérer son aggiornamento...
- Effectivement. L’entrepreneuriat passéiste qui est resté aux avantages rentiers des décennies 60 et 70 va disparaître. Les instances représentatives devraient aussi changer pour suivre cette mutation salutaire. Un entrepreneuriat «update» va émerger parce qu’il aura fait l’effort (financier, humain, organisationnel, technologique, …) d’une stratégie d’intégration faite de partenariat, de leviers de compétitivité, d’atouts de performance. Ceux-ci passent par l’implication, le volontarisme et la conviction dans l’apport en capitaux propres et endettement à long terme. Il faut «risquer» l’investissement dans l’innovation et la technologie. La mise en place de l’organisation moderne et des modes de management performant compatibles, la formation continue des ressources humaines, le renforcement des taux d’encadrement, et l’anticipation des besoins en soft skills pour accompagner et digérer rapidement des process industriels et managériaux. Bref, les opérateurs sont appelés à changer non pas d’environnement ou de mentalité, mais d’histoire carrément pour entrer, au niveau régional, de plain pied dans l’ère de l’accélération industrielle.

Pour une industrie davantage intégrée

Le PAI a pour objectif de réduire l’atomisation sectorielle et de construire une industrie mieux intégrée. Ce chantier repose sur la mise en place d’écosystèmes industriels ayant vocation à créer une nouvelle dynamique et une nouvelle relation entre grands groupes et PME et par la même fournir un plus grand nombre d'emplois. Pour Brahim Belgaid, «cette logique d’écosystème vise également à optimiser les retombées sociales et économiques de la commande publique via la compensation industrielle (offset) qui représente 20% du PIB». Ceci permettra de démultiplier l’investissement, de monter en valeur dans les filières et d’améliorer la balance des paiements en favorisant les achats de produits et de services auprès du tissu local.

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