Société

 Interculturalité: Les artistes doivent s’impliquer davantage

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5066 Le 17/07/2017 | Partager
Pour accompagner les changements opérés par les pays
Et défendre les valeurs et les identités africaines
L’art est le moyen le plus rapide et le plus efficace pour réviser les systèmes

 

Comment faire la synthèse des diversités? Comment dessiner un avenir commun? La plateforme de réflexion et d’échange «Jam Salam», pour la promotion d’analyses et d’idées en faveur du vivre-ensemble, rassemble artistes et intellectuels et a initié une grande conférence autour du vivre-ensemble et de la paix en marge du festival du Haouz. A cette occasion, Mohamed Mourabiti, président de Jam Salam et du festival Al Haouz est revenu sur cette obligation, que nous avons tous aujourd’hui, à nous engager pour la paix.   

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Pour Mohamed Mourabiti, président de Jam Salam, c’est aux artistes et aux intellectuels de diffuser le message de tolérance et de paix de manière à intéresser le plus grand nombre de concitoyens sur ce sujet (Ph. My Abdellah Alaoui)

- L’Economiste: Jam Salam que vous présidez est une initiative pour la promotion des idées en faveur du vivre-ensemble. Selon vous, les artistes, dans le contexte actuel mondial, doivent-ils prendre position sur les décisions politiques et concrètement s’engager en faveur de la paix? 
- Mohamed Mourabiti: Le mot lui-même «jam» signifiant «paix» en wolof, juxtaposé à «salam», illustre parfaitement la volonté d’un échange de paix rassemblant les cultures africaines. Il porte un message très fort qui cible en effet beaucoup plus les artistes et les intellectuels. C’est à eux de diffuser ce message de tolérance et de paix de manière à intéresser le plus grand nombre de nos concitoyens sur ce sujet. Les politiques ont trop longtemps surfé sur ce mot sans jamais rien faire. Il est donc temps que les artistes prennent les choses en main et aillent au bout de la démarche. Si ma propre expérience au sein de Jam Salam reste modeste, elle n’en est pas moins chargée d’une mission essentielle, celle de transmettre la paix pour le changement. L’idée de créer cette plateforme où s’enchevêtrent les identités et les regards est née après une rencontre entre artistes marocains et sénégalais en 2012 à la Biennale des arts de Dakar. Nous avions alors organisé une exposition collective réunissant sept artistes, après 10 jours de résidence avec des œuvres qui ont été inspirées par la capitale historique de l’Afrique de l’Ouest qu’est Saint-Louis. De cette expérience, un dialogue est né, jamais interrompu à ce jour. C’est sur les contreforts des montagnes du Haut Atlas qu’il reprend, lors de cette conférence, accueillie par le festival d’Al Haouz. 

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Dialogue entre deux œuvres. Othmane Dilami (photo) et Mohamed Mourabiti, deux artistes, deux générations sur leurs quêtes en territoire africain

- Que pourrions-nous faire au Maroc pour booster un peu plus notre interculturalité naturelle?
- Nous sommes arrivés à une période où chacun d’entre nous doit prendre ses responsabilités en suivant le chemin engagé par le Maroc, celui de l’équité. Je lance là un appel à tous les artistes et intellectuels. Nous devons avoir confiance et chercher à travailler avec les bonnes personnes au sein du pouvoir, pour des projets communs destinés à accompagner ce changement opéré par le pays. Vous savez, l’art est le moyen le plus rapide et le plus efficace pour nous obliger à réviser notre système scolaire, nos valeurs et notre identité. S’engager, c’est être conscient et responsable du Maroc de demain. Savoir ce que nous pouvons concrètement faire dans le travail, dans l’accompagnement, et le service à notre population qui a pleinement besoin de nous. 
- Les artistes manquent donc d’implication?
- Les artistes dans le monde entier sont souvent impliqués dans la société. Je constate que dans de nombreux pays étrangers, ils interviennent directement dans les politiques et les gouvernances. Au Maroc, nous commençons à le voir également. Mais notre situation politique, économique et historique nous a façonnés autrement. Nos intellectuels s’investissent mais avec beaucoup trop de précaution encore. Pour moi aujourd’hui, je sens que c’est le bon moment. Mon rôle est d’être présent quand mon pays a besoin de moi. Je veux endosser la part du travail qui me revient au bénéfice d’une société équilibrée et satisfaite de son sort.

- Un dernier mot sur le festival d’Al Haouz. Quel bilan tirez-vous de cette édition que vous avez présidée?
 - Nous avons travaillé d’une manière très engagée et spontanée, avec les moyens dont nous disposions. J’ai choisi de me tourner vers les jeunes, et de prendre le risque avec eux. Je peux dire que nous sommes arrivés à un résultat dont j’ai toute satisfaction, et qui me donne de l’espoir pour demain.

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