Société

Festival du Haouz: Le vivre-ensemble a encore du chemin à faire

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5066 Le 17/07/2017 | Partager
L’archaïsme, la régression et le doute résistent
Tandis ce que la gouvernance mondiale montre ses limites
La conférence Jam Salam sur la paix clôture le festival
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Aux côtés de Mouna Kadiri, co-fondatrice de Jam Salam, trois grandes personnalités ont été invitées à partager avec le public leur réflexion autour de la paix et le vivre-ensemble (de gauche à droite): le conseiller du Roi André Azoulay, Nadia Salah Dilami, directrice des rédactions et administrateur du groupe Eco-Médias, et Ahmed Toufiq, ministre des Habous et des Affaires islamiques (Ph. My Abdellah Alaoui)

Transformer un festival de tbourida en une semaine culturelle de haut niveau durant laquelle le Haouz a osé se mesurer à la cité d’à côté. C’est le pari que s’est fixé l’artiste Mohamed Mourabiti et il l’a réussi. «Le Haouz qui a fait longtemps la cour à la ville a humblement accepté la condescendance de celle-ci, sans toutefois désespérer un jour de lui faire accepter que les a’roubis du nord et les chleuhs du sud entrent avec elle dans une relation de vivre-ensemble». Le discours est celui d’Ahmed Toufiq, ministre des Habous et des Affaires islamiques, historien et un natif de cette région, lors de la  conférence de clôture coorganisée par le festival et Jam Salam. Cette jeune association œuvre pour la paix et la promotion des cultures africaines sous le thème de la paix et le vivre-ensemble.  Une ronde de questions sur la diversité. Aux côtés de la cofondatrice de Jam Salam et modératrice du débat, Mouna  Kadiri, trois grandes personnalités ont été invitées à partager avec le public leur réflexion: le conseiller de SM André Azoulay, Ahmed Toufiq, ministre des Habous et des Affaires islamiques, et Nadia Salah Dilami, directrice des rédactions et administrateur du groupe Eco-Médias.  Plus que ses atouts, les participants ont surtout abordé la difficulté du «vivre-ensemble», désignant l’ignorance comme l’une des causes aux conflits actuels qui nous opposent. «Combien sont morts au nom d’une conquête de pouvoir via le refus de la différence?», s’interroge Nadia Salah du groupe Eco-Médias. La question de l’interculturalité ouvre à elle seule une palette de constats, de réussites, d’échecs, et de  nombreuses questions aussi. A l’heure où le «vivre-ensemble» est de mise, il faut en parallèle se débattre avec ses propres paradoxes. «La nation des Marocains est sans doute celle qui est la plus mélangée du monde arabe, la moins uniforme», souligne Nadia Salah. Pourtant, «les grandes enquêtes, plus de 1.000 personnes interrogées, que nous avons réalisées à L’Economiste depuis 25 ans, vont toutes dans le même sens: les gens sont opposés à l’idée de libertés individuelles, de diversité, même contre leur propre intérêt…». Peut-être que la première démarche serait de se connaître soi-même, puis les autres. Ce que nous ne sommes pas encore pleinement arrivés à faire. «Nous avons un talent sans pareil pour constituer des groupes culturels à partir des différences sociales». Le souci de «faire civilisation» a encore du chemin à faire. Le constat est pessimiste, mais la culture peut être un remède aux maux d’une communauté des nations prise en otage, estime pour sa part André Azoulay, conseiller du Souverain. «Nous sommes dans un temps et un espace qui sont de l’archaïsme, de la régression, du doute, de la fracture et de la parole donnée ou de l’écriture laissée à tous ceux qui nous prennent en otage.  Et le moment est venu de ne pas laisser ces paroles scélérates s’installer, d’où qu’elles viennent». Azoulay appelle à être tous collectivement en état de résistance pour que cette tragique dynamique et trop souvent meurtrière s’arrête et se brise au nom de notre histoire, de nos religions. Certes, avec la tendance à démocratiser la parole, l’objectivité n’est toujours pas facile à assumer par l’homme tendancieux par nature, renchérit Toufiq. Azoulay plaide aussi pour une réflexion collective pour revoir les systèmes de gouvernance mondiale d’hier qui n’apportent plus de solution  aujourd’hui. «Cette gouvernance peut être prise en otage et mise en incapacité de répondre, et encore moins d’agir, par quelques groupes de personnes, ou parfois par une petite dizaine seulement», déplore-t-il. 
Les défis de la paix et du vivre-ensemble doivent d’abord se baser sur l’écoute, estime de son côté Ahmed Toufiq.  «Avons-nous besoin d’analyses sophistiquées pour expliquer aux gens comment peut survenir la guerre ou comment pourrait s’installer la paix?», s’interroge le ministre qui rappelle que l’islam dans son éthique de développement dispose de sources d’inspiration pour une sécurité sociale applicable aux musulmans et non musulmans. A la lumière de plusieurs références islamiques, le ministre propose trois remèdes aux problèmes de la paix et du vivre-ensemble: un mode de vie sobre et digne qui permet la prise en charge de la précarité humaine, un scrupule aiguisé et ferme dans l’acquisition des moyens de vie et une solidarité extrême.  C’est peut-être une démarche «naïve» qui reste à tester contre les catastrophes naturelles et les ébranlements chaotiques du monde.  «Emprunter cette piste ne dépend ni d’un lourd appareil bureaucratique, ni de la bénédiction des grands maîtres de la terre, mais de la volonté de l’individu à agir en conformité avec le sens de son existence», conclut le ministre.

Il était une fois... l’Alliance des civilisations

Invité à un débat qu’il connaît bien, le conseiller du Roi, André Azoulay, a partagé avec l’assistance les fruits de son expérience au sein de l’Alliance des civilisations, créée par les Nations unies au lendemain des attentats de Madrid en 2003. Il s’agissait, au sein d’un groupe de 17 personnalités d’origine, de parcours et de sensibilités très différents, dont il faisait partie, d’aborder la problématique des relations entre l’islam et l’Occident. «Nous avons rédigé un rapport avec une série de recommandations qui a été proposé et accepté par l’AG des Nations unies avec une feuille de route très précise», raconte André Azoulay. «Nous sommes arrivés à un consensus sauf sur un point, celui du conflit Palestine et Israël. Il nous a alors été demandé, à Hubert Védrine et moi-même, qui avons travaillé sur ce sujet, de porter la responsabilité seuls, plutôt que le groupe. Nous avons été heureux que ce texte passe le seuil de l’Assemblée générale, à une nuance près, c’est que toutes les autres résolutions contenues dans le programme ont été mises en œuvre, plus ou moins globalement, sauf celle-là, qui est restée lettre morte».

 

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