Entreprises

La MAP entame un nouveau virage

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5066 Le 17/07/2017 | Partager
Diversification des produits, mise à niveau de la gouvernance…
Nouvelle culture interne de rentabilité et d’efficience
La lutte contre le clientélisme dans la mobilité régionale et à l’étranger suscite des résistances
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La MAP veut se positionner dans le secteur audiovisuel. Pour son DG, Khalil Hachimi Idrissi, «il faut se projeter dans l’avenir avec audace et intelligence et arrêter de raser les murs en laissant les autres manipuler et mettre en scène les informations relatives à nos propres affaires»

- L’Economiste: Le nouveau projet de loi portant organisation de la MAP est en discussion au Parlement. Concrètement, quels sont les changements introduits par ce texte?
- Khalil Hachimi Idrissi: Ce projet de loi va projeter la MAP dans l’avenir, avec une nouvelle organisation. Il va rafraîchir ses missions, qui ont été fixées il y a 40 ans déjà. Il va aussi donner une consistance aux nouveaux métiers, notamment dans l’audiovisuel, l’infographie, la transmission satellitaire, l’intelligence économique, les études, l’événementiel. Le nouveau texte structure cette orientation en termes de gouvernance, de vision, de stratégie et de périmètre d’intervention dans plusieurs domaines, liés à la presse, l’audio-visuel, à la communication, à l’édition.
 
- Quel sera l’impact sur le modèle économique de l’Agence?
- Il faut d’abord préciser qu’en 2011, 90% des ressources de la MAP provenaient de la vente des dépêches papier. Or, partout dans le monde, dans les agences de presse, cette activité ne représente que 30%. L’étude stratégique, que nous avons menée en 2012, nous a imposé d’aller vers d’autres activités. C’est ce que nous avons commencé à déployer. Aujourd’hui, outre le fait que le chiffre d’affaires de l’agence a été multiplié par 2, près de 25% des revenus proviennent déjà des nouveaux produits. Concernant le modèle économique, nous sommes face à un paradoxe. L’idée de vente de l’information est au cœur de l’activité de la MAP, alors que beaucoup de personnes pensent que l’agence serait un «outil de propagande» qui livre ses informations gratuitement. Or, si c’était de la «propagande» comme le pensent certains à tort, pourquoi ils insistent pour avoir le fil de l’agence gratuitement.
   
- MAP TV, MAP infographie, MAP environnement… Quelle est la marge de développement de la rentabilité de ces nouveaux services?
- L’introduction de la culture de la rentabilité et de l’efficience n’a pas été une chose aisée. La réponse du marché qui est dominé par la demande institutionnelle n’est pas rapide non plus pour des raisons qui ne sont pas toutes objectives. Toutefois, nous avons développé de nouveaux services et produits en puisant dans nos ressources propres sans subvention additionnelle. Nous sommes une entreprise publique, nous ne sommes pas dans une logique totale de rentabilité pareille à celle qui existe dans le privé. Nos produits ne couvrent pas l’ensemble de nos charges. C’est un fait. Nous aurions aimé disposer de budgets dédiés à l’investissement, à la R&D conséquents pour le développement de tous ces projets. Au final, les nouveaux produits sont rentables à marge réduite mais ils le seront davantage si le marché y répond d’une manière plus professionnelle et plus rigoureuse.
 
- Depuis votre arrivée, vous avez lancé un processus de mise à niveau de l’organisation de la MAP. Où en êtes-vous dans cette démarche?
- Le processus initié depuis 2011 est basé sur des principes directeurs. D’abord, la transparence dans les actes de gestion. Cela nous avait créé un certain nombre de problèmes, parce que généralement ces questions, dont la mobilité à  l’international, étaient liées à des logiques de clientélisme, de rente de situation, de népotisme… Le 2e principe est l’égalité des chances. Avec le temps, nous avons eu une espèce d’armée prétorienne qui monopolisait les responsabilités ou la représentation dans les bureaux à l’étranger. Maintenant, pour être affecté à un pôle à l’étranger, il faut répondre à une série de critères, dont impérativement la productivité et la maîtrise des langues. Nous avons, d’une manière générale, axé notre action sur l’amélioration de la productivité, surtout dans les bureaux régionaux. C’était inacceptable de maintenir un bureau ouvert avec toutes ses charges, avec une production d’une dépêche par mois au motif qu’il n’y aurait pas d’actualité sur place.
 
- Quelle est votre évaluation de la situation du paysage médiatique marocain?
 - Le paysage médiatique mérite qu’on se penche dessus collectivement, surtout à cause des graves difficultés structurelles qu’il connaît. La plupart des médias sont en faillite. Le coût du maintien de ce pôle s’élève à 2 milliards de DH par an à fonds perdus. C’est un coût faramineux, alors que la création de nouvelles chaînes, intégrées, modernes et compactes, coûte entre 200 et 300 millions de DH. Actuellement, nous vivons une sorte d’inertie morbide qui tire l’ensemble du secteur vers le bas et obère l’avenir de ce secteur vital. Je souhaite qu’il y ait un vent nouveau qui souffle, à l’occasion de la libéralisation inéluctable et de la reformulation nécessaire de la stratégie de l’Etat vis-à-vis du pôle public. C’est une question de survie. Dans cette perspective, la MAP a une carte à jouer, celle d’une télévision et d’une radio d’informations en continu. Nous sommes prêts. Et nous faisons partie de la solution d’une manière incontournable. Nous avons une rédaction de 300 journalistes pour développer ces projets. Alors, il faut, me semble-t-il, arrêter les petites campagnes insidieuses et misérables pour disqualifier l’autre. Il faut se projeter dans l’avenir avec audace et intelligence et arrêter de raser les murs en laissant les autres orienter, manipuler et mettre en scène les informations relatives à nos propres affaires.

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