Economie

Regards croisés sur la croissance du Maroc

Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5064 Le 13/07/2017 | Partager
Tertiarisation précoce, faible niveau d’éducation…des freins à l’émergence
Manque d’efficience, commande publique sans objectif politique…

L’économie marocaine croît, mais pas assez pour résorber le chômage, redistribuer correctement les richesses. D’où des problématiques d’efficacité, en termes de transformation des investissements (publics et privés) en emplois et création de richesses. Les principales conclusions du mémorandum économique pays 2017 sur le Maroc de la Banque mondiale ont été présentées par Jean-Pierre Chauffour, économiste en chef de la Banque mondiale pour le Maghreb, lors d’une conférence organisée par l’association Tizi le mardi dernier. La conférence avait pour thème: «Economie marocaine: de la panne à l’émergence».
Pour Youssef Saadani, directeur des études économiques de la CDG, le mémorandum économique pays 2017 sur le Maroc de la Banque mondiale est fondamentalement fait sur l’emploi. «S’il fallait ne retenir qu’un seul indicateur qui le résume, ce serait le taux d’emploi. A mon sens, il synthétise tous les diagnostics qu’on pourrait faire sur l’économie marocaine», soutient l’intervenant. Lorsqu’on prend les plus de 15 ans, le Maroc en compte 42% à l’échelle nationale et 36% en milieu urbain. La segmentation des 36% en milieu urbain, révèle que les 25-35 ans représentent 45% de l’échantillon avec une tendance baissière. «Le Maroc converge vers une société où environ 1/3 de la population en âge de travailler contribue à la production», soutient Youssef Saadani. Ce qu’il appelle «la société du tiers productif». Le pays figure parmi les 10 pays qui affichent le taux d’emploi le plus faible dans le monde. Les pays en voie de développement et les pays développés sont autour de 60 et 70%. En France 80% des 25-35 ans travaillent.

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La conférence Tizi (Tariq Ibnou Ziyad) s’est fixée pour objectif de donner des explications aux pannes actuelles de l’économie marocaine et présenter ses chances de se propulser vers l’émergence (Ph. F. Alnasser)

Pour ce qui est du taux de chômage, le rapport de la Banque mondiale l’explique par les problèmes institutionnels. Le Maroc ne s’est pas doté de suffisamment d’institutions qui permettent une transformation structurelle de son économie. Les institutions seraient plutôt favorables à la rente et défavorables à une allocation efficiente des ressources. Pour Ahmed Rahhou, PDG de CIH Bank, membre du conseil économique et social, le problème est dû au manque d’efficience dans la mise en œuvre des politiques sectorielles. S’y ajoutent des réformes de la politique sociale et sectorielle, qui s’imposent. «Ce n’est pas le défaut de politique sectorielle et de volontarisme qui explique l’émergence d’un certain groupe de pays comparativement à un autre», soutient Youssef Saadani. Pour lui, les pays qui se sont développés ont tous connu l’industrialisation. Le seul ascenseur connu et testé historiquement est l’industrialisation. Cependant, le problème pour le Maroc est qu’il subit une désindustrialisation prématurée. A l’exception du Vietnam, aucun pays ne connaît un taux d’industrialisation à la hausse. La tendance est mondiale. L’industrialisation aurait pu lui permettre d’employer ses 25-35 ans en mal d’emploi. «A partir du moment où vous avez une population qui n’est pas encore éduquée et que vous sautez vers le tertiaire vous avez un problème de gain de productivité», explique Youssef Saadani. Cette problématique se pose dans les pays développés. Cependant, ils sont équipés pour y faire face. Cela n’est pas le cas pour le Maroc, vu ses scores de TIMSS ou de PIRLS (près ¾ des enfants d’environ 10 ans illettrés ou avec des lacunes fondamentales dans l’éducation…). La dépense publique est importante, mais pas réalisée de manière efficiente. En témoigne celle de l’éducation. «Au même niveau de dépense, d’autres pays font beaucoup mieux dans les classements internationaux sur l’éducation», soutient Ahmed Rahhou. Un certain nombre d’opérations et mesures traduisant comment lutter efficacement contre les rentes, la corruption à moyen et long terme ont été présentées. Le problème de gouvernance a été évoqué. Pour Rahhou, elle n’est pas bonne «par manque de concertation». «Chacun pense que parce que l’ambition est nationale les gens vont se mobiliser spontanément», soutient-il. Le cas de la province d’Al Hoceïma relève du même niveau d’analyse. L’Etat dépense des milliards par an en achats, sans qu’à aucun moment on se pose la question de savoir combien cela va créer d’emplois, de valeur ajoutée. La commande publique est régie par une charte qui ne lui fixe pas d’objectif politique. Dans des pays comme les Etats-Unis, la commande publique est destinée en grande partie à la promotion de l’innovation, les PME-PMI…Il y a nécessité que la commande publique soit régie par des textes nouveaux, qui permettent de générer de la richesse au niveau local, sans forcément que des distinctions soient faites sur l’origine du capital.
Autre mesure, l’idée de passer à un nouveau pacte social a été émise. Passer d’une couverture sociale liée au travail à une couverture liée au citoyen, avec des modes de financement qui ne soient pas adossés uniquement au travail mais par exemple à la croissance de l’économie, aux importations...

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