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Evénement

Flexibilité du dirham: Le FMI ne croit pas à une marche arrière

Par Franck FAGNON | Edition N°:5063 Le 12/07/2017 | Partager
La monnaie est proche des fondamentaux
Laisser évoluer le change plus librement est un signe de capacité à absorber les chocs et de stabilité
Le Fonds partage le diagnostic de la Banque mondiale sur le potentiel de croissance
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La mission du FMI présidée par Nicolas Blancher, a insisté sur la mise en œuvre de nombreuses réformes notamment sur le climat des affaires. Il faudra créer les conditions d’une concurrence plus saine, favoriser l'égalité des chances et faire en sorte qu'il y ait moins d'obstacles pour les PME (Ph. MAP)

-L'Economiste: L’annonce de la date de migration vers le régime de change flexible était-elle une erreur?
-Nicolas Blancher: La réforme du régime de change est historique et structurante pour l’économie. Que la migration démarre en juillet ou plus tard n’est pas le plus important mais, la détermination et la position de force de l’économie. Les fondamentaux sont là et, c’est ce qui importe. Trop souvent les gens ont tendance à lier le changement de régime de change à la dévaluation de la monnaie. Dans le cas marocain, cette décision a été prise dans le cadre d’une vision stratégique pour ancrer davantage l'économie au marché mondial. La réforme sera menée de façon ordonnée au sens où le pays est dans une bonne position en opposition totale avec les expériences d’autres Etats qui ont migré sous la pression. Le Maroc dispose des moyens et des ressources pour bien conduire cette réforme. Quant au timing exact de sa mise en œuvre, c'est presque un point technique. Les autorités détermineront le meilleur moment en fonction de leur perception des choses. Nous n’avons aucun souci sur leur détermination à y aller. 

- Ces hésitations n'envoient-elles pas un mauvais signal aux investisseurs? 
- Le plus important pour les investisseurs étrangers est que l’économie soit forte, stable. Je pense qu'ils la voient comme une étape supplémentaire dans l’intégration économique du Maroc. Elle servira la stabilité du cadre macroéconomique et la croissance. Lorsqu'une économie est dans la position du Maroc, laisser évoluer son change plus librement est un signe de force, de capacité à absorber les chocs et de stabilité. C'est rassurant pour les investisseurs.

- Quelles sont les chances d’améliorer les comptes extérieurs avec cette nouvelle manière de gérer le dirham?
- Le Maroc n’a pas de problème de compétitivité dans le sens où nous ne voyons pas de désalignement du dirham aujourd’hui. Je ne comprends pas sur quelle base les opérateurs anticipent une dévaluation. Les fondamentaux de l'économie sont bons et nous prévoyons qu'ils continuent à se renforcer à l'avenir.  

- Le Maroc a consommé 38 milliards de DH de devises en deux mois.  La reprise des prix des matières premières à l’international ne fait-elle pas remonter à la surface certaines fragilités? 
- Il est vrai que l'économie est fortement dépendante des importations pétrolières et donc des fluctuations du prix du baril. La montée des prix en 2012 et 2014 avait laissé des traces dans les finances publiques. C’est typiquement ce genre de choc que la flexibilité accrue du change permettrait de mieux absorber. Nous prévoyons que les exportations continuent à se diversifier. 
Cependant, le déficit du compte courant se résorbe moins vite que prévu et les réserves de change sont légèrement inférieures à nos anticipations. Une certaine quantité de devises a été drainée par les opérations de change récentes. Ce sont des positions qui vont se dénouer, ce qui va entraîner une reconstitution des réserves.

- La Banque centrale doit-elle prendre des précautions particulières par rapport à l'inflation dans le cadre du change flottant?
- L'indépendance de Bank Al-Maghrib a été renforcée depuis 2007 et elle a mis en œuvre une politique monétaire qui a acquis beaucoup de crédibilité. La stabilité des prix est un élément central de la stabilité macroéconomique du pays. En ce sens, l’inflation n’a jamais dérapé. Je pense que les précautions étaient de bien préparer la réforme, à la fois sur le plan des pré-requis macroéconomiques mais aussi au niveau opérationnel notamment pour la mise en œuvre d’un cadre de politique monétaire différent. La réforme du change va se traduire par une réorientation progressive de la politique monétaire vers l'économie domestique. Nous avons apporté un appui technique à Bank Al-Maghrib pour l'aider à mettre en œuvre les outils qui permettront de continuer à cibler l’inflation comme elle l'a déjà si bien démontré. Nous sommes rassurés sur ce plan.

- Le Mémorandum économique de la Banque mondiale a soulevé de vives critiques des autorités. Quelle appréciation faites-vous du diagnostic?
- La Banque mondiale comme la Banque africaine de développement et nous-mêmes avons tous mené des travaux sur les principaux facteurs limitant la croissance potentielle. Sur cette thématique, nous rejoignons les principales conclusions du diagnostic de la Banque mondiale sur l’éducation, le marché du travail, la création d’emplois pour les jeunes, la dynamisation du secteur des PME, le climat des affaires. Sur ces aspects, il y a un consensus qui se dégage entre les grandes institutions. Ce consensus est aussi pour l'essentiel partagé par les autorités.

- Sur quels leviers faut-il agir pour renforcer le tissu des PME?
- Il faut, je pense, mettre en place les conditions d’une concurrence plus saine, favoriser l'égalité des chances et faire en sorte qu'il y ait moins d'obstacles. Pour les PME, les barrières peuvent être la corruption ou encore les délais de paiement. Ce sont toujours les plus petits qui en souffrent le plus. C'est la raison pour laquelle l'installation du conseil de la concurrence est la clef. C'est une institution qui a des pouvoirs importants sur le papier. Maintenant, il faudra voir sa traduction sur le terrain.

Intégrer ou pas les crédits TVA dans le déficit

Nous discutons avec la Cour des comptes et cela nous aide à affiner nos analyses. Le gouvernement a mis en place un plan pour apurer les arriérés des entreprises privées. Il adopte une approche au cas par cas pour les entreprises publiques dont les créances sont significatives. De toute évidence, il s'est attaqué à ce sujet. Il faudra voir ce qui est couvert. Nous suivons ce que font les autorités en terme de régularisation et nous voyons des progrès. 

 

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