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Analyse

Immobilier: Les dessous d’un coma profond

Par Nadia DREF | Edition N°:5057 Le 04/07/2017 | Partager
Baisses des mises en chantier et de la demande dans le social
Les promoteurs réclament une refonte du programme dédié à la classe moyenne
Forte inadéquation entre l’offre et la demande alors que le prix du foncier est en recul
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Crise ou pas crise? Face à un marché en léthargie marqué par une inquiétante baisse de la demande, même au niveau du logement social, et une offre abondante, les avis des professionnels sont mitigés. «Aujourd’hui, la situation du marché est inquiétante. Nous assistons à une baisse des transactions», a confié à L’Economiste Me Abdelmajid Bargach, notaire. Même son de cloche auprès de la Fédération des promoteurs.

Pour Mohamed Iqbal Kettani, directeur délégué de la FNPI: «Nous préférons ne pas parler de crise, mais d’un déséquilibre entre l’offre et la demande». Pour sa part, le ministère de l’Habitat temporise et annonce de nouveaux dispositifs pour relancer ce marché en berne.

Il s’agit de logements sociaux améliorés à moins de 450.000 DH, d’autres plafonnés à 170.000 DH pour les jeunes couples et les célibataires et à moins de 140.000 DH HT pour les ménages à revenu limité… En effet, Nabil Benabdallah promet d’introduire ces nouveaux dispositifs dès 2018. Les discussions avec les professionnels sont en cours dans le cadre de la préparation du PLF 2018. 

Le gouvernement promet aussi de revoir la politique d’appui à la classe moyenne en termes d’accès au logement, de facilitation des procédures relatives aux coopératives, d’encourager la création du logement social et de l’habitat low-cost ainsi que la promotion de l’habitat participatif et solidaire ou encore la facilitation des mécanismes de logement social dédié à la location.

Mais est-ce suffisant pour redonner confiance aux acquéreurs, leur offrir des produits adaptés à leurs besoins et à leur pouvoir d’achat et pour booster, in fine, les ventes? Surtout, dans un contexte caractérisé par une baisse des taux d’intérêt immobiliers et un recul du prix du foncier suite à l’ouverture de nouvelles zones à l’urbanisation. Autant d’éléments qui encouragent ce type d’investissement.

Le constat aujourd’hui est que les ventes ne décollent pas. Selon Bank Al-Maghrib, le taux du crédit immobilier s’est élevé à 5,35% au 1er trimestre 2017. Toutefois, il reste plus bas que celui enregistré un an auparavant (5,76%). Meilleurstaux.ma avance un taux fixe à 4,40% sur 20 ans, en avril dernier.

«Il ne faut pas mettre sur le marché un produit moins cher uniquement mais plutôt un produit de qualité et offrant plus de sécurité», fait valoir Abdelhaq Laraichi, vice-président de la Fédération du bâtiment et des travaux (FNBTP). Et d’ajouter: «le marché est en crise, surtout face au blocage du programme dédié à la classe moyenne. Il faut faire de cette contrainte une opportunité et ouvrir de nouveaux chantiers». Le ministère de tutelle, les promoteurs immobiliers ainsi que les différents intervenants sont appelés à privilégier beaucoup plus le développement de la qualité du logement et l’amélioration du cadre bâti, le tout dans une logique de durabilité et de confort des citoyens.

Le locatif, qui représente une alternative aux méventes, affiche un regain d’intérêt, auprès des ménages qui manquent d’apports personnels vu que les banques ne financent plus à 100% le prix d’un bien immobilier. «Le marché du locatif séduit de plus en plus. Les prix moyens démarrent, à Casablanca, entre 5.000 à 6.000 DH jusqu’à 20.000 DH», explique Mohamed Lahlou, président de l’Association marocaine des agences immobilières.

Cet engouement remet sur le tapis, l’importance du locatif social, qui pourra résoudre la problématique d’accès au logement aux familles démunies qui ne peuvent pas débourser autant dans la location. Avec des prix proposés entre 1.200 et 1.500 DH par mois, ces logements locatifs low-cost sont boudés par les investisseurs. La FNPI déplore l’absence d’un produit locatif intéressant et sécurisé pouvant pallier les difficultés d’accès au logement.

Baisse de 6% des ventes du ciment à fin mai

La production de logements est en baisse alors que le nouveau gouvernement veut créer près de 400.000 unités de logement d’ici 2021. Le principal indicateur de cette chute est le repli de la consommation du ciment. A fin mai 2017, les ventes ont reculé de 6%, soit 371.616 tonnes de ciment moins que celles des cinq premiers mois de l’année écoulée. Sur le seul mois de mai, ce ralentissement de la cadence des chantiers était très visible. Les écoulements, au niveau national, ont chuté de 7,56%, apprend-on auprès de l’Association professionnelle des cimentiers (APC). Au 2e semestre de 2016, la production de logements a atteint 84.792 unités de lots et logements dont 67.928 unités économiques et sociales, soit une chute de 38% par rapport à la même période de 2015. Cette baisse intervient suite au tassement de la demande surtout au niveau des logements sociaux et la hausse des stocks d’invendus. Les promoteurs s’attendent toutefois à une reprise, d’ici deux ans. «Nous nous attendons à une hausse de la demande sur les 15 prochaines années. Aujourd’hui, la population en âge d’acheter, qui représente notre cible, ne cesse d’augmenter», escompte Amine Guennoun, DG du pôle immobilier du groupe Palmeraie.

 

 

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