Dossier Spécial

Choix de filières: Rebondir après une erreur d’aiguillage

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5057 Le 04/07/2017 | Partager
A l’heure du choix, bien s’informer et scruter les perspectives d’emploi
En cas de changement, se décider au plus vite
Faute de préparation, la transition douloureuse lycée-université
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Yasmine Benamour, administrateur directeur général du groupe HEM: «Il faut s’orienter vers le domaine qu’il aime, qui corresponde à sa personnalité, mais qui soit en même temps porteur sur le marché de l’emploi». Khalid Benzakour, directeur général du groupe ISGA: «Chaque bachelier doit se poser des questions de bons sens: Quel centre d’études et quelle branche de formation? La filière est-elle en adéquation avec mon projet d’avenir?»

J'ai toujours eu de bonnes notes en sciences, je vais faire médecine. J’aime écrire, je me sentirais bien à la fac des lettres ou dans une école de journalisme». Ces raccourcis, combien de fois ne les a-t-on pas entendus dans les conversations de jeunes?

Des prérequis ou des affinités sont importants à l’heure du choix pour ses études supérieures, mais ils ne suffisent pas. Oui, il faut aller vers le domaine que l’on aime, qui corresponde à sa personnalité, «mais qui soit en même temps porteur au niveau du marché de l’emploi», prévient Yasmine Benamour, administrateur directeur général du groupe HEM. C’est fondamental, insiste-t-elle.

Les exigences de la filière dans laquelle l’on veut s’engager sont également cruciales, relève Khalid Benzakour, directeur général du groupe ISGA. Elles vont au-delà du résultat scolaire du candidat. L’autonomie, la capacité à travailler seul comme, par exemple, dans les universités, etc.  Dans des programmes type classes prépas, une bonne santé physique et morale viendra en complément du niveau scientifique élevé.
En plus de 30 ans d’expérience dans l’enseignement, le directeur général de l’ISGA prêche un certain réalisme. Les questions que chaque bachelier doit se poser sont simples: «Quel centre d’études et quelle branche de formation me conviennent-ils? Sont-ils en adéquation avec mon projet d’avenir? Est-ce que j’ai toutes les chances de réussir dans cette voie?».

Pour prévenir une erreur d’aiguillage, rien ne vaut une information en profondeur sur la branche visée. Et surtout ne pas attendre la dernière minute. Le minimum est de bien se documenter en amont sur les spécificités de chaque type d’établissement et de formation: la durée des études, les différents choix possibles, le niveau requis, l’adéquation par rapport au marché de l’emploi, les évolutions de carrière possibles, etc. Au final, la propension à s’intégrer sur le marché de l’emploi devrait être la variable déterminante lorsqu’il faudra se décider.

Reste à s’aiguiller dans la mosaïque des structures de formation publiques ou privées. Entre les écoles spécialisées, les universités, les classes préparatoires, les écoles de formation professionnelle et les établissements étrangers franchisés, il y a de quoi donner du fil à retordre aux parents et aux bacheliers, concède Khalid Benzakour. Au moment de se décider, il faut prendre son temps. Tout ce qui brille n’est pas de l’or. «Les familles doivent se renseigner en profondeur, se déplacer, parler aux gens, aux étudiants, aux lauréats de ces établissements, comprendre, sentir les choses et ne pas simplement se fier aux brochures, aux infrastructures ou aux discours», suggère la directrice générale du groupe HEM. 

Pour les jeunes bacheliers, le passage du statut de lycéen à celui d’étudiant est souvent délicat à négocier. Il explique en partie les difficultés et le taux d’échec si élevé au premier cycle de l’université. L’environnement change radicalement ainsi que la méthodologie de travail. Fraîchement débarqués sur les campus, les bacheliers découvrent subitement qu’il va falloir être autonomes et avoir le sens de l’organisation. Deux aptitudes auxquelles ils ne sont pas préparés pendant leurs années du collège et du lycée. Ainsi, il faut apprendre, et rapidement, à mieux organiser son temps, à bien répartir sa charge de travail entre les matières, à être plus responsable.

Ces jeunes se trouvent subitement dans des conditions auxquelles ils n’étaient ni préparés, ni formés, analyse le directeur général de l’ISGA. Beaucoup d’entre eux sont perdus dès la première année de licence à la faculté faute de pouvoir s’adapter à un enseignement de masse sans suivi personnalisé. Résultat, un taux d’échec et d’abandon au zénith. Le taux d’échec (et d’abandon) si élevé au premier cycle des facultés s’explique aussi par une mauvaise orientation. Démotivés, certains étudiants lèvent le pied «en attendant la fin de l’année».

En cas de difficultés d’adaptation, plus tôt on change de filière ou d’établissement, plus facile sera la transition, observe Khalid Benzakour. Bien des étudiants font ce choix dès les premières semaines après la rentrée.
Pour les formations longues, type master, il est déconseillé  de commencer la spécialisation dès la première année universitaire. Certains établissements organisent leurs cursus en un 1er cycle de 2 ans de tronc commun et ce n’est qu’à partir de la 3e année que l’étudiant peut choisir son parcours de spécialisation. Le risque d’erreur est minimisé car le choix a été fait en connaissance de cause, assure le directeur général de l’ISGA.

Les raisons d’un «mauvais» choix initial

Un «mauvais» choix initial peut être dû à plusieurs facteurs. Il peut provenir d’un souci d’orientation de départ lorsque la filière choisie ne correspond finalement vraiment pas au profil de l’étudiant ou que le choix de départ n’était pas tout à fait le sien. Dans ce cas, il peut réintégrer, toujours en 1re année, une autre filière lui convenant mieux, dans le même établissement ou dans un autre.
Le «mauvais» choix peut également provenir de l’établissement initialement intégré. La filière est jugée la bonne, mais l’établissement, son programme, sa pédagogie, ses valeurs,… moins. Dans ce cas, l’étudiant peut réintégrer le même type de filière dans un autre établissement correspondant mieux à ses attentes. Une réorientation est donc toujours possible et ce «mauvais» choix initial ne doit pas être considéré comme un échec, mais comme une expérience de vie, forcément profitable à l’étudiant.

                                                     

Pas de possibilité de passerelles

Après quelques mois, il est impossible dans notre système éducatif de faire valoir les modules et de passer d’un établissement à un autre même après le premier semestre. Le système LMD basé sur une formation modulaire que le Maroc a adopté, comme la majorité du reste du monde, n’a pas encore franchi ce cap. Par conséquent, certains étudiants abandonnent les études au milieu de l’année universitaire en attendant de changer d’établissement et de recommencer depuis le début l’année d’après. Ceci est d’autant préjudiciable à nos jeunes que non seulement ils n’étudient plus pendant un an, mais certains jettent l’éponge.
Le Maroc a adopté le processus de Bologne qui a permis une harmonisation des diplômes -licence, master, doctorat- entre les Etats. Il a aussi mis en place la formation modulaire dans tous les établissements publics et privés. Seulement, il n’y a pas de validation par module d’un établissement à un autre qu’il soit public/public ou public/privé ou même privé/privé. Seule la validation par année est valable pour changer d’établissement.
Le ministère de l’Enseignement supérieur n’a ni les moyens, ni les ressources nécessaires pour faire face au suivi par module pour faciliter la mobilité des étudiants entre établissements. Les passerelles entre privé et public ne sont pas encore possibles même pas par année: ils sont prévus pour les établissements privés reconnus par l’Etat.

 

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