Dossier Spécial

Donner un coup d’accélérateur au secteur

Par L'Economiste | Edition N°:5057 Le 04/07/2017 | Partager

L’enseignement supérieur privé, dont les effectifs stagnent depuis près de neuf ans, selon les opérateurs, ne s’en sortira pas seul. Sans mesures incitatives, notamment pour les ménages, il lui sera difficile de capter plus d’étudiants. Néanmoins, cela ne suffit pas. D’autres leviers pourraient être activés. Certains prônent la création de Groupements d’intérêt économique (GIE) d’écoles, à même de leur procurer plus de poids et plus de possibilités d’économies d’échelle. Tandis que d’autres insistent sur la reconnaissance des diplômes, la révision de la gouvernance du secteur, ou encore sur la nécessité de considérer l’enseignement supérieur privé en tant que réel partenaire des pouvoirs publics. Les patrons d’écoles supérieures privées partagent leur recette.

■ Assoir une nouvelle gouvernance

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Jacques Knafo, président de la Fédération de l’enseignement supérieur privé, élu de l’enseignement supérieur privé et président de l’ESG (Ph. Jarfi)

Doter l’enseignement privé d’une gouvernance propre, quitte à créer une agence dédiée. Jacques Knafo, président de la Fédération de l’enseignement supérieur privé, y tient. «Nous avons besoin d’une gouvernance spécifique, avec des attributions claires et précises, ainsi que de cahiers des charges repensés pour les autorisations d’ouverture, les accréditations et la reconnaissance de l’Etat. Nous avons assez attendu. Il appartiendra ensuite à la tutelle de sanctionner les brebis galeuses», insiste-t-il.
Knafo défend aussi la possibilité pour les écoles de se constituer en Groupement d’intérêt économique (GIE), afin «d’assurer leur survie». Et ce, à travers un assouplissement de la réglementation en vigueur. «Il faudra, en outre, ouvrir la voie à des autorisations d’exercer dans des métiers comme la médecine ou la pharmacie. Nous avons, en fin de compte, la même mission publique, celle de former les ressources humaines», estime le président de la Fédération.
L’équivalence des diplômes, c’est l’autre combat des écoles depuis des années. «Certains établissements qui n’ont encore sorti aucune promotion l’ont obtenue, tandis que d’autres, justifiant de 35 ans d’existence font toujours la queue… Ce n’est pas normal», fustige Knafo. Le patron de l’ESG insiste, par ailleurs, sur la nécessité de soutenir le pouvoir d’achat des parents, grâce à des incitations fiscales.

                                                                                  

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Kamal Daissaoui, président de l’EMSI (Ph. EMSI)

■ Solvabiliser la demande

De l’avis de l’ensemble des patrons d’écoles contactés, c’est en grande partie en raison du manque d’accompagnement et d’encouragements que l’enseignement supérieur privé a perdu en vitesse. C’est aussi ce que pense Kamal Daissaoui, président de l’EMSI. Avec le processus de reconnaissance des diplômes en 2015, l’espoir était de nouveau permis. Mais les choses ne se sont pas passées comme les écoles l’auraient souhaité: Des conditions ardues, des procédures complexes, des délais trop allongés… «La reconnaissance a également été octroyée par vagues, même si tout le monde a déposé sa demande au même moment. Ceci est de nature à fausser les règles de la concurrence loyale, puisque les étudiants seront implicitement dirigés vers les établissements labellisés», regrette Daissaoui. «L’enjeu aujourd’hui est de solvabiliser la demande, à travers des encouragements des pouvoirs publics», souligne-t-il.

                                                                                  

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Hassan Sayarh, DG de HEM, élu de l’enseignement supérieur privé (Ph. HEM)

■ Changer complètement de paradigme

Pour permettre à l’enseignement supérieur privé de redécoller, il faudra repartir sur de nouvelles bases. «Tout d’abord, un changement de mentalité doit s’opérer au niveau du ministère de tutelle. Le privé doit être considéré comme un réel partenaire, et non comme un acteur aveuglé par le profit au détriment de la qualité», pense le DG de HEM, Hassan Sayarh. «Et si dégradation il y a, c’est plutôt la tutelle qui en est responsable», ajoute-t-il. Sayarh insiste, par ailleurs, sur la nécessité de mettre fin à l’iniquité dont souffrent les étudiants du privé. «Faute d’équivalence des diplômes privés, les étudiants de HEM, par exemple, n’ont pas le droit de passer le concours d’expertise comptable de l’Iscae. Ils ne peuvent pas, non plus, demander un agrément pour ouvrir un cabinet de transit ou d’expertise comptable», dénonce-t-il.
Toutefois, avec l’équipe Hassad aux commandes, une nouvelle dynamique semble enclenchée. Les opérateurs sont confiants pour l’avenir. 

                                                                                  

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Wafaa Bouab Bennani, présidente de l’Estem, élue de l’enseignement supérieur privé (Ph. Esten)

■ Une renaissance, grâce aux équivalences

Aux yeux de Wafaa Bouab Bennani, présidente de l’Estem, ce qui compte vraiment pour les parents, c’est la confiance dans l’enseignement offert. «Ils demandent à être rassurés par un label de qualité. Jusqu’à présent, aucun système de mesure qualitative du secteur n’a été mis en place. L’accréditation des filières aurait pu jouer ce rôle. Mais telle qu’elle a été pratiquée, elle n’a pas pu le remplir», estime-t-elle. En effet, le ministère lui-même le reconnaît. Les critères d’accréditation ne sont pas suffisamment exigeants. La reconnaissance de l’Etat pourrait justement permettre de renseigner sur la qualité. «Je pense qu’elle boostera le secteur», avance Bouab. L’UIR, par exemple, qui a été la première à obtenir le label de l’Etat fin 2015, a vu ses effectifs grimper, passant de 2.200 à 2.840 étudiants en une année. «C’est la preuve que quand les parents croient en la qualité, ils sont prêts à investir», argue la présidente de l’Estem. Pour elle, la reconnaissance des diplômes privés pourrait, aussi, être une réponse à la «concurrence déloyale» des diplômes d’université (DU). Ces diplômes payants proposés par des universités publiques, sans pour autant être reconnus par l’Etat.
Jusqu’à présent, 9 établissements privés ont pu décrocher la reconnaissance. Quelque 13 autres dossiers sont en cours d’examen. «Le ministère a promis d’accélérer le processus, et de se prononcer avant la fin de l’année universitaire. Nous sommes convaincus que ses cadres sont mobilisés pour nous accompagner», confie Wafaa Bouab Bennani.

 

 

 

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