Competences & rh

Moncef Slaoui, l’as des vaccins

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5053 Le 28/06/2017 | Partager
Malaria, rotavirus, cancer du col de l’utérius,… le chercheur est associé à plusieurs trouvailles
De 2006 à 2016, il transforme complètement la R&D du géant mondial GSK
La productivité du groupe explose, malgré une baisse du budget de 40%
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Le numéro 2 du géant pharmaceutique GlaxoSmithKline compte prendre sa retraite de GSK cette année. Mais il restera président de Galvani, sa filiale spécialisée en bioelectronics. Il intégrera, aussi, les conseils d’administration de plusieurs sociétés biotechnologiques américaines (Ph. F. Al Nasser)

Son parcours aurait-il été le même s’il était resté au Maroc? Moncef Slaoui, chercheur de renommée mondiale dans le domaine des vaccins, a quitté son pays natal à l’âge de 17 ans pour faire médecine en France. Manque de bol, il rate son inscription à l’université qu’il avait choisie. En réalité, il ne savait pas qu’il fallait d’abord passer par une préinscription.

C’est ainsi qu’il se retrouve en Belgique. Il ne voulait y rester qu’un an, mais il y passera 27 ans. Finalement, il opte pour des études en biologie, qui seront couronnées par un doctorat en immunologie. Avec sa future épouse, virologiste, il part à la fin de ses études aux Etats-Unis, où il passe deux ans, pour un post-doctorat à Harvard. «Ma femme travaillait sur un virus qui s’attaque aux vaches, proche du VIH.

A la découverte du Sida en 1984, des chasseurs de têtes lui proposent d’intégrer une société de vaccins en Belgique, SmithKline-Rit, qui deviendra GlaxoSmithKline», raconte Saloui. Le jeune chercheur atterrit ainsi par hasard à GSK (et dans le monde des vaccins) où il a été embauché comme conseiller en immunologie. «J’ai toujours eu pour idée d’entreprendre des choses qui pourraient impacter le monde. A GSK, j’ai tout de suite compris que le contexte de l’entreprise me permettrait d’y arriver, bien plus que le milieu académique», confie-t-il.

En 1988, il intègre un groupe de chercheurs chargés de développer des vaccins contre la malaria. En 15 ans, il sera directement impliqué dans la découverte de la majorité des vaccins de GSK (malaria, cancer du col de l’utérus, rotavirus, pneumocoques,…).

A partir de 2003, il devient responsable du développement du géant pharmaceutique. Trois ans plus tard, il prend en charge sa R&D et intègre le conseil d’administration pour devenir numéro 2 du groupe. Il y réalisera des exploits. En plus de dix ans, de 1995 à 2006, la R&D de GSK n’avait pu développer qu’un seul produit. Alors qu’elle engloutissait 5 à 6 milliards de dollars par an, et employait 16.000 chercheurs. Il fallait donc une refonte totale du département.

«Le travail était conduit par des process et non par des hypothèses. Il n’y avait pas de prise de risque et donc pas d’innovation. La recherche était organisée en énormes départements cloisonnés de 2.500 à 3.000 personnes. Il fallait donc tout recréer», explique le brillant chercheur. De petites équipes de 8 à 80 personnes, représentant les principaux domaines scientifiques et parrainées par des «leaders scientifiques», ont donc été créées.

Le mot d’ordre était aussi d’aller à la découverte de nouvelles sciences. Les résultats ne se font pas attendre. Entre 2011 et 2016, GSK produit 24 nouveaux médicaments. «Chaque année, nous avons enregistré le plus grand nombre de médicaments et de vaccins approuvés par la Food and Drug Administration américaine, FDA», relève fièrement Moncef Slaoui. Le budget a, par ailleurs, été réduit de 40% (3,5 milliards de dollars par ans) et le nombre de chercheurs ramené à seulement 9.000.

Avec son CEO,  Andrew Witty, ils décident de partir à la retraite en 2017, afin de «céder la place à une nouvelle génération». Néanmoins, il ne s’agit que d’une retraite partielle. «Je compte rejoindre plusieurs boards de sociétés biotechnologiques américaines, dont je ne divulguerai le nom qu’après mon départ de GSK.

Je les ai choisies parce qu’elles ont des projets qui transformeront le domaine médical. Je resterais aussi président de Galvani», a-t-il livré à L’Economiste. Galvani est une filiale de GSK spécialisée dans les bioelectronics, montée en association avec Google. C’est sûr, Moncef Slaoui fera, pour encore longtemps, parler de lui.

Une nouvelle carrière dans les bioelectronics

L’avenir de la médecine sera sans doute révolutionné par les bioelectornics, et c’est dans ce domaine que Moncef Slaoui a choisi de s’investir après son départ de GSK. «Nous avons montré qu’en implantant de petites puces sur les nerfs conduisant à une viscère donnée, comme le foie, le pancréas ou la rate, nous pouvons guérir énormément de maladies liées à ces organes. Telles que le diabète, l’obésité ou des maladies auto-immunes. C’est le principe des bioelectronics», explique le chercheur. «Les résultats sur les animaux sont étonnants. Nous pouvons, par exemple, rendre un rat stérile fertile, et c’est transposable chez l’homme. Il est, aussi, possible de rendre une personne diabétique complètement saine, en lui épargnant de prendre des médicaments tous les jours», poursuit-il. Les possibilités sont extraordinaires, mais dans le domaine de la recherche médicale, de nombreuses années sont nécessaires avant de pouvoir valider un produit.

 

 

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