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Tribune

Et maintenant, on fait quoi?

Par Jamal BELAHRACH | Edition N°:5052 Le 23/06/2017 | Partager

Ancien DG de la filiale marocaine de Manpower, Jamal Belahrach a été, un temps très court, DRH à l’OCP. Poste qu’il a quitté en décembre dernier. Il a été aussi président de la Commission emploi et relations sociales à la CGEM, membre du conseil de la CGEM et président fondateur de la Fédération nationale des entreprises de travail temporaire (FNETT) et du Centre des jeunes dirigeants au Maroc (CJD). Il a initié la couverture maladie et la bancarisation pour les salariés temporaires et le projet de loi sur le travail temporaire. Il a posé le concept de «flexibilité responsable» pas encore exploité par le monde politique et économique (Ph. JB)  

En mars 2003(1), je publiai une tribune intitulée «Touche pas à mon Maroc» pour nous alerter sur les obscurantismes qui nous envahissaient, déjà, notre situation économique et sociale, le renforcement des déclassements et pousser un cri d’alarme pour réveiller les consciences sur nos dénis et nos responsabilités face à l’absence d’avenir de toute une génération.

On ne raisonne pas une personne quand elle a faim, qu’elle ne peut se loger, fonder une famille, éduquer ses enfants et se sentir en sécurité. Être digne!
Oui, la colère gronde, oui les revendications déclarées sont justes.
Il est venu le temps d’une vraie prise de conscience de la part des parties prenantes. Celles qui sont censées créer les conditions de l’exécution du projet et de la vision déjà fixés par SM le Roi: un nouveau contrat social.

Trop de flagornerie, pas assez de réalisme

Luttes de chapelle, trop de singularisme, trop de flagornerie et pas assez de réalisme ni de lecture objective sur ce que nous sommes vraiment et notre état économique et social.

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Publié en décembre 2013, le livre est un manifeste d’amour pour le Maroc, son pays d’origine qu’il a quitté à huit ans. On en trouve encore quelques exemplaires en librairie

Alors que le monde se prépare à entrer dans une quatrième révolution industrielle, avec une mutation technologique sans précédent, nos acteurs économiques et sociaux, nos élites, nos élus, n’ont aucune idée de ce qui se prépare pour le futur. Ils sont dans leur monde, dans l’entre-soi: une autre forme d’obscurantisme.
Les ruptures des modèles économiques vont bouleverser nos économies, nos entreprises, nos sociétés. Pendant ce temps, nous, au Maroc, nous continuons de fonctionner avec un vieux logiciel. Il est temps de «disrupter» les pratiques politiques, économiques et sociales et préparer l’avenir.
Qui demain pourra donner du travail aux jeunes Marocains? Ce sont les entreprises. Il faut les aimer, les libérer, les responsabiliser et proscrire la délinquance sociale et fiscale.
Il faut que les syndicats également se sentent respectés, impliqués pour que nous exigions d’eux une disruption totale de leur approche du dialogue social.
Le syndicalisme doit sortir du dogme pour aider l’entreprise à s’adapter à ce nouveau monde du travail, où les robots seront nos futurs collaborateurs, l’intelligence artificielle sera au cœur de notre vie quotidienne, où les auto-entrepreneurs seront plus nombreux, le travail en free-lance se développera, le CDI à terme disparaîtra ou ne sera plus la norme pour donner corps à une nouvelle forme de contrat.  Les relations au travail seront à réinventer.
Enfin, les fonctions régaliennes de l’Etat doivent être assumées pleinement et ne pas laisser la société civile combler ses manques.
Etre patriote, ce n’est pas être populiste et tirer sur l’ambulance mais avoir une posture responsable et critique afin de créer les conditions pour que chaque citoyen trouve sa place.
Je suis conscient de nos forces, de nos talents, de nos opportunités. Je sais que nous pourrions être une nation dragon. Mais les intérêts particuliers, l’absence de Niya et de dessein commun, obscurcissent notre chemin, nous aveuglent.
Et maintenant, on fait quoi?
Nous devons prendre nos chantiers de manière volontariste, imposer les réformes nécessaires pour donner un espoir, faire en sorte de retrouver notre fierté et éviter la colère passive.
Nous devons «hacker» la politique ancienne pour lui faire changer de logiciel, pour façonner un Maroc à la hauteur des ambitions des citoyens et patriotes que nous sommes.

Qu’avons-nous fait du printemps?

Et puis vint 2011, le «printemps arabe» avec son lot de revendications: l’éducation, l’emploi, plus de justice, la santé, plus de démocratie, fin de la hogra…
Que s’est-il passé depuis? Une amélioration certaine de nos agrégats économiques, mais un développement non inclusif.
A ces doléances, nous avons répondu par une nouvelle Constitution qui a apporté des réponses sur la démocratie et la gouvernance, puis par des élections qui nous ont fait vivre, à notre tour, l’expérience d’un gouvernement avec une forte empreinte sociétale islamiste. C’est-à-dire une réponse fortement politique alors que la question était d’abord de nature économique et sociale.
• 2,7 millions de nos jeunes de 18 à 29 ans ne sont ni à l’école, ni en formation, ni en emploi
• 30% de nos jeunes diplômés        ne trouvent pas de travail
• Le taux d’emploi plafonne à 42% alors que la zone euro flirte avec les 62%
• Chaque année se déversent sur le marché du travail 500.000 jeunes (moins de 200.000 diplômés et pas loin de 300.000 décrocheurs scolaires) alors que notre économie peine à créer 50.000 emplois… quand la météo le veut bien!
• 2 % des entreprises paient plus de 90% de l’impôt.
Comment imaginer que nous ne nous sentions pas collectivement responsables et peu crédibles face à la colère?

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(1) L’Economiste du 25 mars 2003. Extrait «… Oui, nous les opérateurs économiques, vous les hommes politiques qui êtes chargés de nous bâtir un projet de société et vous les hommes de loi, de rendre une justice équitable fondée sur le droit et pas sur le non-droit et créer ainsi un sentiment d’injustice qui aujourd’hui sert les vendeurs d’obscurantisme. Donnons de la lumière à ceux qui en manquent… et vite. En ces temps de guerre, nous avons besoin de nous retrouver (et non de profiter d’une situation) sur des valeurs de proximité pour défendre notre Maroc et œuvrer pour atteindre nos objectifs de développement: éducation, emploi, santé…». Un mois et demi plus tard, le Maroc subissait la plus grande attaque terroriste de tous les temps, le 16 mai 2003.

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