Economie

Réforme de l’administration: Un système unifié de traitement des réclamations

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5049 Le 20/06/2017 | Partager
Un portail chikaya.ma pour les requêtes des citoyens
Recrutement par contrat: Trois arrêtés manquent à l’appel
Statut de la fonction publique: Une refonte en projet
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«Le portail www. chikaya.ma sera mis en place et chaque ministère assurera le suivi des réclamations le concernant. Une campagne de sensibilisation sera lancée. Au-delà de la chikaya, nous allons créer un canal d’expression des citoyens», souligne Mohamed Ben Abdelkader, ministre en charge de la Réforme de l’administration et de la fonction publique (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: Au Parlement, des députés vous ont reproché l’élimination de Transparency et de la CGEM de la Commission nationale anti-corruption. Qu’en est-il?
- Mohamed Ben Abdelkader:
Le processus de production du décret n’est définitif que lorsqu’il est publié au Bulletin officiel. L’initiative, prise par notre département, a consisté à présenter au Conseil de gouvernement deux projets de décret. L’un concerne la CNAC (Commission nationale anti-corruption), le second le traitement des plaintes et des remarques des citoyens. Outre les départements ministériels et les institutions de régulation, une disposition prévoit la participation des représentants du secteur privé, notamment la CGEM et Transparency qui a été très active lors de l’élaboration de la stratégie de lutte contre la corruption. Il n’y a donc pas d’exclusion. Il faut attendre la publication du texte au BO lors des prochains jours.

- Vous parlez de traiter les réclamations des citoyens. Comment allez-vous déployer ce dispositif?
- Il s’agit d’établir un système de traitement unifié, partagé, harmonisé et mesurable. Pour cela, il a été nécessaire d’élaborer un décret pour obliger les administrations et les établissements publics au niveau central et extérieurs, à recevoir, traiter et suivre les réclamations. Les pratiques sont différenciées. Certaines administrations traitent les réclamations, d’autres n’ont pas de délai. Il faut arriver à mettre en place un seul système de traitement. Selon le décret, c’est notre ministère qui est chargé d’élaborer le modèle de réclamations. Celles qui sont anonymes, qui relèvent de la diffamation ou sont devant la justice seront rejetées. Qu’importe le support pour faire parvenir les réclamations, papier, téléphone, messages mails, elles seront traitées de façon numérique. Le ministère travaille sur une application qui sera prête dans un mois, en concertation avec d’autres départements. Un portail www. chikaya.ma sera mis en place et chaque ministère assurera le suivi. Une campagne de sensibilisation sera lancée. Au de-là de la chikaya, nous allons créer un canal d’expression des citoyens.

- Les attentes sont énormes. Comment allez-vous répondre à l’ensemble des réclamations?
- Ce sont les départements ministériels qui vont le faire. S’ils ne répondent pas, je le mettrai dans le rapport que je présenterai devant le Conseil de gouvernement. De toue façon, il y aura des fonctionnaires dédiés à cette opération. L’approche est de mettre les citoyens au cœur de la réforme de l’administration comme l’a souligné le Roi. Je pense que ce système sera déterminant dans la réconciliation des citoyens avec l’administration, perçue comme complexe, bureaucratique, incompétente,…

- Le flou persiste encore sur le recrutement par contrat dans l’administration. Avez-vous démarré cette opération?
- Le décret pour le recrutement par contrat dans la fonction publique a été promulgué en août 2016. Les syndicats étaient inquiets et voyaient dans cette mesure un risque de démantèlement de la fonction publique. Dans la réalité, ce n’est pas du tout cela. Le décret donne la possibilité aux ministères de recruter des experts, sur une période limitée, selon le nombre de postes budgétaires accordés dans le cadre de la loi de finances. Ce décret nécessite la signature de trois arrêtés dont l’un par le chef du gouvernement fixant les salaires et indemnités, l’autre par le ministre des Finances relatif aux modalités du concours. Jusqu’à maintenant, cette opération n’a pas démarré. Il faudra attendre la semaine prochaine pour qu’elle soit généralisée à l’ensemble des ministères pour commencer à travailler. Aussi, je trouve que la communication avec les syndicats est insuffisante. Beaucoup croient que la dernière vague de recrutement des enseignants s’est faite selon cette forme de contrat. C’est faux. Ce sont les Académies régionales de l’éducation-formation, en tant qu’établissements publics, qui les ont embauchés et non le ministère.

- Quels sont le calendrier et les mécanismes de suivi  de la réforme?
- Nous devons mobiliser les compétences et le savoir-faire. Ce qu’il faut ici c’est le portage, la vision et le diagnostic existent. Place au leadership des cadres pour planifier ce qui a été réfléchi. D’ailleurs, des réseaux existent dans l’administration. C’est le cas de celui des secrétaires généraux des ministères qui ont la haute responsabilité de la mise en œuvre des politiques publiques de l’Etat. J’ai invité le chef du gouvernement à présider une réunion de ce réseau pour discuter du plan de réforme présenté devant le Conseil de gouvernement. Les débats ont insisté sur le manque de convergence. Nous avons mis en place un plan d’action. Ainsi, il faut unifier les concours pour le recrutement des cadres communs aux différents ministères. Actuellement, chaque département qui a besoin de 4 ingénieurs par exemple organise un concours où se présentent 3.000 candidats. Ce sont les mêmes qui participent aux différents concours. C’est coûteux et tout le monde est perdant. L’idée est d’unifier les actions pour organiser un seul concours du gouvernement marocain, chapeauté par l’ENSA qui sera chargée de dispatcher les lauréats sur les ministères. Nous avons d’autres réseaux à réactiver comme celui des DRH ou des inspecteurs généraux des ministères. Cette opération sera étendue aux responsables de la communication dans les ministères. Je vais aussi lancer une étude sur l’évaluation de l’administration électronique.

- Que prévoyez-vous pour le statut général de la fonction publique?
- La volonté de réviser le système est affirmée par le gouvernement et contenue dans son programme. Il s’agit de l’adapter à la nouvelle Constitution. Le texte a subi plusieurs amendements qu’il ne peut supporter de nouveaux au risque de perdre sa substance. Le Maroc mérite un autre texte, adapté à l’évolution de son environnement avec de nouveaux concepts qui font la base de la gestion moderne de la fonction publique ailleurs. Nous avons une plateforme, fruit d’une concertation. Nous allons la présenter pour la prochaine réunion du Conseil supérieur de la fonction publique qui aura lieu après le Ramadan. Le point principal de l’ordre du jour est la refonte du système. C’est le projet phare de ce ministère. Il s’agit d’obtenir l’aval de cette instance de concertation avant de lancer le processus de révision.
Propos recueillis par
Mohamed CHAOUI

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