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Régions

Al Hoceïma: Attentes et espoirs pour le Rif

Par Ali ABJIOU | Edition N°:5048 Le 19/06/2017 | Partager
Libération des détenus et arrêt des poursuites: une recommandation majeure
Repenser le développement de la région et y impliquer les populations
Un appel à la sagesse et à la défense des intérêts suprêmes de la nation
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Le ministre de la Justice, Mohamed Aujjar, figurait parmi les représentants du gouvernement au colloque, même s’il est parti sans poursuivre ses travaux (Ph. CRTTA)

Un nouveau départ, tel est le vœu exprimé hier par les participants au colloque national sur la situation à Al Hoceïma, organisé par le Conseil de la région vendredi dernier. Parmi les premières recommandations de cette réunion (au terme d’une discussion qui s’est prolongée tard dans la nuit), figure la mise en place d’une nouvelle approche en matière de développement dans laquelle les habitants de la région sont réellement impliqués.

Une implication qui inclurait tant la mise en place des programmes futurs ainsi que le suivi et l’évaluation de l’ensemble des projets en cours. Les participants, issus de différentes régions du Royaume dont le Rif, ont aussi rappelé la nécessité d’activer de manière urgente la mise en œuvre du rôle de l’institution de la Région en tant que l’un des représentants des populations de la zone et de la nécessité de la doter de tous les outils et moyens nécessaires pour mener à bien sa mission.

Les participants ont, de même, appelé à laisser tomber l’approche sécuritaire, au sens strict du terme, actuellement suivie dans le Rif et dans la région d’Al Hoceïma et à éviter dans le futur tout type de violence ou de menace envers les populations de cette zone.

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Les travaux du colloque ont compté avec une forte présence, surtout lors des premières séances. Dès la lecture des recommandations vers 02h45 du matin, elle avait fondu comme neige au soleil (Ph. CRTTA)

Mais la recommandation la plus largement partagée et qui fait office de préambule à la déclaration finale a été celle de la libération de l’ensemble des détenus et de l’arrêt des poursuites ainsi que l’annulation des avis de recherche en cours. Une action qui devra être accompagnée par la levée du blocus sécuritaire imposé actuellement à la région avec le retrait des forces de l’ordre afin que la région retrouve sa tranquillité.

D’après les explications de l’avocat Me Mohamed El Haini, «même si le fameux décret de militarisation de la zone qui a tant été décrié par les partisans du “hirak” a été abrogé, selon le gouvernement, l’excès des forces de l’ordre déployées dans le Rif et en particulier à Al Hoceïma est assimilé à une sorte de militarisation».

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Ilyas El Omari, président de la Région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, s’est défendu d’être l’instigateur de cette rencontre, préférant assurer qu’il en est juste un facilitateur (Ph. CRTTA)

Du côté du gouvernement, les déclarations vont dans le même sens, du moins au niveau des vœux. C’est le cas de Noureddine Boutayeb, ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, qui a assuré que l’objectif du gouvernement est de calmer la situation d’un côté et de faire avancer les projets de développement de l’autre, afin de réussir à attirer les investissements.

Mais pour panser les plaies béantes par cette crise du Rif que certains appellent «Hirak», d’autres mesures plus profondes devront être prises selon la déclaration finale de la conférence. Parmi elles, figure la réconciliation avec l’histoire turbulente du Rif et sa reconnaissance.

C’est le cas, selon l’un des intervenants venant d’Al Hoceïma, du drapeau du Rif que certains assimilent à une tentative de sécession, au moment où les gens d’Al Hoceïma se considèrent aussi patriotes que tout autre marocain. «Il n’est pas normal qu’on traite les habitants du Rif de séparatistes à chaque fois qu’ils parlent de leurs droits», se plaint Fouad Ahidar, parlementaire bruxellois issu de la région.

La conférence a aussi fait un appel du pied au Conseil économique et social auquel ils recommandent d’établir un modèle de développement spécifique pour la région du Rif. Enfin, c’est un appel à la sagesse et à la mise en avant de l’intérêt suprême de la nation que les participants à cette conférence ont émis, une nécessité en cette période de crise.

                                                            

Verbatim

Mohamed Aujjar, ministre de la Justice: «L’Etat a fait beaucoup de choses dans le Rif mais je n’arrive pas à savoir quand est-ce que cela a buggé»

Noureddine Boutayeb, ministre délégué à l’Intérieur: «Notre objectif est de retrouver le calme dans la zone et de faire avancer les projets en cours, mais aussi de retrouver des canaux de discussion avec la population»
 
Fouad Ahidar, parlementaire bruxellois:
«73 des 500 plus grandes entreprises d’Afrique sont marocaines, pourquoi ne pas leur demander d’aller investir le Rif?»

Hassan Semlali, avocat au barreau de Kénitra: «Il faut d’abord admettre l’évidence que l’Etat n’a pas pu développer la région et que la solution sécuritaire a élargi le gap qui le sépare des populations»
 

Driss El Yazami, président du CNDH: «Les citoyens sont de plus en plus conscients de leurs droits. Ils veulent s’exprimer, être écoutés et participer à la prise de décision»

Hayat Boulahjal, sœur d’un des détenus: «Nous ne voulons plus d’aucune revendication. Si les arrestations continuent, il n’y aura plus personne pour profiter de ses fruits»

De notre correspondant,
Ali ABJIOU

 

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