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Economie

Projet de loi de finances: L’opposition hausse le ton

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5027 Le 19/05/2017 | Partager
Ses groupes à la 2e Chambre ont démonté le texte présenté par Boussaid
Le gouvernement épinglé pour son «opportunisme politique»
Les équilibres macroéconomiques au détriment des considérations sociales

Démarrage difficile pour la première séance de débat au sein de la Commission des finances. Plusieurs conseillers ont claqué plus d’une heure dans des interventions de procédures et de contestation de la limitation du temps de parole en fonction du poids numérique de chaque groupe parlementaire.

Au final, le président de la Commission, Rahal Mekkaoui, a dû lever la séance vers 17 heures, faute d’intervenants, sachant que le PAM avait décidé de n’intervenir que le lendemain, le temps de mieux analyser l’intervention du ministre des Finances devant la Commission mardi soir.

Mohamed Boussaid devait répondre hier aux interventions des conseillers, avant d’entamer l’examen du projet de loi de finances, article par article, et ouvrir la voie au dépôt des amendements des différents groupes parlementaires. A moins que les conseillers du PAM, relayés par des syndicats, ne font lanterner le ministre, histoire de gagner du temps pour que le délai réglementaire des 22 jours pour traiter le projet de budget soit respecté.

Pour expliquer la tension entre l’opposition et la majorité, le président de la Commission des finances a estimé que «cette année, le projet de budget est particulier. Il est discuté 5 mois après le début de l’année. Donc, il est normal qu’il y ait un débat sur la sincérité des hypothèses et des chiffres présentés par le gouvernement».

Aziz Benazouz a épinglé «le double langage et l’opportunisme politique qui impactent négativement la démocratie». Le chef du groupe parlementaire du PAM s’en est pris au ministre des Finances qui surcharge les élus de la nation par la multiplication des documents accompagnant le projet de loi de budget. Il a reconnu officiellement que les parlementaires ne lisaient pas cette documentation, conseillant ainsi le ministre de se limiter à des résumés succincts.

Il est également revenu sur le non-retrait du projet de budget en dépit des changements intervenus dans les hypothèses de base élaborées à l’été 2016.  Benazouz a saisi cette opportunité pour attirer l’attention de Mohamed Boussaid sur la nécessité de prendre des «mesures pratiques en faveur de la population de la région d’Al Hoceïma» dont il est d’ailleurs originaire. Pour lui, les efforts de l’Etat en matière d’investissement n’ont pas donné leurs fruits. «Un geste en direction des jeunes qui se retrouvent déboussolés est très attendu. Car le gouvernement doit assumer sa responsabilité», dit-il.

La veille, Abdeslam Lebbar, chef du groupe parlementaire de l’Istiqlal, a malmené le gouvernement, avec des critiques virulentes tout en sachant que son parti optera finalement pour l’abstention comme il l’a fait lors de l’adoption de ce projet au niveau de la Chambre des représentants. En attendant, il s’est interrogé sur l’application des consignes royales, particulièrement au sujet du «butin électoral et la distribution des postes ministériels», contenus dans le discours de Dakar.

Pour lui, la formation du gouvernement est loin des espérances nées de ce discours royal. Le Souverain voulait que l’Afrique soit plus présente, en prenant une place prépondérante dans le projet de loi de finances de 2017. Abdelkrim Mehdi, membre du groupe parlementaire de la CGEM, a abondé dans le même sens, en rappelant l’attention que doivent accorder le gouvernement et les ministres à l’Afrique.

Il a également insisté sur la nécessité de procéder à l’évaluation des stratégies sectorielles pour une meilleure convergence et une intervention du secteur privé. Amal Amri chef de groupe parlementaire de l’UMT, réclame également cette évaluation, tout en exigeant une neutralité. «Les cabinets qui seront chargés de cette évaluation ne doivent pas être les mêmes qui ont accompagné le lancement de ces stratégies sectorielles», a-t-elle indiqué.

Pour l’istiqlalien  Lebbar, le gouvernement a accordé la priorité aux équilibres macroéconomiques au détriment des considérations sociales. Le projet manque d’ambition et de crédibilité. Il a été préparé par le gouvernement sortant, sans qu’il ne soit réactualisé pour contenir le programme gouvernemental, comme il est de coutume dans les pays démocratiques.

Sur un autre registre, le chef du groupe parlementaire a réclamé une évaluation des dispositions fiscales pour mesurer leur impact sur les recettes de l’Etat. Il ne comprend pas comment peut-on exonérer de la TVA les achats des avions et maintenir cette taxe pour les artisans. Par la même occasion, il s’est interrogé sur l’efficience des investissements publics. En dépit des milliards de dirhams dépensés chaque année, les résultats ne sont pas visibles au niveau social, particulièrement l’emploi.

Dans son intervention, Amal Amri  n’est pas passé par quatre chemins. Selon elle, «au niveau social, il n’y avait rien dans le projet de loi de finances», tout en critiquant le lien de l’économie à l’endettement. Sur la répartition des postes budgétaires entre les ministères, elle s’est dite surprise de constater que le ministère de l’Emploi et de l’Intégration sociale ne bénéficiait d’aucun poste. Pourtant, le déficit en matière d’inspecteurs de travail est patent.

Slogans

Aziz Benazouz a épinglé Mohamed Boussaid sur les priorités du projet de loi de finances comme notamment la transformation structurelle de l’économie. Pour lui, ce sont autant de «slogans vides». Car en réalité, la structure du PIB n’a pas changé depuis des années, ajoute-t-il. En plus, le poids de l’industrie a reculé. «On parle d’industrie automobile alors qu’on serre les boulons de pièces importées de l’étranger. Donc, il faut travailler pour que cette industrie soit marocaine».

 

 

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