Politique

Gouvernement: El Othmani esquive les critiques de l’opposition

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5013 Le 28/04/2017 | Partager
Des réponses vagues sur de nombreux sujets
Des hésitations sur la décompensation
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Après l’apparition de fissures au sein de la majorité, notamment avec les positions critiques de l’USFP, Saâdeddine El Othmani a aussi perdu le soutien du groupe de l’Istiqlal. Le parti de Hamid Chabat s’est abstenu de voter en faveur du programme gouvernemental. Ce qui semble préparer son passage à l’opposition (Ph. Bziouat)

Après l’approbation de son programme gouvernemental par le Parlement, Saâdeddine El Othmani est appelé à accélérer la cadence. Les citoyens et les opérateurs économiques attendent le lancement de signaux positifs pour favoriser la relance, après un attentisme qui s’est installé depuis plus de 6 mois. L’équipe d’El Othmani a réussi à obtenir la confiance des députés. Sur les 240 élus des 6 partis de la majorité, 208 ont voté en faveur de la déclaration gouvernementale.

Dans les rangs de l’opposition, seuls 91 députés se sont prononcés contre, au moment où le groupe istiqlalien a adressé un signal politique au PJD, en s’abstenant de participer au vote. Le PI prépare son passage à l’opposition. Pour l’instant, il reste lié par l’engagement pris par son conseil national d’assurer un soutien critique au gouvernement conduit par le PJD.

La prochaine réunion du parlement de l’Istiqlal devra consacrer le changement de la position de ce parti vis-à-vis de l’équipe d’El Othmani. Celui-ci a été peu convaincant lors de sa réponse aux critiques des groupes parlementaires, mercredi dernier. D’emblée, il a reconnu que son gouvernement s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur, et ne cherche pas la rupture par rapport à ses politiques ayant montré leurs limites.

Face aux critiques de l’opposition, jugeant le programme présenté comme «décevant, se contentant de déclarations d’intention», il a avancé qu’il s’agit uniquement d’un exposé des grandes lignes. Pour les détails, il faudra attendre les plans d’action sectoriels et les projets de loi de finances.

Précisons que l’application des engagements contenus dans le programme gouvernemental n’est prévue que dans le budget de 2018 (voir article sur la loi de finances page 34). Lors du Conseil du gouvernement, tenu hier à Rabat, El Othmani a appelé ses ministres à déterminer une liste de mesures urgentes à mettre en œuvre durant les 100 premiers jours de la nouvelle équipe.

Face aux critiques relatives à l’impact négatif du retard de la formation du gouvernement sur les entreprises, El Othmani a botté en touche. Pour lui, «l’ouverture des crédits par décret a permis d’assurer le fonctionnement normal des différents départements».

Au moment où l’opposition, le patronat et les syndicats ont déploré la faiblesse du taux de croissance ciblé, le chef du gouvernement a considéré qu’il a été fixé sur la base d’une «approche réaliste, qui prend en compte les différents enjeux». Ce taux sera réalisé, selon lui, grâce aux activités non agricoles. «Si le contexte est favorable, nous pourrons même dépasser les prévisions», a-t-il dit, sans préciser la nature de ces pré-requis. La faiblesse des arguments du chef du gouvernement a aussi concerné l’épineux dossier de la résorption du chômage.

Patronat et syndicats ont été unanimes à considérer que le taux de croissance prévu ne permettra pas de ramener le chômage à 8,5%. El Othmani est resté vague sur ce sujet, se contentant d’avancer que la poursuite du Plan d’accélération industrielle permettra de créer de nouveaux postes d’emplois, «qui pourraient atteindre 570.000 à l’horizon 2021». Il n’a pas non plus répondu à l’interpellation du groupe de la CGEM, qui s’était interrogé sur les raisons du retard du transfert au Parlement du projet de loi sur la formation continue, adopté en Conseil de gouvernement en 2014. Le chef du gouvernement a uniquement rappelé que c’est un texte «qui introduira une nouvelle vision pour les contrats spéciaux de formation».

El Othmani a aussi évité de trancher la question de la réforme de la compensation. Il a estimé que la poursuite de ce chantier «pose de grands défis, particulièrement pour des produits comme le gaz butane». Pour lui, «ce processus sera mené de façon graduelle, en mettant l’accent sur le transfert des montants économisés au soutien des catégories vulnérables et au financement des projets de développement social». Toutefois, il n’a pas précisé les modalités de mise en œuvre, «qui seront définies plus tard», a-t-il dit.

Premier revers pour les syndicats

Le retrait du Parlement du projet de loi sur le droit de grève et sa programmation aux réunions du dialogue social est l’une des principales revendications des groupes parlementaires syndicats. Une requête à laquelle Saâdeddine El Othmani semble opposer une fin de non recevoir. C’est ce qui ressort de son intervention devant les députés avant de solliciter le vote de confiance. Pour ce texte, il a estimé que «les parlementaires disposent du droit d’amendement des projets de loi». Implicitement, il s’agit d’un refus de la requête des syndicats, l’ayant rejeté à cause de leur écartement du processus de son élaboration. Une consigne a été donnée lors de la réunion du Conseil de gouvernement, tenue hier, pour «éviter le retrait des projets de loi déposés au Parlement». Pour la réforme de la retraite, il a avancé que «cette première étape était nécessaire pour rétablir l’équilibre financier à la CMR». Ce processus devra se poursuivre «en prenant en considération les recommandations de la commission nationale de la réforme des retraites».

 

 

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