Economie

Barid Al-Maghrib menacé dans ses relais de croissance

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5011 Le 26/04/2017 | Partager
Le groupe peine à développer ses nouveaux métiers
La banque postale concentrée sur les dépôts

Des réalisations relativement satisfaisantes mais beaucoup de chemin reste à faire. C’est en substance le constat que dresse la Cour des comptes du groupe Barid Al-Maghrib (BAM). Les insuffisances relevées concernent surtout les nouveaux métiers relatifs aux activités numériques et au transport et logistique qui n’arrivent pas à décoller. Entre 2010 et 2014, le chiffre d’affaires de BAM s’est diversifié avec une montée en puissance des services financiers.  

D’ailleurs, ces services constituent un véritable relais de croissance. Ils ont représenté plus de 54% du chiffre total du groupe en 2014 contre 36% en 2010. En revanche, le volume du courrier s’est inscrit dans une tendance baissière. Une situation en phase avec les hypothèses retenues par le contrat-programme 2013-2017 qui prévoit un taux de réduction annuel de 2%.   

Le groupe BAM est organisé autour de cinq grands métiers: courrier, colis transport et logistique, activités numériques et services financiers. Certains de ces métiers sont exercés en interne, tandis que d’autres sont assurés à travers ses filiales. A fin juillet 2015, en plus de Barid Cash, filiale d’Al Barid Bank (ABB), BAM possède quatre filiales directes ainsi que deux participations.

La dématérialisation croissante du courrier, qui est une tendance mondiale, et le recul des envois par les grands comptes, notamment les banques constituent une réelle menace pour l’activité courrier. Une activité longtemps considérée comme le cœur du métier de BAM. D’autre part, le chiffre d’affaires courrier des services à valeur ajoutée reste faible et ne permet pas de compenser la baisse des recettes liée au déclin du courrier traditionnel.

En ce qui concerne le service postal universel, sa définition légale fait défaut jusqu’à présent au Maroc. La législation marocaine se caractérise, également, par l’absence d’un régulateur indépendant de l’autorité de tutelle. Pour les colis, BAM a essayé d’atteindre son objectif stratégique en réalisant une opération de croissance externe par l’acquisition en 2013 de la société SDTM pour un montant équivalent à 103,1 millions de DH.

Néanmoins les synergies promises de cette opération sont restées limitées. Par ailleurs, la répartition du chiffre d’affaires montre la faiblesse de la messagerie internationale. Ce qui s’explique par la forte concurrence des entreprises étrangères autorisées (DHL, UPS, TNT, etc.). Preuve que la libéralisation du secteur a été occultée par le groupe.

Des contre-performances caractérisent également l’activité bancaire. L’analyse  de la structure du produit net bancaire des filiales du groupe  fait ressortir la prédominance des activités de placement au détriment des crédits à la clientèle. Cette activité demeure très faible par rapport aux banques de la place: 0,3% en 2014. Quant au coefficient d’exploitation d’ABB (Al Barid Bank), il demeure largement supérieur à la moyenne du secteur bancaire marocain.

C’est une véritable entorse à la compétitivité. Surtout pour son positionnement stratégique de banque «low cost» qui cible la clientèle à bas revenu. Ceci, sans oublier le niveau du service jugé faible par rapport à la concurrence. A cet effet, les   observations de la Cour des comptes touchent même les métiers traditionnels. L’objectif de réduction des délais du courrier à 2 jours n’a pas été atteint. Il en est de même du non-retour des accusés de réception des envois recommandés qui frôle un taux de 70%.    

D’autres insuffisances sont aussi relevées en ce qui concerne la gestion des réclamations et le temps d’attente aux guichets. Au niveau de la gouvernance du groupe, des carences persistent encore dans les modes de fonctionnement du Conseil d’administration et de ses comités, ainsi que dans le contrôle interne. De plus, un retard significatif a été, également, enregistré dans l’assainissement de la situation juridique du patrimoine immobilier.

Les recommandations de la Cour

L’audit de la Cour des comptes a été sanctionné par plusieurs recommandations. En tête figure, l’accélération de la réforme du cadre règlementaire du secteur postal en dissociant les rôles de concepteur de politiques publiques, de régulateur et contrôleur ainsi que celui d’opérateur. Ceci, dans l’objectif d’une meilleure définition du service postal universel, notamment en matière d’offre, de périmètre et de qualité de service. Cette définition doit prendre en considération l’évolution des besoins des citoyens et des entreprises.
La Cour appelle également à l’élaboration d’un répertoire amélioré des habitations et la dénomination des voies dans les zones urbaines et rurales.
Compte tenu des résultats insuffisants de l’opération d’acquisition de la SDTM, l’Etat actionnaire devrait redoubler de vigilance en cas de choix stratégiques en matière d’acquisitions ou de cessions.  Enfin, La Cour recommande au groupe BAM de reconsidérer sa stratégie dans son ensemble au niveau du courrier et des services à valeur ajoutée en raison du décalage significatif entre les réalisations et les objectifs du contrat-programme.
En attendant, il est aussi recommandé de renforcer les ratios prudentiels de la banque postale en particulier ceux de solvabilité et de partage des risques. Sans oublier l’amélioration de la gouvernance du groupe et ses filiales via l’application du Code marocain de bonnes pratiques.

 

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