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Economie

Décompensation: El Othmani relance la réforme

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5007 Le 20/04/2017 | Partager
Un calendrier pour le gaz butane avec effet dès 2018
Sucre et farine également au programme
Des mesures de ciblage devraient être déployées concomitamment

Saâdeddine El Othmani se veut méthodique. Dans son allocution pour son premier conseil de gouvernement, il a voulu mettre en place des balises qui tranchent avec son prédécesseur. Ainsi, une place de choix sera accordée à la multiplicité des partenaires  dont les partis politiques d’opposition et les syndicats. Si Benkirane les a ignorés, El Othmani compte visiblement les remettre en selle.

Pour lui, «le dialogue avec ces forces de propositions et d’accompagnement du gouvernement doit être maintenu». Il faudra développer l’écoute et les occasions de coopération, a-t-il rappelé à ses ministres. Le nouveau chef du gouvernement n’a pas omis de rappeler le rôle de la société civile, qui a une expérience riche et diversifiée au Maroc. Il compte sur sa contribution pour améliorer le travail du gouvernement, a-t-il précisé. En somme, tout ce qui horripilait le chef du gouvernement sortant, souligne un ministre.

Par ailleurs, El Othmani s’est référé à l’article 88 de la Constitution qui stipule que «le programme  doit dégager les lignes directrices de l’action que le gouvernement se propose de mener dans les divers secteurs de l’activité nationale et notamment dans les domaines intéressant la politique économique, sociale, environnementale, culturelle et extérieure». Donc, pour lui, le document ne comportera pas de mesures pratiques mais des exemples dans certains secteurs. «Une fois le programme adopté par le Parlement, le gouvernement mettra en place un plan d’action détaillé qui comportera les différentes mesures chiffrées et accompagnées d’un calendrier d’exécution», a-t-il dit.

Qu’importe, après la libéralisation des carburants, initiée sous le mandat de Benkirane, Saâdeddine El Othmani veut s’attaquer aux autres produits subventionnés qui greffent le budget de l’Etat, sans toucher leur cible. Ce processus doit démarrer à partir de 2018, sachant que l’année en cours est amplement entamée. Après le vote de confiance du Parlement, le dossier prioritaire est l’adoption du projet de loi de finances pour 2017.

L’un des produits qui sera traité est le sucre. Selon un premier scénario, son prix augmentera de 20 centimes le kg à partir de l’année prochaine jusqu’à la décompensation totale. La farine n’échappera pas à cette opération. Pour ce produit subventionné à hauteur de 10 millions de quintaux, le gouvernement a prévu une réduction du contingent de 500.000 quintaux par année, avec le reliquat en 2021.

Mais c’est la décompensation du gaz butane qui fera beaucoup de bruit. La subvention de ce produit grève le budget de l’Etat de près de 10 milliards de DH par an. Sachant que la bonbonne de gaz n’est plus limitée à l’usage domestique. Son utilisation dans d’autres activités professionnelles dont notamment l’agriculture est de notoriété publique. La libéralisation de ce produit se fera de manière progressive. A la clé, des mécanismes pour amortir la hausse du prix de la bonbonne de 12 kg qui grimpera à 120 DH à l’horizon 2021 contre 42 DH actuellement.

Les mesures d’accompagnement de cette réforme seront par la suite déclinées par Lahcen Daoudi, ministre des Affaires générales et de la gouvernance. En tout cas, à l’heure où nous mettions sous presse, on ne sait pas encore si le nouveau chef du gouvernement annoncera aux parlementaires le calendrier de la décompensation.  En tout cas, selon l’échéancier préparé, une première augmentation du prix de 10 DH pour une bonbonne de 12 kg et de 2,5 DH pour celle de 3 kg, interviendra en 2018. L’année suivante, la hausse sera de 15 DH pour une bonbonne de 12 et de 3,75 DH pour 3 kg. En 2020, une autre augmentation de 20 DH (5 DH pour la bonbonne de 3 kg) et 2021, elle sera de 25 DH.

Ce gouvernement devra également prendre en charge le coût budgétaire de la réforme de la retraite, estimé à 27 milliards de DH d’ici 2021. Déjà pour cette année, son impact est estimé à 3,1 milliards de DH dont près de la moitié représente la masse salariale des fonctionnaires maintenus. L’autre moitié  est sous forme d’impact du relèvement de la contribution patronale qui passe progressivement de 10 à 14%. En 2021, la masse salariale des fonctionnaires maintenus représentera 4,3 milliards de DH et la contribution patronale 3,3 milliards, soit 7,6 milliards de DH.

En parallèle, l’exécutif appelle les partenaires sociaux à démarrer d’urgence le dialogue sur la réforme globale des régimes de retraite. L’objectif est de mettre en place un système de retraite avec deux grands pôles, l’un public et l’autre privé. De son côté, le gouvernement va opérationnaliser l’extension de la couverture sociale aux professionnels, aux travailleurs indépendants et aux non-salariés exerçant une activité privée.

Doubler le budget de la culture

Le gouvernement compte doubler le budget de la culture d’ici la fin de son mandat et assurer la couverture territoriale en équipements culturels de proximité. D’autres mesures sont prévues comme l’introduction des cultures artistiques dans les cursus scolaires. De même, l’accès des élèves et des étudiants aux musées et aux services culturels, via des tarifs symboliques sera encouragé, le développement des bibliothèques multimédias, avec la création de points de lecture dans les zones enclavées et la diffusion des livres au niveau des salles d’attente et moyens de transport.

D'autres mesures phares

■ Lutte contre l'analphabétisme
La valorisation du capital humain passe notamment par la réforme du système d’éducation et de formation. Ainsi, la gouvernance du système doit être revue, en adoptant une loi cadre de contractualisation avec les Aref. Au menu également, la révision des cursus, des programmes  et des livres scolaires, avec la priorité à l’enseignement des langues étrangères à côté de l’arabe et de l’amazigh. Autres mesures, la généralisation progressive du préscolaire et le développement de l’e-learning comme solution complémentaire, notamment dans le monde rural et les zones excentrées. Le ministère de l’Education devra mettre en œuvre un programme de mobilité des enseignants avec un système d’intéressement en faveur des zones éloignées. Au niveau de l’alphabétisation, ce département devra actualiser ses programmes, selon les standards internationaux et renforcer les moyens numériques en vue de réduire le taux d’analphabétisme de 20%.

■ Réduire le déficit en logements
En matière d’habitat, l’objectif du gouvernement est de réduire le déficit en logements à 200.000 unités à l’horizon 2020. Mais pour cela, il est nécessaire de faciliter l’accès des démunis à un appartement décent. Cela se fera à travers la politique des villes nouvelles, avec des investissements publics dans les domaines des équipements collectifs et des infrastructures. L’appui à l’accès des classes moyennes aux logements via l’incitation des promoteurs immobiliers à construire des unités destinées à la location est mentionné.

■ Charte du sport pour tous
Le gouvernement compte élaborer une carte sportive équilibrée sur l’ensemble du territoire, avec une «charte de sport» pour tous. Le ministère de tutelle devra améliorer et optimiser  les subventions accordées aux fédérations et aux associations sportives. Cela se fera à travers la mise en place de mécanismes d’évaluation et des critères transparents pour l’octroi de ces subventions. En outre, il faudra conclure un partenariat public-privé portant sur le développement et la gestion des infrastructures sportives de proximité. Autre axe, le développement du sport universitaire et scolaire.

 

 

 

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