Economie

Zahra Maafiri: «L’exportateur marocain a changé»

Par Safall FALL | Edition N°:5006 Le 19/04/2017 | Partager
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Pour Zahra Maafiri, directrice générale de Maroc Export, la consolidation des marchés traditionnels, combinée à un effort de diversification géographique et sectorielle, reste parmi les priorités de l’offre exportable marocaine (Ph. L’Economiste)

Maroc Export devrait bientôt passer dans le giron de la nouvelle superstructure de promotion des investissements et de l’export marocains, l’Agence marocaine de développement de l’investissement et de l’export (AMDIE). En attendant, l’organisme maintient ses priorités stratégiques et avance ses premiers pions en Afrique de l’Est, dans un contexte de préparation à la flexibilité du dirham et d’émergence du «made in Africa». Décryptage.

- L’Economiste: L’Afrique de l’Est n’est certainement pas la région naturelle d’expansion du made in Maroc. Quels sont les défis de cette ouverture?
- Zahra Maafiri:
Le Maroc est passé premier investisseur en 2015 dans la région ouest-africaine et 2e dans le continent. Nous comptons  capitaliser sur cette lancée et ce positionnement pour guider nos opérateurs vers les marchés est-africains. Cette vision rentre dans le cadre d’une diversification continentale. Nous maîtrisons les défis et les problématiques de pénétration de ces marchés. C’est pour cela que nous avons voulu accompagner cette première mission de sensibilisation et d’information (voir encadré), conçue sur une formule de forums, b to b et de worskshops très spécialisés sur des secteurs importants pour les entreprises marocaines. Nous avons réuni beaucoup d’informations sur l’accessibilité de ces marchés et avons perçu une certaine curiosité qui, d’ailleurs, a été bien exploitée. Nous avons exploré des opportunités et ouvert la voie à des accords qui nous engagent dans l’échange d’expertises et d’informations de marché. Et les résultats sont prometteurs: plus de 80% des entreprises que nous avons sondées ont déclaré leur intention d’investir. Vous constatez l’engouement: des engagements d’investissement dès la première mission. Cela confirme notre capacité d’internationalisation qui cadre très bien avec la politique du Royaume en la matière, à travers le partenariat gagnant-gagnant et le partage.

- Le «made in Africa» est supposé être le point d’orgue de cette dynamique. Où en êtes-vous?
- Il  est vrai qu’il y a encore beaucoup à faire en termes d’intégration régionale du commerce en Afrique. L’ambition du «made in Africa» est justement d’accélérer ce processus et de créer une plateforme et un réseau d’échanges d’organismes de promotion du commerce (OPC). Il a besoin juste d’être davantage encouragé et c’est ce que le gouvernement est en train de faire, le secteur privé ainsi que les banques. Déjà dans le cadre de ce réseau, nous avons lancé des brands nationaux fondés sur le «made in». Tout le monde se lance dans cet esprit et nous venons de rassembler à Casablanca une première rencontre autour de la filière textile. Nous nous sommes rendu compte qu’il y a un gros potentiel d’intégration dans ce secteur. Le sourcing textile africain en matière première s’opère encore à l’international, à des prix très élevés, alors que l’offre existe sur le continent. Il faut juste créer des chaînes intermédiaires entre les producteurs et les usines de filature, créer du design et s’approprier tous les métiers porteurs tels que le bio. L’objectif est encore une fois de disposer d’un «made in Africa» avec une grande composante de valeur ajoutée.
- Une fusion entre Maroc Export et l’AMDI a été récemment annoncée. Qu’en est-il de ce chantier?
- C’est le nouveau ministre qui porte ce projet et nous devrons incessamment rencontrer la nouvelle équipe à ce propos. Nous nous inscrivons évidemment à tout projet positif pour l’offre exportable marocaine. Tant qu’il y a davantage de synergies à trouver, je pense qu’elle est bonne à prendre.  

- Quelles seraient les priorités de l’offre Maroc une fois ce projet bouclé?
- Il s’agit d’abord de la consolidation des marchés traditionnels, de la diversification géographique, ainsi que de l’innovation dans les métiers. L’exportateur marocain d’aujourd’hui a changé. Il pense désormais à l’export, mais couplé à l’internationalisation. Il faudra s’approprier cette nouvelle donne et développer une offre de service pour s’y adapter. Enfin, il s’agira de veiller sur les mutations du marché international.

- Quels impacts attendez-vous de la flexibilité progressive du dirham?
- L’internationalisation est déjà une décision audacieuse pour une entreprise. La flexibilité du dirham ne sera qu’un nouveau risque de plus à prendre en compte. Les opérateurs marocains devront la gérer au mieux pour protéger leur compétitivité. Il ne faudra pas que cette opération perturbe leur politique de croissance à l’international, au moins pour les premières années. Nous sommes en train de parler d’un statut d’exportateur qui doit se doter des RH et rester éveillé sur ses positionnements prix par rapport à l’offre internationale. 

220 businessmen pour 2.700 b to b

En partenariat avec la BMCE Bank of Africa, la 2e édition de l’African business connect (ABC), organisée en début du mois, constitue l’une des premières incursions de l’offre marocaine en Afrique de l’Est. L’opération a réuni 220 businessmen qui ont mené près de 2.700 rencontres d’affaires. Du côté marocain, c’est quelque 80 opérateurs économiques représentant des groupes et des PME de divers secteurs qui composaient la délégation.

Propos recueillis par
Safall FALL

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