Régions

Fès-Médina: La restauration de kissariat Al Kifah finalisée

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5002 Le 13/04/2017 | Partager
Le plus ancien «mall» de la ville renaît de ses cendres
Zellige, marbre, bois… mis à neuf, un petit paradis
Plus de 25 millions de DH investis dans les travaux
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Berceau des anciens combattants, kissariat Al Kifah a été mise à neuf. Sa restauration a été commandée par le Souverain. L’ambition est d’inscrire ce site dans le circuit touristique, et de mettre en place un modèle économique de réhabilitation et de valorisation de l’artisanat local (Ph. YSA)

Bonne nouvelle. La médina de Fès a de nouveau récupéré un joyau architectural et une partie de son histoire. En effet, la restauration de kissariat Al Kifah, le plus ancien mall de la médina, a pris fin cette semaine, au terme de plus de six mois de travaux intenses. «A l’issue de cette opération d’embellissement, les commerçants de ce centre historique devraient entamer la décoration de plus de 560 magasins, un véritable chantier qui commence», indique Rachid Haloui, architecte en charge du projet et ancien architecte en chef de la ville.

Menée à l’initiative du Souverain, la réhabilitation de cette kissariat a mobilisé des centaines d’artisans, maâllems zelligeurs, menuisiers, maçons et autres durant plus de 180 jours. Ce site à haute charge historique fait partie des 27 monuments de la médina de Fès, restaurés pour un budget de plus de 300 millions de DH. L’opération devrait permettre une redynamisation de la kissariat, dont l’histoire reste liée à celle de l’indépendance du Maroc. Le lieu joue également un rôle important en tant que carrefour commercial incontournable de la médina.

Durant le chantier, le suivi des travaux était assuré par Saïd Zniber, wali de la région, en personne. Le haut responsable s’y rendait tous les week-ends. Accompagné de Fouad Serrhini, directeur de l’Agence de développement régional et réhabilitation (Ader), le Pacha, et l’architecte en charge du projet, Zniber est conscient de l’envergure du projet.
Techniquement, les travaux de restauration ont porté sur le renouvellement des toitures endommagées, charpentes, éclairage, fondations, portes de magasins…

Pour rappel, la kissariat se trouvait dans un état de délabrement avancé. Situé près du mausolée de Moulay Idriss, l’édifice date des années 1920. Il s’étale sur une superficie de 4.000 m², soit 560 magasins répartis sur 12 souks. Son vieillissement a occasionné des désagréments pour les commerçants, les touristes et les visiteurs. D’où le projet de réhabilitation. Celui-ci a été lancé en septembre dernier. Estimée à plus de 25 millions de DH, la cure de jouvence a permis l’installation de la signalétique au sein des souks, la construction de fontaines et des toilettes. «Le chantier nous cachait bien des surprises», souligne Haloui.

Selon lui, «la plus ancienne partie de l’édifice, aux abords de Moulay Idriss, était, par exemple, construite sans aucune fondation». «Nous avons refait plus de 2,5 mètres de fondations en beldi. Un travail méticuleux mené à l’identique», ajoute-t-il. Par ailleurs, les poteaux et réseaux d’eau et d’assainissement ont été également mis à neuf. Outre la réhabilitation des toitures délabrées et leur remplacement par du bois, comme à la naissance de ce marché en 1920, la kissariat a bénéficié d’une nouvelle étanchéité sur toutes ses terrasses, la mise à niveau des installations électriques et le pavage en marbre marron-beige. En fait, le projet vise à créer un cadre agréable pour le commerce traditionnel. Ainsi, les commerçants, qui devraient récupérer les clés de leurs magasins cette semaine, découvriront un standing «luxueux».

De nouvelles toitures en bois (berchla) sont posées. Idem pour les rideaux des magasins. Ils sont remplacés par des volets en aluminium anti-intrusion, couleur bois et motorisés (automatiques). «Le tout est mijoté autour de murs et fontaines en zellige beldi… tel un petit paradis», se réjouissent les responsables du projet. Même satisfaction auprès de la majorité des commerçants. Ces derniers ont été tous indemnisés. Ils ont reçu près de 20.000 DH chacun (pour les 6 mois). Pour eux, l’opération d’embellissement devrait permettre une redynamisation de la kissariat.

Une page d’histoire

Berceau des anciens combattants, kissariat Al Kifah a été incendiée par les colons dans les années 1950. Après une première restauration, le centre commercial a repris son activité. En revanche, une bonne partie de ses commerçants se sont installés à Derb Omar à Casablanca. Ceux qui sont restés ont travaillé à plein régime. Pour la petite histoire, le site attirait dans les années 1970 plus de 90% des visiteurs marocains et étrangers, venus acheter babouches, gandoras, djellabas et autres tissus. «Algériens, Tunisiens et Libyens figuraient également parmi nos principaux clients… mais avec la fermeture des frontières, la crise s’est installée», se rappelle avec amertume un commerçant sexagénaire. Pour lui, le réaménagement de l’accès de R’cif et l’interdiction du stationnement ont «tué» le commerce en médina. «Aujourd’hui, grâce à l’intérêt royal accordé à la médina, l’activité reprend doucement», conclut-il.

De notre correspondant,
Youness SAAD ALAMI

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