Economie

L’Afrique a besoin de 4,2 millions de médecins

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:4987 Le 23/03/2017 | Partager
Ces 5 dernières années, les écoles africaines ont perdu 18% de leurs enseignants
La fuite des cerveaux touche aussi le personnel médical

Lorsqu’on parle santé en Afrique, on met le doigt forcément sur les infrastructures manquantes, mais surtout sur le déficit en ressources humaines santé.  Tout un débat a été dédié à cette problématique par l’ONG africaine Yenda. Il s’agit non seulement de faire le diagnostic, mais surtout d’envisager avec les décideurs les pistes pratiques à développer pour pallier ce grand déficit, insiste le Pr. Mohamed Khaled Choulli, président de l’ONG. Certes, la pénurie est mondiale, mais elle est particulièrement aiguë dans les pays qui ont les plus grands besoins. Le constat est tiré par le Dr Bernard Baudoin Boaminbek: «L’Afrique compte 24% de la charge de morbidité, 3% du personnel de santé dans le monde, représentant moins de 1% des dépenses mondiales de santé».

Un benchmark avec les autres régions du monde montre que ce sont les pires scores  (voir encadré). Si on enregistre déjà un manque de 7,2 millions de professionnels de la santé au niveau mondial,  en Afrique, nous sommes à un déficit de 4,2 millions. Le même constat est d’ailleurs fait pour le personnel soignant. Les écarts sont très importants entre les pays. L’Afrique du Nord cumule plus de 35% des ressources humaines en matière de santé du continent, l’Egypte à elle seule en compte environ 25%.

En 2010, l’Egypte enregistrait 179.900 médecins contre 174.510 pour l’Afrique subsaharienne, soit 5.390 de plus. Certains pays voient leur déficit s’accentuer, notamment le Cameroun qui est passé 18 médecins pour 10.000 habitants en 2006 à 8/10.000 en 2016 ou encore le Cap-Vert (de 19/10.000 en 2006 à 8,6/10.000 en 2016).  En termes de formation, l’Afrique est aussi au rang des très mal-lotis.
Les 47 pays d’Afrique subsaharienne comptent à peine 168 facultés de médecine et, parmi ces pays, 11 ne disposent d’aucune faculté de médecine et 24 n’en ont qu’une seule. Au cours des 5 dernières années, les écoles de médecine africaines ont perdu de 10 à 18% de leur corps enseignant. Les raisons sont bien connues: la fuite des cerveaux  africains touche particulièrement les professionnels de la santé qui, face à  des conditions de travail exécrables (72 h), des salaires de misère, de 300 euros au Cameroun, l’absence d’infrastructure, préfèrent d’autres cieux, relève Dr Samuel Opoku  Gyamfi.

L’ONG Yenda, qui œuvre principalement dans les domaines de la promotion de la santé et du développement durable en Afrique, souhaite aussi présenter des pistes pour réduire ces déficits. D’abord, la formation! En développant des curricula de formations accréditées aboutissant à des diplômes lisibles et comparables inspirés de l’accord de Bologne. Autre piste,  la mobilité  dans le secteur de la santé. «La mobilité présente des avantages pour les personnes concernées et contribue également à corriger les déséquilibres entre les pays qui comptent trop ou trop peu de professionnels dans un secteur donné», insiste Pr Choulli. Reste à harmoniser les législations.

Une expérience a démarré pour l’harmonisation des Programmes et mobilité dans le secteur de la santé dans l’espace Cedeao avec des progrès encourageants. L’autre projet pour  lequel l'ONG Yenda bataille est le développement d’un Erasmus africain par la création d’un grand fonds international de mobilité des étudiants, des professeurs, des professionnels et des experts de la santé, de l’environnement et du développement durable.

Benchmark

- La région Méditerranée orientale: 9% de la charge de morbidité, dispose de 3,5% seulement du personnel de santé et de 1% des ressources
- Asie du Sud-Est: 29% de la charge de morbidité, 12% du personnel de santé et d’un peu plus de 1% des ressources financières.
- La région du Pacifique occidental: 18% de la charge de morbidité et 17% des moyens humains consacrés à la santé, bien qu’il existe de fortes disparités entre les pays qui la composent.
- La région des Amériques: 10% de la charge de morbidité mondiale. 37% du personnel de santé mondial et plus de 50% des dépenses mondiales de santé.
- L’Europe: 10 % de la charge de morbidité mondiale 27,5% du personnel de santé mondial

 

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