Reportage

Beni Mellal-Khénifra, champion régional

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:4983 Le 17/03/2017 | Partager
Grâce à son savoir-faire ancestral, la région est 1er producteur de piment doux
Cette culture joue un rôle socioéconomique et offre 150.000 journées de travail
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Vue du ciel, la niora étalée sur les champs du Tadla, de septembre à décembre, ressemble à un drapeau géant porte-étendard de cette culture dans la région (Ph. YSA)

Sérieuse, modeste et travailleuse... c’est ce qui définit la population de la région Béni Mellal-Khénifra (2,5 millions d’habitants), principalement les agriculteurs. En ce mois de mars, les périmètres de Beni Amir et Beni Moussa, dans le Tadla, sont en pleine activité. Depuis un quart de siècle, jeunes et moins jeunes cultivent la terre. Planter du vert pour récolter du rouge. Non, il ne s’agit pas de la tomate ou la fraise. Le célèbre fruit de la région se nomme la niora. Elle est de forme arrondie qui rappelle celle d’une petite tomate. Sur le plan utilisation, le fruit de la culture niora est la base d’un condiment en poudre, le piment doux, utilisé comme colorant alimentaire dans la cuisine populaire marocaine. En industrie pharmaceutique et cosmétique, il est surtout utilisé pour les constituants bioactifs.

Comme culture, la conduite de cette plante s’étale sur environ toute l’année. Elle commence par la préparation des sols destinés à la plantation en automne et se termine par la récolte en fin d’été-début automne. Récolte qui est séchée à l’air libre puis broyée avant d’être transformée. Pendant l’été, la niora étalée sur les parcelles dessine un drapeau géant aux couleurs nationales. «Le vert “pimenté” de rouge offre un tableau familier», décrit El Maâti, un agriculteur de Tadla.
Pour l’heure, les dos sont courbés. Comme El Maâti, tous les agriculteurs des champs voisins sont en plein labeur. Ils démarrent leur journée tôt le matin pour finir tard le soir. C’est la période du repiquage des plants de la niora. Ils mènent des opérations minutieuses au niveau des parcelles, calculées au centimètre près. «La période idéale de transplantation sur sols sableux du périmètre se situe dans la première quinzaine du mois d’avril et peut se prolonger jusqu’en mai.

Sur les sols lourds, elle peut être plus tardive; vers le mois de mai et se prolonger jusqu’à mi-juin. Ceci étant, certains préfèrent travailler la terre dès le mois de mars», explique notre agriculteur. Selon lui, «la densité de la plantation est de 60.000 à 80.000 plants par hectare». Ces plants sont préparés en pépinière, entre janvier et avril. Une fois matures, ils seront repiqués afin d’assurer des rendements nettement plus élevés et d’une qualité supérieure. Notons que le repiquage des plants présente de grandes possibilités pour une exploitation plus intensive et rationnelle.Dans le Tadla, les cultivateurs optent pour deux techniques ancestrales: le semis sur les planches de pépinière ou le semis sur plateaux alvéolés. Dans le premier cas, le terrain pour la pépinière temporaire doit être nivelé, le sol fertile, de texture légère, débarrassé des mauvaises herbes, bien drainé, à l’abri des vents forts et de préférence non précédé d’une culture horticole au cours des quatre dernières années. Les besoins annuels en eau de la culture de niora sont estimés à 8.000 mm3.

S’agissant de la multiplication des semis, 20 grammes de graines suffisent pour ensemencer 1m2 de pépinière et pour donner 2.000 plants environ. Pour les pépinières temporaires, la superficie doit être calculée en fonction de la superficie à cultiver, la densité et la variété utilisée. Généralement, on compte 30 m2 de pépinière pour planter 1 ha environ. Il est souhaitable d’avoir 500 plants/m2. Par ailleurs, la technique du semis sur plateaux alvéolés est qualifiée de «rationnelle». Pour cette méthode, les semis se font en mottes, en pots fertiles, en galette de tourbe et de godets plastiques. Il s’agit d’obtenir des plantes individuelles dans des récipients transportables et que l’on peut mettre en place dès que les conditions de l’environnement sont favorables. Cependant, cette technique, bien qu’elle présente plusieurs avantages, nécessite un budget supplémentaire assez lourd pour l’agriculteur.

La mise à fruits de la niora commence environ 60 à 70 jours après le repiquage et la maturation, 60 jours plus tard. Un pied de niora porte environ 30 à 80 fruits soit 100 à 400 grammes de matière fraîche. Le stade de récolte de la niora s’identifie à la coloration du fruit. Ce dernier doit être bien rouge extérieurement et intérieurement. Il faut compter en moyenne quatre récoltes étalées sur trois mois environ de mi-septembre à mi-décembre. Les deux premières récoltes englobent 60% environ de la production avec la bonne qualité requise, d’un rendement en sec de 6 kg de matière fraîche pour un kg de matière sèche. Le restant se partage entre la moyenne qualité avec un rapport matière sèche/matière fraîche de 6 et la basse qualité avec un rapport matière sèche/matière fraîche de 7. Le rendement moyen par hectare varie de 10 à 30 tonnes en matière fraîche avec un potentiel de production de 40 tonnes. Le rendement en matière sèche peut varier de 1,5 à 6 t/ha.

L’emblème d’une région

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Le secteur de la production de piment, dans le périmètre de Tadla, est important eu égard aux superficies cultivées et à la production relativement importante du piment moulu. C’est une spécialité de la région (avec la grenadine et le sésame) qui produit, au terme d’un long processus, 90% du piment doux du Maroc. Dans cette province, la culture du piment doux séché (niora) est emblématique. Elle joue un rôle socioéconomique puisqu’elle contribue à la création de 150.000 journées de travail, aussi bien au niveau de la production qu’au niveau de la transformation. Elle jouit aussi de l’appui du plan Maroc Vert (PMV), les pluies abondantes et surtout le labeur des gens. A cet effet, la préparation des plants a lieu à la sortie de l’hiver et leur transplantation se fait en début du printemps. Une plantation précoce a généralement l’avantage de permettre la récolte avant les fortes précipitations de l’hiver suivant.

 

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