Régions

Tanger revigore ses espaces forestiers

Par Ali ABJIOU | Edition N°:4982 Le 16/03/2017 | Partager
Perdicaris, un véritable havre de paix pour les habitants
67 hectares de forêt en espace urbain réaménagés
La forêt du Rahrah devrait suivre prochainement

Tanger a la particularité de pouvoir offrir toute une palette d’espaces naturels allant de la mer à la montagne et ce, à moins de 5 minutes du centre-ville. Si la corniche est largement connue de tous, habitants et visiteurs, la montagne l’est un peu moins. Sloukia mais surtout Perdicaris en sont les plus importants exemples. Perdicaris, qui s’étend sur près de 67 hectares, doit son nom à un consul américain d’origine grecque qui fait partie de l’histoire marocaine d’avant l’Indépendance. Elle constitue aussi l’un des espaces les plus visités par les Tangérois en cette période de l’année. Il s’agit d’un véritable espace forestier en milieu urbain qui est classé Site d’intérêt biologique et écologique (SIBE) depuis 1996. Dernièrement, elle a été réaménagée, dans le cadre du plan Tanger-Métropole pour en faire un espace de visite pour le public mais aussi un outil de sensibilisation pour les jeunes, écoliers en particulier, note Rachid Aboulouafae, chef du service de partenariat pour la conservation et le développement des ressources naturelles au sein de la délégation régionale du haut commissariat aux eaux et forêts. Le réaménagement a permis de baliser, de paver une partie des sentiers et de retracer certains autres. La forêt offre plusieurs parcours dont un dédié aux sportifs et aux amateurs de santé en plus de parcours pour personnes de tous âges.

Perdicaris, un paradis pour la faune et la flore

Perdicaris n’est pas seulement un lieu de villégiature, mais aussi un véritable réservoir pour espèces animales et végétales. L’une des plus en vue est le sanglier. Ce dernier s’est tellement senti à l’aise à Perdicaris que depuis quelques années, des battues sont organisées pour en limiter la population. Il s’est acclimaté au point de se rapprocher des visiteurs de la forêt et de ne pas les éviter. Ce qui suppose un réel risque pour ces derniers. D’autres espèces y sont aussi très présentes, le busard des roseaux et le caméléon vulgaire. Les espaces boisés de Perdicaris sont aussi un endroit de passage référencé pour les oiseaux migrateurs qui l’utilisent comme dortoir et escale lors de leurs migrations. 
Côté flore, le parc Perdicaris est connu pour sa population autochtone d’arbres de type chêne liège, chêne kermes et zeen. Ce dernier est une bizarrerie de la nature car on ne le retrouve qu’à partir de 800 mètres d’altitude, alors qu’à Perdicaris il s’est très bien acclimaté au niveau de la mer. D’autres espèces y trouvent aussi asile comme l’eucalyptus et le pin pignon. 

Le week-end, l’espace est carrément pris d’assaut. «L’objectif était de faciliter la visite de la forêt tout en gardant un cachet naturel», explique le responsable des eaux et forêts. D’où le recours massif aux structures en bois pour les équipements et les palissades. La forêt dispose aussi de plusieurs dizaines de bancs et de tables pour pique-nique disséminés le long des parcours. Le réaménagement a eu un effet d’appel impressionnant depuis l’ouverture de la forêt aux visiteurs l’an dernier, explique Aboulouafae. En week-end, le flux a atteint et dépassé les 30.000. Un pic de visiteurs que les aménageurs n’avaient pas pensé atteindre de sitôt. D’ou une forte pression sur la forêt et ses installations. Parmi les «traditions» des visiteurs de cette forêt, amener son déjeuner et le cuire directement sur feu de bois. Samedi et dimanche matin, ils arrivent par centaines, faisant feu de tout bois. Face au risque d’incendie, des espaces de cuisine équipés en barbecues ont été aménagés, mais les vieilles habitudes subsistent. Ici et là on aperçoit des filets fumants de ‘tagras’, l’équivalent du tajine local. Afin de réduire la pression sur Perdicaris, des travaux de réaménagement seront prochainement lancés au niveau de la forêt de Rahrah, un autre exemple d’espace forestier urbain à Tanger. il devra se rajouter aux réaménagements forestiers entrepris dans la région par les eaux et forêts comme à Taifour (Mdiq), Ain Rami (Chefchaouen) et Brikcha (Ouezzane). D’autres travaux ont déjà démarré du côté de la forêt de Hostal, à Larache. «L’objectif est de mettre en valeur cet espace forestier et d’éviter qu’il ne devienne une réserve foncière», explique Aboulouafae.

Perdicaris et l’histoire

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Le nom du site de Perdicaris vient de celui d’un ancien consul américain d’origine grecque, Ion Perdicaris. Ce dernier a vécu à Tanger à la fin du XIXe. Sa femme ayant attrapé une maladie pulmonaire, il lui a construit une demeure dans la montagne au sein de ce terrain qui lui appartenait. Les sentiers tracés actuellement seraient, selon certains, ceux qui auraient été préparés pour le confort des randonnées de sa femme. C’est ce même Perdicaris qui a été kidnappé en 1904 par Raissouli et qui aurait valu au président des Etats-Unis de l’époque Theodore Roosevelt de dire « Perdicaris vivant ou Raissouli mort». 
La demeure en forme de palais avec une tourelle digne des forts européens est actuellement en train d’être restaurée pour en faire un éco-musée. 

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