DOSSIER 8 MARS

Enfants en détresse: Quelle prise en charge?

Par Karima MKIKA | Edition N°:4976 Le 08/03/2017 | Partager
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Fondatrice présidente de l’association Al Karam

Durant les deux dernières décennies, notre pays a réalisé des avancées importantes en matière de droits de l’enfant que le Maroc s’est engagé à respecter. Malgré ces efforts, trop d’enfants restent exposés à toutes formes de violences parfois particulièrement extrêmes et ne trouvent aucun recours ni prise en charge si ce n’est celui de la société civile appuyée par des autorités et un système judiciaire qui, malgré toutes les bonnes volontés, ne sont pas suffisamment outillés pour répondre à cette détresse.

Les enfants, que nous recevons tous les jours au sein d’Al Karam et de bien d’autres associations de protection de l’enfance, sont démunis, violentés, abandonnés, souvent livrés à eux-mêmes et sous l’emprise et la tutelle d’adultes criminels et parfois dépendants de produits dangereux. Est-il juste de fermer les yeux face à cette violence? Avons-nous le droit de détourner le regard face à la détresse de ces jeunes êtres démunis? Sommes-nous condamnés à les abandonner à leur triste sort? Est-ce là la société que nous voulons laisser à nos enfants? Notre devoir et notre responsabilité à tous est de passer de la logique des grandes déclarations de bonnes intentions à celle des réalisations.

Aujourd’hui, je l’affirme haut et fort

Un seul enfant maltraité qui n’est pas systématiquement pris en charge est une honte pour toute la société. Pour y parvenir, nous avons émis plusieurs recommandations essentielles dans le cadre des travaux menés au sein du Conseil économique social et environnemental parmi lesquels la nécessité d’inscrire la politique publique intégrée de protection de l’enfance dans une loi-cadre afin de lui garantir la continuité et la cohérence nécessaires et de redéfinir, clairement, les responsabilités et missions du département de la jeunesse et des sports en matière de protection de l’enfance. Nous avons aussi appelé à mettre en œuvre une politique de justice adaptée aux mineurs qui prévoit des mesures alternatives à la privation de liberté et au placement en institution, la protection effective contre l’intimidation et des sanctions lourdes contre les auteurs de violence et d’exploitation des enfants.

Au-delà des aspects réglementaires, c’est la prise en charge effective de l’enfant qui importe; depuis l’accompagnement au sein des familles jusqu’à la prise en charge complète et multidimensionnelle intégrant les aspects psychologiques, matériels, éducatifs, sanitaires, culturels et, last but not least, affective. Ces enfants, privés de leurs droits les plus élémentaires, doivent savoir que la société veille sur eux. Ils doivent savoir qu’il suffit d’un appel pour qu’ils soient protégés, nourris, hébergés, scolarisés, soignés et accompagnés. Ils doivent savoir qu’ils vivent dans une société responsable, bienveillante et inclusive où ils ont leur place pleine et entière et où ils ont la possibilité de réaliser leurs rêves.

L’urgence d’un dispositif intégré et complet

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Avons-nous le droit de détourner le regard face à la détresse de ces jeunes êtres démunis? (Ph. L’Economiste - Le visage a été modifié)

C’est là le seul moteur de mon engagement et de l’engagement de tant d’acteurs associatifs, politiques et économiques. Cependant ces mobilisations positives demeurent trop souvent cantonnées au niveau local et restent insuffisantes face à l’immense détresse des enfants. Aujourd’hui, il est impératif et urgent de mettre en place un dispositif intégré et complet sur toute la chaîne de protection de l’enfance. Un dispositif piloté par les autorités publiques et s’appuyant sur l’expérience et la capacité d’action des acteurs de la société civile ayant fait leurs preuves et qui doivent être soutenues pour prendre une dimension nationale. Nous avons tous les ingrédients pour réussir dans cette noble mission: une volonté politique claire et affirmée au plus haut niveau de l’Etat, un arsenal réglementaire qui permet de commencer à travailler, une société civile qui a fait ses preuves et des acteurs économiques qui ont démontré leur volonté et leur capacité d’engagement.

Nous devons aujourd’hui oser, être ambitieux et sortir des débats de minarets qui nous minent et nous divisent depuis tant d’années. L’important n’est pas de savoir quelle association est plus performante qu’une autre ou quelle personnalité doit être mise en lumière. Toutes les personnalités engagées dans cette noble mission ne peuvent être qu’animées de valeurs nobles et de louables intentions et ça n’est que main dans la main que nous pouvons ensemble protéger et donner l’espoir à tous les enfants en détresse dans notre pays.

Parcours

Karima Mkika s’est engagée très tôt, en 1997 pour la cause des enfants de la rue avec la création de l’association al Karam. Celle-ci vient en aide aux jeunes SDF avec la mise en place d’une pépinière de formation et d’éducation à l’environnement et couvre désormais plusieurs parcelles du Maroc. Son action a obtenu plusieurs distinctions dont le trophée pour la créativité. Femme engagée, Karima Mkika est aussi présidente de l’unité de protection de l’enfance à Marrakech et membre très actif du bureau du CESE.

 

 

 

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