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Economie

Enseignement: Comment le système continue à fabriquer des cancres

Par Mohamed Ali Mrabi Ahlam NAZIH | Edition N°:4972 Le 02/03/2017 | Partager
Très mauvais scores en maths, arabe et français
Les branches scientifique, littéraire et technologique touchées de plein fouet
Le bac bientôt aucune valeur?
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Si les élèves scientifiques du public et du privé souffrent des mêmes faiblesses au niveau de plusieurs matières, une grande différence est constatée en matière de langue française

«Notre système éducatif est en danger!» Le constat ne provient pas d’un syndicaliste ou d’un enseignant gréviste. C’est l'accablante conclusion d’une évaluation des acquis des élèves menée par l’Instance nationale d’évaluation, dirigée par Rahma Bourqia. Un énième rapport qui confirme l’état catastrophique de l’enseignement au Maroc. D’ailleurs, les résultats sont pratiquement similaires à ceux dévoilés par le rapport Timss publié en 2016. Une situation qui risque «d’impacter la valeur du certificat de baccalauréat à l’avenir», estime-t-elle. Les données présentées par Bourqia sont alarmantes.

«L’objectif n’est pas de choquer, mais plutôt de disposer d’un diagnostic identifiant clairement les différents écueils», a précisé Omar Azziman, président du Conseil supérieur de l’éducation et de la formation. Concrètement, l’étude menée par l’Instance dirigée par Bourqia a permis d’évaluer les acquis des élèves des troncs communs. Ce qui permet de «faire le point sur le parcours de ces élèves durant 9 années de scolarité». Ces tests standardisés sont différents de l’évaluation classique des connaissances, basées sur des notations. Ici, l’objectif était de déterminer la capacité des élèves à mobiliser et à exploiter leurs acquis, a-t-on expliqué.

Les résultats de cet exercice interpellent les décideurs quant à la pertinence des choix pédagogiques. Les faiblesses identifiées concernent plusieurs matières et ne se limitent pas à quelques spécialités. Tous les troncs communs ayant fait l’objet de cette étude souffrent de déficits similaires en matière de capacité des élèves à assimiler et à exploiter les connaissances acquises à l’école. Par exemple, ceux du tronc commun lettres et sciences humaines ont réalisé des scores médiocres dans des matières comme le français (38%), l’arabe (39%), les maths (39%). Ces résultats sont pratiquement similaires au niveau des écoles publiques et privées. Ces dernières réalisent un petit avantage en matière de français.

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Pour Omar Azziman, cette session ordinaire du Conseil supérieur de l’éducation et de la formation a coïncidé avec le mi-mandat de ses membres. Un renouvellement des instances a été effectué à cette occasion, afin de «donner un nouveau souffle pour mieux poursuivre la mise en œuvre de la Vision de réforme du système éducatif» (Ph. Bziouat)

Les élèves du tronc scientifique ne réalisent pas de meilleurs exploits. Les scores enregistrés sont très en dessous de la moyenne, avec 33% pour les maths, 39% pour la physique. Ce qui pousse à s’interroger sur la capacité de ces élèves, ayant choisi une filière scientifique, de poursuivre des études spécialisées au niveau supérieur. Ces tests ont aussi confirmé les difficultés des élèves scientifiques dans des matières comme le français. Les élèves du tronc commun technologique font mieux que leurs collègues scientifiques, avec des résultats un peu plus proches de la moyenne. C’est le cas pour des matières comme les maths, avec 42% contre 33%. Idem pour la physique, avec 48% contre 39%.

Globalement, au bout de 9 ans de scolarité, les acquis des élèves marocains restent très médiocres. L’arabe, le français et les maths sont les matières dans lesquels ils sont les plus mauvais. Par exemple, 84% des étudiants du tronc commun scientifique ont eu un score en dessous de la moyenne en mathématiques. Plus de la moitié d’entre eux n’ont pas dépassé 33%.
Les résultats de cette étude montrent également l’influence de l’environnement familial sur le rendement des élèves et leur exploitation des acquis scolaires. Par exemple, «l’utilisation du français au sein du domicile a un impact positif sur les performances des élèves». Idem pour leur accès aux outils technologiques.

Echantillon

L’étude réalisée par l’Instance nationale d’évaluation a porté sur un échantillon de 34.109 élèves, dont 1.757 scolarisés dans le privé. Les données recueillies auprès des directeurs des établissements montrent que 98% des élèves des troncs communs sont issus de familles pauvres ou appartenant à la classe moyenne (respectivement 56% et 42%). Plus de la moitié de leurs mères et le tiers de leurs pères sont analphabètes. Autre constat alarmant, les trois quarts des élèves dépassent l’âge légal prévu pour ce niveau de scolarité, fixé à 15 ans. 38% de l’échantillon ont refait au moins une classe durant leur parcours scolaire.

Repères

84% des élèves du tronc scientifique ont eu un score en dessous de la moyenne dans les maths

• 38% est le score réalisé pour la langue française par les élèves du tronc lettres
• 65% des élèves du public ont bénéficié d’une éducation préscolaire
• 36% des élèves ont recours à des cours de soutien scolaire
• 90% des élèves affichent leur volonté de bénéficier d’heures supplémentaires dans les matières du français et des maths

M.A.M.

                                                                                                      

A quoi a servi l’éducation non formelle?

Les déceptions du système d’enseignement au Maroc n’en finissent pas. Après avoir présenté les résultats catastrophiques du Programme national d’évaluation des acquis des élèves (PNEA 2016), le Conseil supérieur de l’éducation a livré, hier mercredi, les premiers constats de son rapport sur l’Education non formelle (ENF). Et là encore, rien ne va. Le nombre d’élèves de 8 à 15 ans en dehors de l’école est passé de 50.000 en 1997, date de lancement de l’ENF, à près de 700.000 aujourd’hui. L’ENF, censée être un programme de rattrapage offrant une deuxième chance aux élèves de se réinsérer dans l’école formelle, n’a donc pas tenu ses promesses. La situation est même pire qu’avant, puisque nous comptons 14 fois plus d’enfants dans la nature qu’il y a 20 ans.

Le Conseil pointe, également, du doigt la faiblesse des passerelles entre l’ENF, l’école formelle et la Formation professionnelle, ainsi que la rareté des statistiques dans le domaine. L’organe constate, par ailleurs, que le programme a perdu son caractère «temporaire» pour se transformer en véritable système parallèle en marge de l’école normale. «La place naturelle de l’apprentissage et de la formation reste l’école formelle. L’ENF ne devrait avoir qu’un rôle exceptionnel et temporaire, destiné à corriger les imperfections du système», insiste Youssef Jmili, représentant de la commission ayant travaillé sur le rapport. Le Conseil recommande donc d’en finir avec ce modèle d’ici 2025, à travers plusieurs leviers.

Tout d’abord, inclure l’ENF dans les missions de l’école formelle et en réviser les objectifs. Le rapport insiste, en outre, sur la nécessité de recenser les enfants concernés, de mettre à niveau l’ingénierie pédagogique proposée, d’instaurer des incitations pour les enseignants, de réviser le modèle d’association avec la société civile et de nouer des partenariats avec les associations des parents d’élèves. Enfin, le document suggère un système de veille et d’évaluation annuelle de l’ENF, à réaliser par l’Instance d’évaluation.
Ahlam NAZIH

 

 

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