Chronique

Comment devenir une grande nation de football?

Par Youssef DEBBAGH | Edition N°:4957 Le 09/02/2017 | Partager

Titulaire d’une maîtrise en e-commerce à HEC Montréal et expert en Inbound marketing, il est également diplômé du mastère en management du sport à l’Iscae. Il s’intéresse particulièrement à l’utilisation des statistiques pour une meilleure prise de décision dans le domaine du sport, sur et en dehors du terrain. A ce sujet, il a participé à la «Sports analytics conference» organisée par le MIT (Ph. YD)   

La Coupe d’Afrique des Nations 2017 vient de se terminer au Gabon avec la victoire des Lions indomptables du Cameroun face aux Pharaons d’Egypte. Et encore une fois, le Maroc n’a pas pu mieux faire qu’un quart de finale. 
Mais pourquoi donc l’équipe d’Egypte a-t-elle été sacrée 7 fois, le Cameroun à 5 reprises, le Ghana s’est qualifié pour la 6e fois de suite aux demi-finales et le Burkina Faso a été dans les 3 premiers lors de 2 des trois dernières CAN? Alors qu’avant cette CAN, l’équipe du Maroc ne s’était plus qualifiée au second tour de cette coupe d’Afrique depuis la finale 2004, et avant cela, il faut remonter au siècle dernier pour retrouver la trace d’un sacre.

Le Maroc par rapport aux autres équipes

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Modèle de réussite de l’académie Right to Dream au Ghana

Pour pouvoir répondre à cette question, nous avons analysé le onze titulaire de chacune des 8 équipes qui se sont qualifiées en quarts de finale de cette CAN 2017, en prenant comme critère le nombre de joueurs ayant commencé leur formation de footballeur en Afrique (voir schéma).

Revenons-en à la meilleure performance internationale du Maroc qui est la presque qualification au 2e tour de la Coupe du Monde lors de l’édition France 98 et analysons le onze de départ lors de la victoire contre l’Ecosse, nous constatons que 8 joueurs sur 11 avaient commencé leur carrière au Maroc.
Force est de constater que depuis cette génération, il est de plus en plus rare de voir des joueurs formés au Maroc s’expatrier et réussir leur expérience professionnelle en Europe. 
Après avoir dressé ce constat, intéressons-nous maintenant aux causes. Pourquoi les autres pays africains arrivent à exporter leurs joueurs dans les meilleurs clubs européens, alors que les expériences d’expatriation réussies en Europe des joueurs formés au Maroc durant les 15 dernières années se font de plus en plus rares? Le joueur marocain fait donc face à un déficit de formation footballistique et n’attire plus les recruteurs des grands clubs européens. Et il faut le dire, nos clubs nationaux ne sont plus capables de produire des modèles de joueurs qui réussissent à l’étranger comme ce fut le cas durant les années 90.

Encourager la création des académies et des centres de formation

La solution qui a marché et qui va marcher pour que l’équipe nationale marocaine devienne une équipe qui gagne, c’est l’encouragement des initiatives de création de centres de formation et d’académies de football dans le Royaume.
A ce sujet, différentes «success stories» existent en Afrique subsaharienne, comme celle de l’académie Diambars qui a vu le jour en 2003 à Saly au Sénégal et dont l’équipe première est devenue championne du Sénégal 10 ans après. Ou encore celle de l’académie Mimosifcom à Abidjan, de laquelle est sortie la génération dorée des frères Touré, Gervinho, Didier Zokora, Bakary Koné et autre Salomon Kalou. 
Le Maroc a fait un premier pas dans ce sens avec la création de l’Académie Mohammed VI de football en 2009, dont proviennent les 2 joueurs du onze titulaire, mais c’est loin d’être suffisant. Pour pouvoir élever le niveau du joueur marocain et sortir le prochain Neymar, il faut mettre en place une stratégie chère à nos amis brésiliens qui est celle de la «Massificação». Comprenez une stratégie de massification qui consiste à créer plusieurs dizaines de centres de formation et d’académies partout à travers le Royaume.

Implication indispensable du secteur privé avec l’appui de l’Etat

Or, l’Etat n’a ni l’agilité ni la souplesse nécessaires pour répondre à cet objectif. Il faut donc que des opérateurs privés puissent supporter des initiatives de création d’académies dans le cadre de leur responsabilité sociale d’entreprise. A titre

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Dans ce classement, le Maroc fait figure d’exception avec seuls 2 joueurs dans le onze titulaire qui ont commencé leur carrière en Afrique

d’exemple, l’académie Mimosifcom d’Abidjan n’a pu réussir que grâce au support de différents sponsors et à leur tête le grand groupe agroalimentaire panafricain ivoirien Sifca.
Car il faut le savoir, une académie coûte cher à faire fonctionner et sans l’implication des sponsors, c’est perdu d’avance. A titre d’information, une académie d’une taille de 80 joueurs nécessiterait un budget de fonctionnement d’environ 10 millions de dirhams par année sans oublier l’investissement initial (hors terrain) qui avoisinerait les 20 millions de dirhams.
Au lendemain de son intégration à l’Union africaine avec son statut de leader économique et diplomatique, le Maroc se doit de se donner les moyens de ses ambitions dans le domaine sportif en misant sur la formation massive de footballeurs talentueux et intelligents qui pourront lui offrir le leadership sportif sur le continent.

 

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