Société

Villes durables: Quand les médias aussi peuvent être des locomotives

Par Meriem OUDGHIRI | Edition N°:4954 Le 06/02/2017 | Partager
Un réseau mondial de journaux pour sensibiliser aux problématiques du climat
Les cités, le problème mais aussi la solution
Le journalisme d’impact, un concept qui commence à prendre
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Séance de débriefing à Paris de la 2e édition de l’opération Solutions & Co (Ph. MO)

«Les villes sont à la fois le problème et la solution au changement climatique», lance d’emblée Rudiger Ahrend, chef du programme Développement urbain à l’OCDE. Selon lui, les villes, où habite plus de la moitié de la population mondiale, sont représentatives de bon nombre des problèmes environnementaux d’aujourd’hui. Elles peuvent aussi être le catalyseur de solutions. Elles peuvent servir de laboratoire de l’action publique. Rudiger Ahrend était l’un des invités du séminaire organisé à Paris du 16 au 18 janvier par l’entreprise sociale Sparknews pour un débriefing avec les 19 journaux économiques de référence mondiale (dont fait partie L’Economiste) de l’opération Solutions & Co. Pour sa 2e édition, l’objectif était de sensibiliser les acteurs économiques aux problématiques des villes et du climat. Les différents partenaires médias ont publié simultanément le 4 novembre dernier un spécial inédit de solutions innovantes ayant un impact positif sur le climat. Les lecteurs ont ainsi pu découvrir plus de 50 solutions business sourcées dans plus de 90 pays. Au programme aussi la sortie de l’ E-book Toward Sustainable Cities, qui répertorie toutes les solutions et donne la parole aux experts mondiaux, tels qu’ Ellen Mc Arthur, Mary Robinson, Anne Hidalgo... Pour la première fois, une plateforme interactive a également été créée. Le but étant de disposer d’un concentré de solutions dans une même ville... la ville du futur.

«Parler des trains qui arrivent en avance»

Côté chiffres, pour Solutions & Co 2016, 47 articles ont été rédigés par les 19 rédactions concernées, soit 292 publications (supports écrit et web). Un même article a été publié 6 fois et les thèmes des différents reportages ont concerné l’économie circulaire (17,8%), l’eau (10,5%), l’urbanisme (23,6%), l’énergie (18,5%), l’environnement (18,1%) et le transport (11,6%). Avec cette opération, Sparknews n’est pas à son premier coup d’essai. Depuis quatre ans, elle développe la démarche de journalisme d’impact à travers Impact Journalism Day en proposant aux rédactions du monde entier de partir à la recherche de solutions qui émergent dans leur pays. Elle assure ensuite la mise en réseau de ces grands médias afin qu’ils partagent entre eux ce contenu et permettent aux lecteurs de s’inspirer de ces initiatives venues du monde entier. 

12 millions d’audience sur les réseaux sociaux

 «Notre vision est de dire que parler des problèmes c’est important, mais il faut aussi des solutions qui apportent des réponses à ces problèmes», rappelle Christian de Boisredon, fondateur de Sparknews et co-auteur du best-seller «L’Espérance autour du monde». 
«Le journalisme positif peut faire vendre et les différents cas recensés le montrent bien», ajoute-t-il. Pour cet ancien ingénieur, «le journalisme d’impact, c’est créer des liens entre différents projets identifiés et qui fonctionnent». Dans un climat de morosité et de mauvaises nouvelles, «nous voulons parler non pas des trains qui arrivent en retard mais de ceux qui arrivent en avance». Une démarche positive et inspirante qui semble fonctionner depuis le lancement de l’opération Impact Journalism Day il y a quatre ans. Et les résultats sont là. Ainsi, et uniquement pour la première édition de Solutions & Co, les porteurs de projets ont eu de nombreux retours positifs. Grâce aux articles publiés, certains d’entre eux ont été approchés par des clients potentiels, des fournisseurs ou des distributeurs, selon leurs activités. Le rôle des médias est à ce niveau primordial: remonter les innovations, les diffuser et créer des connexions qui permettront des success-stories. La première édition de Solutions & Co a permis de toucher 5 millions de lecteurs et d’enregistrer plus de 12 millions d’audience sur les réseaux sociaux. De même, elle a permis à 32% des porteurs de projets d’être publiés pour la première fois dans des médias internationaux et à 82% des entreprises en quête de visibilité d’augmenter leur rayonnement médiatique.
Pour Solutions & Co, Sparknews s’est alliée au groupe Total. «Nous avons une passion pour ces start-up qui innovent et veulent changer le monde. C’est notre façon de préparer l’avenir dans la transition énergétique», explique François Badoual, directeur de Total Energy Ventures, le fonds d’investissement du groupe qui prend des participations dans des start-up innovantes du monde de l’énergie. «Depuis 2008, nous avons investi 160 millions de dollars un peu partout dans le monde, là où se trouve l’innovation», renchérit Badoual.
Total s’est ainsi intéressé aux start-up qui se sont imposées dans le paysage «comme l’un des principaux vecteurs d’innovation et de croissance». Une fois dénichées, ces start-up sont mises en relation avec un réseau d’experts et de financiers pour évaluer les possibilités de courants commerciaux. Total joue ainsi le rôle d’accélérateur. «Nous tentons de trouver les meilleurs et de les accompagner», ajoute-t-il. Aujourd’hui, cette montée en puissance des start-up et de l’entrepreneuriat social pousse à réinventer les modèles économiques en considérant la totalité de la chaîne de valeur. C’est ce que font tous ces nouveaux businessmen verts pour qui le climat n’est plus une fatalité mais au contraire une formidable opportunité économique.

Un club pour s’inspirer mutuellement

La transformation de la société est en marche et elle passera aussi par les grands groupes», indique Sandra de Bailliencourt, responsable du Club de l’innovation positive au sein de Sparknews, qui a fêté le 18 janvier dernier son premier anniversaire.

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(Ph MO)

Cette matinée a été l’occasion de restituer les découvertes et les itinéraires suivis par les membres du club. Durant toute l’année 2016, des aventuriers audacieux se sont retrouvés régulièrement pour s’inspirer, se rencontrer et parler de transformations positives au sein du Club. Ainsi, un guide a été élaboré («Itinéraire d’un manager migrateur»), résultat d’une étude menée auprès d’une vingtaine d’entreprises. A partir de là, cinq territoires d’exploration des transformations positives ont été identifiés (replacer l’Homme au cœur de l’entreprise, intégrer la transition énergétique, développer de nouveaux marchés, étendre la responsabilité de l’entreprise à toute la chaîne de valeur et collaborer avec les parties prenantes).
«Tout au long de ce voyage, nous avons été accompagnés par 9 éclaireurs qui sont des experts qui nous ont guidé sur ces territoires», explique pour sa part Clémentine Sassolas de Sparknews. «Cette étude ne prétend pas à l’exhaustivité, mais à identifier les tendances et valoriser les best practices», ajoute-t-elle. Elle a notamment permis de mettre en exergue les raisons pour lesquelles les dirigeants engagent leurs entreprises dans des démarches de transformation positive. «Ensemble, on a simplement voulu aller chercher les preuves que c’est possible de faire bouger les lignes».

Lire aussi : Itinéraire d'un manager migrateur

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Paris, de la ville lumière à la ville écolo et solidaire 

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Le fondateur du micro-crédit, Muhammad Yunus, a décidé de poser ses valises sur la Seine. Le prix Nobel de la paix 2006 a ainsi installé une antenne de sa fondation sur les berges du canal de l’Ourcq, dans la Maison des économies solidaires et innovantes à Paris qui a ouvert ses portes fin 2016. «Développer une ville inclusive, c’est développer l’économie circulaire et c’est pour cela que nous collaborons notamment avec Muhammad Yunus dans ce projet», explique Antoinette Guhl, adjointe à la maire de Paris chargée de l’Economie sociale et solidaire, de l’Innovation sociale et de l’Economie circulaire. C’est à elle que la maire de Paris, Anne Hidalgo, a confié la mission de faire de Paris une capitale pionnière de l’économie circulaire. Un livre blanc de 65 actions a été élaboré et «c’est à partir de là que Paris a confectionné sa politique circulaire», explique Antoinette Guhl. Et les projets vont foisonner à travers le soutien à l’entrepreneuriat social, la création d’une communauté d’entrepreneurs sociaux à l’échelle mondiale en œuvrant avec les grandes métropoles, l’engagement dans la lutte contre l’exclusion, notamment en soutenant l’insertion par l’activité économique, ou encore, le déploiement des circuits courts et la lutte contre le gaspillage alimentaire. Egalement, un des grands projets en cours de la ville est la piétonnisation des Berges de Seine rive droite, dans le but de lutter contre la pollution de l’air. Un nouvel espace public de 4,5 hectares améliorant la qualité de vie, converti en un lieu de loisirs.

 

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Qui peut changer le monde? Tout le monde...

«Tout le monde a la capacité de changer le monde et c’est notre vision à Ashoka», explique Stéphanie Schmidt d’Ashoka France. «L’entrepreneur social se concentre plus sur l’impact de son projet que sur le profit et c’est ce qui le rend unique», ajoute-t-elle. Ce premier réseau mondial d’entrepreneuriat social, créé il y a 35 ans, est aujourd’hui présent dans 85 pays et compte 3.300 entrepreneurs sociaux-fellows. Ces entrepreneurs sont aujourd’hui considérés comme «des vigies des modèles de santé de demain aidant l’entreprise à anticiper les mutations nécessaires». Et les mutations, le monde les vit aujourd’hui de plein fouet poussant les entreprises à repenser leur modèle. «S’engager avec ses fournisseurs et clients et pour l’écosystème dont on dépend pour produire, c’est tout simplement travailler sur la résilience de son modèle économique», estime pour sa part Tristan Lecomte fondateur d’ Alter Eco, l’entreprise pionnière du commerce équitable et biologique en France et de la plateforme internationale pour l’insetting (IPI). Celle-ci est une plateforme de collaboration entre les entreprises, les opérateurs de projets, les organismes de certifications et centres de recherche ayant pour objectif de définir et promouvoir les pratiques d’insetting à l’échelle mondiale.  Il s’agit d’une approche qui consiste à développer des projets climatiques à forts impacts socio-environnementaux au sein même des filières des entreprises. 
Contrairement à la simple compensation carbone, l’insetting induit des bénéfices multiples pour l’entreprise, ses filières et ses produits, et plus globalement pour l’ensemble de son écosystème, est-il expliqué. Le réseau d’entreprises d’IPI compte plus d’une trentaine de partenaires dont L’Oréal ou encore Nespresso présents au séminaire de Sparknews. Chez Nespresso par exemple, des projets d’insetting ont été mis en place via l’agroforesterie au sein de ses filières de café en Colombie, au Guatemala et en Éthiopie. Selon l’IPI, «les 500.000 arbres plantés chaque année sur les champs de café ont la capacité de stocker l’équivalent de l’intégralité de l’empreinte carbone de chaque tasse de café consommée en France». 

BlaBlaCar, la start-up devenue grande

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(Ph. BlaBlaCar)

«Lorsque les gens me demandent si nous sommes toujours une start-up, c’est comme si vous me demandez si vous être toujours jeune», lance avec humour Frédéric Mazzella, l’un des fondateurs de BlaBlaCar, cette entreprise proposant une plateforme communautaire payante de covoiturage. Le QG de BlaBlaCar, avec ses espaces de travail lumineux en open space et son architecture contemporaine, est situé au cœur de Paris. Des espaces qui reflètent l’une des devises de l’entreprise «Fun & Serious».

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L’aventure BlaBlaCar est née d’un besoin personnel. En 2003, Frédéric Mazzella décide de se rendre en Vendée depuis Paris pour passer les fêtes de Noël en famille. Mais tous les trains affichaient complet. C’est finalement sa sœur, habitant alors à Rouen, qui est passée le prendre. Et sur la route, il s’est rendu compte que la plupart des voitures étaient vides. Il a alors réalisé qu’il y avait des places libres pour rentrer chez lui: seulement, elles n’étaient pas dans les trains mais dans les voitures! C’est ainsi que l’idée de BlaBlaCar est née. Et cela a donné cette fameuse communauté, basée sur la confiance, qui met en relation des conducteurs ayant des places libres avec des passagers en quête d’un bon plan.
Au départ, raconte Mazzella, l’entreprise vendait surtout du B to B ou des trajets pour des personnes se rendant à leur travail. Ce n’est qu’à partir de 2010 que BlaBlaCar décide de changer de modèle économique et de s’ouvrir vers l’international en 2012. Aujourd’hui, BlaBlaCar, c’est 40 millions de membres, une présence dans 22 pays, 12 millions de voyageurs par trimestre, près de 100 millions d’euros économisés par les conducteurs chaque année et un taux d’occupation du véhicule moyen de 3 personnes par voiture (contre 1,6 en moyenne en Europe). 

Lire aussi : L'E-Book de Soco

 

 

 

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