Société

Burqa... A bas les voiles!

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:4936 Le 11/01/2017 | Partager
L’Intérieur interdit l’importation, la vente, et la fabrication du «niqab à l’afghane»
Des raisons sécuritaires invoquées: crimes et délits commis par des individus «sous hijab»
Aucune loi pour l’heure ne proscrit le port du voile islamique intégr
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 Le port de la burqa est une tradition afghane. Au Maroc, plusieurs «néo-salafistes» s’en servent comme un porte-drapeau. Depuis lundi, le ministère de l’Intérieur est en guerre contre la commercialisation de ce vêtement (Ph. Jarfi)
 

L’interdiction de la fabrication et la vente de la burqa a pris acte lundi 9 janvier 2017. Sans aucun préavis, le ministère de l’Intérieur a mobilisé ses agents dans les quatre coins du pays. Le mot d’ordre: informer les commerçants qu’il est désormais interdit d’importer, confectionner, et commercialiser la burqa, voile intégral musulman à l’afghane qui couvre complètement la tête et le corps. En effet, c’est à travers une circulaire signée par les chefs de cercles et les pachas que les vendeurs de ces voiles, similaires aux uniformes des ninjas, ont été informés de cette nouvelle mesure.

A noter qu’aucune annonce officielle ou communication publique sur le sujet n’a été faite par le département de Mohamed Hassad. 
L’Economiste a tenté de joindre, à ce propos, le ministre de l’Intérieur pour commenter cette décision, mais en vain. En tout cas, elle est irréversible et «générale», nous confie un haut cadre de l’administration territoriale. Ainsi, les commerces ne sont plus autorisés à fabriquer et commercialiser les burqas à compter de cette semaine.

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C’est ce que rapportent les commerçants dans plusieurs villes à qui des agents du ministère de l’Intérieur ont rendu visite lundi dernier. Telles des campagnes de sensibilisation, ces «descentes» visent à informer les commerçants. «Selon les autorités, nous devons stopper la fabrication et la commercialisation de ce vêtement et liquider tout le stock dans les 48 heures», indique un commerçant de Fès. Il en est de même pour ceux de Casablanca, Taroudant, Tanger et bien d’autres villes. Partout, on leur a expliqué que le «niqab afghan» est banni sous peine de voir la marchandise saisie.

Pas d’amende encore. Mais irons-nous jusqu’à l’interdiction du port du «niqab»? En attendant, la décision d’interdire sa vente serait motivée par des raisons sécuritaires. Car, des crimes et délits étant régulièrement perpétrés par des individus dissimulant leur visage au moyen d’une burqa. A noter que le port de la burqa reste un phénomène extrêmement marginal au Maroc. A Fès, à titre d’exemple, ce vêtement trouve ses adeptes parmi les femmes «salafistes» des quartiers populaires et très pauvres (45, Aouinate El Hejjaj, Bab Ftouh, El Massira…). 

L’annonce de l’interdiction de sa commercialisation a suscité un tollé de réaction surtout dans les milieux salafistes. «Est-ce que le Maroc se dirige vers l’interdiction du niqab que les musulmanes portent depuis cinq siècles?», a commenté Hassan Kettani, un cheikh salafiste sur son compte facebook. «Si c’est vrai, ce serait une catastrophe», a-t-il ajouté. De son côté, Hammad Kabbadj, un prédicateur proche du PJD, a jugé qu’il était «inacceptable de défendre aux citoyennes de porter le niqab oriental, comme d’interférer dans sa commercialisation». «Le Maroc des libertés et des droits de l’Homme qui considère le port du maillot occidental sur les plages comme un droit intouchable», a-t-il ironisé sur son mur Facebook. Pour un anthropologue, interrogé par L’Economiste sous couvert d’anonymat, «la lutte contre le radicalisme religieux doit s’intensifier».

«La décision d’interdire la commercialisation de la burqa est positive. Car, plusieurs extrémistes s’en servent comme un porte-drapeau. C’est leur façon de faire de la propagande. Il faut assécher les sources du néo-salafisme et mener un vrai travail de fond qui ne se limite pas à l’interdiction de la commercialisation ou le port du niqab», ajoute-t-il. Signalons enfin qu’aucune loi n’interdit, au Maroc, le port du voile islamique intégral dans des lieux publics. Peut-être, serait-ce là un projet pour le prochain gouvernement? 

 

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