Evénement

Pourquoi donner un prix au carbone?

Par Walid ROUICHI | Edition N°:4896 Le 11/11/2016 | Partager
Sanctionner les pollueurs, encourager les initiatives vertes
Crédit carbone, un levier peu exploité

Taxe carbone, crédit carbone, finance verte… tout un lexique qui revient en refrain, mais en saisit-on clairement les ramifications? Derrière ce verbiage se cache une question importante: donner un prix au CO2 peut-il nous aider à atteindre nos objectifs environnementaux globaux? Le Protocole de Kyoto a posé le socle d’une stratégie globale de limitation de la pollution. Les Etats signataires se sont engagés à réduire leurs émissions de GES. Des mécanismes de lutte contre la pollution y ont été développés: écotaxe, marché des droits à polluer, principe du «pollueur-payeur», mécanismes de redistribution écologique… La logique économique peut contribuer aux enjeux écologiques. Mieux intégrer le coût écologique peut amener les acteurs à prendre en considération leur impact sur l’environnement. En donnant un prix à la tonne de carbone polluée, on pousse un agent économique à moins polluer. Voyant sa production majorée par sa pollution, l’opérateur veillerait à investir dans les technologies vertes. A l’inverse, le bon élève sera rétribué et encouragé pour ses activités faibles en rejet de CO2. A cette fin, soit on a recours à l’écotaxe, soit au fonctionnement du marché des droits à polluer. L’un mise sur la réglementation, l’autre opte pour une incitation. La carotte et le bâton. Dans plusieurs pays, la taxe carbone pèse sur la consommation d’énergie polluante des particuliers et des entreprises. Le gain financier peut être ensuite redistribué sous forme de crédit d’impôt, de subventions «vertes». L’Union européenne est l’archétype du marché des droits à polluer. Un nombre fini de droits à polluer s’y échange. L’entreprise A, dont la pollution excède le plafond défini, devra acheter un nombre proportionnel de droits à polluer. Elle devrait rationnellement rediriger une partie de son activité vers une production moins polluante. A l’inverse, l’entreprise B, peu émettrice en CO2, bénéficiera de la revente de ces droits à polluer.
Le crédit carbone suit la logique du marché des droits à polluer. Le porteur d’un projet peu polluant va revendiquer une certaine quantité de GES évitée. Pour une tonne de CO2 en moins, j’ai le droit à un crédit carbone. Il reçoit une aide équivalente pour l’aider à monter ledit projet. Le mécanisme de développement propre (MDP) permet le financement partiel et volontaire à des projets dans des pays en voie de développement, par compensation des pays industrialisés. Cet outil de justice environnementale vise à stimuler les initiatives écologiques et socio-économiques locales. Cependant, à l’image du marché européen des droits à polluer, l’adhésion à ces dispositifs est encore faible. Renforcer et rendre universel le prix seraient les seuls moyens de le relancer. Il fait partie des très nombreuses questions à aborder à Marrakech.

Au Maroc, des efforts à faire

Le pays serait enclin à bénéficier plus d’un financement de projets partiels par le mécanisme de développement propre (MDP). Comme pour le reste du monde, l’engouement est limité au Maroc. Pourtant, le royaume chérifien pourrait en profiter davantage pour ses projets solaires et ses initiatives de réductions de la pollution dans le BTP, le phosphate… Le Fonds capital carbone Maroc (FCCM) dispose de  300 millions de dirhams. Il a été créé il y a 10 ans en partenariat avec la Banque européenne d’investissement (BEI). Le Maroc est tenu de limiter de 42% les émissions de GES d’ici 2030. L’occasion de la COP serait idéale pour redonner un second souffle aux crédits carbone.

 

 

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