Evénement

Dégats sur l'environnement: La lourde facture économique

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:4895 Le 10/11/2016 | Partager
L'équivalent de 3,5 points PIB par an, estime la Banque mondiale
20% de la population urbaine non couverts par la collecte des déchets
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A elle seule, la pollution de l'eau coûte 11,7 milliards de dirhams, représentant 1,26% du PIB. Elle est suivie par la pollution de l'air et des sols avec respectivement 1,05% et 0,54% du PIB

La dégradation de l'environnement a un coût astronomique: 3,52% du PIB à 33 milliards de dirhams. Les dégâts causés par les émissions de gaz à effet de serre à l’environnement global sont estimés à 1,62% du PIB.
Ce sont là les principaux résultats de l'étude présentée hier, mercredi 9 novembre, à Marrakech par la Banque mondiale sur «Le coût de la dégradation de l’environnement au Maroc». Ces résultats montrent que les impacts de cette dégradation à l'échelle nationale seraient deux fois plus importants qu'à l'échelle mondiale.  
Comme cela a été relevé dans une précédente étude en 2000, l’eau et l’air présentent les défis les plus importants. La pollution de l’eau qui coûte 1,26% du PIB constitue la première source de dégradation de l’environnement, suivie par la pollution de l’air (1,05% du PIB). Ce qui renvoie à l'urgence de mesures pour préserver les ressources hydriques en limitant la surexploitation des eaux souterraines et le déversement des eaux industrielles non épurées dans les cours d’eau. La pollution de l’air nécessite également une attention particulière surtout dans les grandes villes comme Casablanca, Marrakech et Tanger (voir article page 4).
La dégradation des sols a aussi un coût important: près de 5 milliards de dirhams, représentant 0,54% du PIB. Elle affecte les terres agricoles à travers l’érosion et la salinisation des surfaces irriguées. Elle a également un impact sur les terres de parcours, à cause du défrichement, de la désertification. La dégradation du sol se traduit par une perte de production agricole, de la biodiversité, la baisse de la séquestration du carbone ainsi que par l’envasement des barrages.
Les auteurs de l'étude ont également analysé les dégâts induits par les déchets (0,4% du PIB). L'amélioration de la gestion des déchets municipaux a réduit de moitié les dommages causés à l’environnement entre 2000 et 2014. Mais le système de collecte ne touche pas 20% de la population urbaine et 80% de la population rurale. Cela s'explique par le retard pris par le programme des déchets ménagers et assimilés. De même, la part des déchets mis en décharge contrôlée devait passer à 55% en 2015 alors que le taux ne dépasse pas 44% actuellement.
Les insuffisances portent aussi sur le faible taux de recyclage et l’absence de compostage puisque, depuis 2000, les unités de compostage installées dans les années 60 ont fermé leurs portes pour des raisons techniques et économiques.
Aujourd'hui,  56% des déchets générés en milieu urbain sont déversés dans des décharges non contrôlées et dépotoirs. Ils polluent les eaux souterraines, dégagent du méthane, déprécient des terrains agricoles ou urbains et affectent négativement la santé.
La récupération du méthane par exemple aurait permis de produire de l’électricité (comme c'est le cas pour les routes dans la ville de Fès qui sont actuellement éclairées à 30% grâce aux déchets ménagers). Le potentiel d’électricité via le méthane récupéré des déchets organiques  s’élèverait à 876 GWh pour une valeur de 847,7 millions de dirhams. En termes d’opportunités économiques, la faible valorisation des déchets constitue  un manque à gagner important. Ainsi, le passage du taux de recyclage de 10 à 15% permettra un gain total de 204 millions de dirhams. La réalisation du taux de 15% tient à la mise en œuvre du programme des décharges contrôlées, des centres de tri et de valorisation des déchets. «Elle est liée aussi à la manière dont les travailleurs du secteur informel auront été impliqués dans ce processus en leur offrant de meilleurs revenus et de meilleures conditions d’hygiène», note la Banque mondiale. Surtout que la professionnalisation de la collecte et l’élimination des déchets ainsi que les filières de valorisation vont réduire le gisement d’ordures accessible au secteur informel.

 

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