Evénement

Agriculture: Le triple A, la réponse de l’Afrique

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:4894 Le 09/11/2016 | Partager
Enjeu, capter au moins des financements dédiés à l’adaptation climatique
Et améliorer le rendement agricole et l’ingénierie des projets sectoriels
Deux tiers des terres arables africaines pourraient être perdus d’ici 2025
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L’Initiative pour l’adaptation de l’agriculture africaine aux changements climatiques «AAA» ou «triple A», lancée par le Maroc, est d’ailleurs une des principales propositions à la COP22. Un stand de plus de 200 m2 a été aménagé à la zone verte pour expliquer cette initiative aux participants (Ph. Bziouat)

Ce n’est pas pour rien que l’Afrique reste au cœur de la COP22. En effet, le continent a besoin d’une agriculture climato-intelligente. Seul moyen efficace pour combattre le changement climatique. L’urgence climatique pour les agriculteurs et agricultrices d’Afrique est d’autant plus importante que ce sont eux les plus vulnérables. Certes, les conférences climat ne vont pas changer le monde d’un seul coup, mais elles font avancer les projets. Son timing, trois jours après l’entrée en vigueur de l’accord de Paris, devrait lui permettre de jouer un rôle important pour la mise en œuvre concrète des solutions. L’agriculture est un enjeu prioritaire et il est urgent de définir les objectifs et les critères d’une agriculture répondant au double enjeu du changement climatique et de la sécurité alimentaire, estiment les négociateurs. Justement, l’Initiative pour l’adaptation de l’agriculture africaine aux changements climatiques «AAA» ou «triple A», lancée par le Maroc, est d’ailleurs une des principales propositions à la COP22. Cette initiative, qui constitue l’un des axes phares de l’Agenda de l’action de la conférence climatique, vise à relever trois défis auxquels doit faire face le continent africain: le financement, l’augmentation de la productivité

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Même si elle a passé le flambeau, Ségolène Royal, présidente de la COP21, continue de soutenir fortement les négociations climatiques. Ci-dessus, son apparition éclair au pavillon Maroc à l’ouverture du side-event sur l’adaptation au changement climatique de l’agriculture (Ph. Bziouat)

agricole et l’augmentation du pouvoir de séquestration du carbone dans les sols africains. Historiquement, l’agriculture n'a pas été assez priorisée dans la mobilisation internationale autour des changements climatiques, souffrant d’un manque de financement considérable. Pourtant, le continent est particulièrement vulnérable aux changements climatiques et les conséquences de ces derniers peuvent être désastreuses aussi bien pour la sécurité alimentaire que la sécurité politique. 75 à 250 millions d’Africains seront exposés à un stress hydrique accru d’ici 2020 et six des dix pays les plus touchés au monde sont Africains et plus de 65% de la population africaine est déjà affectée par les effets du changement climatique. Autres indicateurs tout aussi alarmants: les deux tiers des terres arables africaines pourraient être perdus d’ici 2025 à cause des changements climatiques, et les experts estiment que la baisse des rendements agricoles pourrait atteindre 20% en 2050. Et pour l’heure, l’adaptation aux chocs climatiques reste largement sous-financée. En se faisant le porte-voix de l’agriculture africaine auprès de la sphère climat, l’Initiative triple A vise aussi l’accélération du financement des projets d’adaptation de l’agriculture africaine, notamment grâce au fonds climat. Si tout va bien donc, la COP22 devra déterminer les engagements des Etats en faveur de cette cause, évaluer et débloquer ces niveaux de financement en faveur d’actions concrètes d’adaptation.

Assurance indicielle

Le projet ACCAGRIMAG (Adaptation de l’agriculture au changement climatique au Maghreb), présenté mardi dernier au pavillon marocain de la COP22, est une véritable innovation à ce niveau, souligne le directeur de l’ADA. Ce projet réalisé conjointement au Maroc et en Tunisie est financé par le Fonds français de l’environnement mondial (FFEM) et l’Agence française de développement (AFD). Il teste plusieurs modalités d’assurance indicielle contre la sécheresse couplés à la diffusion de bonnes pratiques d’adaptation et le développement d’un service climatique dédié à la gestion du risque. Cette assurance doit être déployée en tant qu’outil de promotion de techniques culturales d'adaptation au changement climatique et non pas seulement comme outil de mutualisation des risques, insistent ses initiateurs. Le projet étudiera par ailleurs les modalités permettant de rendre l’assurance incitative pour l’adoption de pratiques climato-résilientes et expliciter d’autre part l’impact de l’adoption des pratiques sur l’exposition au risque.

 

 

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