Chronique

Les métiers du développement durable
Des pistes pour l’action

Par Driss GUERRAOUI | Edition N°:4893 Le 08/11/2016 | Partager

Driss Guerraoui est professeur à l’Université Mohammed V de Rabat et secrétaire général du Conseil économique social et environnemental (Ph. Jarfi)

Les analystes objectifs et les prospectivistes crédibles sur l’avenir de la croissance dans le monde s’accordent à affirmer que le développement durable en général et l’économie verte en particulier seront les leviers futurs de la création de la richesse et de la promotion des emplois de nouvelle génération.
Aussi, incitent-ils les entreprises, et les faiseurs des politiques publiques à préparer leurs économies et leurs sociétés à la mise en place d’un nouveau modèle de développement. Ce modèle est appelé à s’appuyer sur une croissance durable portée par des métiers verts conciliant la gestion responsable des ressources naturelles, l’usage efficient d’énergies renouvelables et une gouvernance économique fondée sur le partage équitable de la richesse et des emplois.
Cependant, pour bâtir ce nouveau modèle de développement sur des bases scientifiquement valides, rigoureuses et pertinentes, il est impératif de connaître les impacts divers des changements climatiques sur le processus de destruction-création des emplois, évaluer l’état des nouveaux métiers relevant de l’économie verte, leurs potentialités futures en termes de création de richesse et d’emplois, et élaborer une prospective en cette matière découlant des politiques d’adaptation et d’atténuation des changements climatiques.
Or à ces trois niveaux, fort est de constater que le déficit de connaissance est grand, voire très grand. Les seules indications chiffrées dont on dispose sont celles fournies par le rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement de 2011 (voir encadré). De manière générale, toutes les études nationales et celle des organismes internationaux révèlent que le potentiel de promotion des métiers du développement durable est réellement grand dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie, de la pêche, des forêts, du tourisme, de l’énergie, de l’eau, de l’assainissement, de la gestion des déchets solide et liquide, des transports et de l’habitat.
Toutefois, pour transformer ce potentiel en création effective de richesses et d’opportunités d’insertion professionnelle, il est important à ce que les questions d’adaptation et d’atténuation des impacts des changements climatiques et les stratégies nationales qui en découlent soient fondées sur l’objectif de création des emplois verts à partir de la promotion volontariste des métiers du développement durable.
Pour ce faire, il convient de concevoir des stratégies fondées sur une approche globale intégrant la dimension environnementale et climatique à l’échelle de toutes les composantes du système productif national.

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Cette approche doit être portée par un cadre règlementaire approprié, des fonds de financement conséquents, une fiscalité dédiée, des formations adossées aux métiers de l’économie verte, et un système d’innovation et de recherche permettant une production autonome de technologies propres adaptées au contexte national et aux réalités des territoires. Dans cette perspective, le Maroc a certes constitutionalisé le fait environnemental et le développement durable, comme il a élaboré une stratégie nationale de développement durable, préparé un plan d’investissements verts, généralisé en 2014 les observatoires régionaux de l’environnement et du développement durable et a lancé plusieurs initiatives comme entre autres le fonds d’investissement vert.
Mais tous ces initiatives et programmes souffrent, cependant, d’un problème important qui est celui de l’effectivité. En effet, plusieurs décrets d’application n’ont pas été promulgués et la transition écologique n’est toujours pas bien préparée de façon concertée et coordonnée. Une des raisons principales réside dans l’absence d’un pilotage institutionnel unifié et la non-préparation précoce des conditions de réussite de l’effectivité, comme l’a montré, entre autres, l’expérience dite «Zéro Mika».
Outre ces dimensions institutionnelles et opérationnelles importantes de la mise en œuvre de la stratégie nationale de développement durable, la promotion des métiers du développement durable nécessite des actions préalables d’envergure. Il s’agit en particulier de réaliser une étude nationale approfondie sur l’impact des changements climatiques sur le marché de l’emploi adossée aux politiques sectorielles en cours, d’élaborer un diagnostic stratégique des nouvelles filières de l’économie verte adaptées aux potentialités diverses du pays assorties de plans d’action sectoriels et régionaux. Il convient aussi de former les compétences dans ce domaine d’avenir, développer les capacités nationales de recherche et d’innovation technologique correspondant aux filières vertes à promouvoir, et mettre en place des mécanismes de financement incitatifs dédiés au développement durable.
Au vu du potentiel futur que recèle cette stratégie, et pour lancer les fondements des futurs chantiers de création de la richesse et de promotion d’emplois de nouvelle génération, le Maroc doit inscrire parmi ses nouvelles priorités la définition d’une véritable politique nationale globale, intégrée et coordonnée de développement de l’économie verte. Celle-ci devrait avoir comme principe directeur la notion de responsabilité environnementale partagée entre l’Etat, les collectivités territoriales, les entreprises, la société civile, les universités et les centres de recherche et d’innovation.
Elle doit, également, puiser ses ressorts dans une déclinaison territoriale de toutes les politiques sectorielles en vue de transformer les douze nouvelles régions marocaines en véritable locomotive de l’émergence des nouveaux métiers du développement durable.

Chiffres et croissance

Le rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement de 2011 a évalué le marché mondial des biens et des services liés à l’économie verte et aux activités de protection de l’environnement à quelque 1.400 milliards d’euros, soit 2,5% du PIB mondial. Selon ce même rapport, le taux de croissance annuel des secteurs liés à l’économie verte serait de 10%, avec un potentiel de création d’emplois évalué à environ 25 millions de postes de travail à l’horizon 2050.
Concernant le Maroc, le rapport du Conseil économique, social et environnemental sur l’économie verte adopté par son assemblée générale en décembre 2012 a mis en perspective un potentiel de création d’emplois verts évalué à environ 90.000 dans les secteurs des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique, des déchets solides et de l’assainissement liquide, et ce pour un montant d’investissements estimé à 20 milliards d’euros à l’horizon 2020.

 

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