Evénement

Noor Ouarzazate: Les premières retombées sur la population locale

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:4893 Le 08/11/2016 | Partager
5.000 emplois sur le site, dont la moitié originaire de la région
30 douars désenclavés et connectés au réseau de l’eau potable
Le site sera intégré dans le circuit touristique
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500.000 plaques réfléchissantes incurvées, réparties en 800 rangées, pour composer les 160 MW de capacité installée visée sur ce site. De quoi couvrir les besoins de plus de 600.000 habitants (Ph. Bziouat)

Manque de bol! Le soleil n’a pas été au rendez-vous ce vendredi 4 novembre. La production de Noor I était presque à zéro, alors qu’une quarantaine de journalistes de 11 nationalités découvraient l’un des plus gros complexes solaires au monde à quelques kilomètres de Ouarzazate. Un joli coup de pub pour ce site à 2 jours du démarrage de la COP22 (voir aussi encadré).
Opérationnel depuis 9 mois, Noor I injecte sa production sur le réseau national. Des panneaux paraboliques à perte de vue, utilisant la technologie CSP, permettent aujourd’hui de raccorder 600.000 habitants en électricité. A terme, les 4 phases du complexe solaire (Noor I, II, III et IV) fourniront l’équivalent de la consommation de 2 millions d’habitants. Les miroirs s’étendront sur une superficie globale de plus de 3.065 hectares, soit l’équivalent d’une grande ville comme Rabat.
Aujourd’hui, les travaux se poursuivent à un rythme soutenu à Noor II et III. Pour sa part, Noor IV en est encore au stade de projet. A la différence de Noor I et II, la phase III du complexe fait appel à une technologie innovante, celle de la tour solaire ou centrale à concentration, dont le rendement est meilleur. Son principe est simple: les miroirs (ou héliostats), dont la taille équivaut à un stade de tennis, reflètent les rayons solaires vers une tour de 243 mètres. Celle-ci est composée de 3 parties: béton (200 m), charpente (25 m) et récepteur (18 m). «La partie béton est aujourd’hui achevée», annonce Mustapha Sellam, directeur du site Noor Ouarzazate. L’installation des héliostats se poursuit sur le site, qui sera livré fin 2017.

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Noor III fait appel à une technologie innovante, celle de la tour solaire ou centrale à concentration, dont le rendement est meilleur. Son principe est simple: les miroirs (ou héliostats), dont la taille équivaut à un stade de tennis, reflètent les rayons solaires vers une tour de 243 mètres (Ph. Bziouat)

Telle une fourmilière, les sites Noor II et III grouillent de monde. Plus de 5.000 salariés, toutes nationalités confondues, accèdent chaque jour aux 3 sites Noor. De nombreux véhicules (autocars, mini-bus, véhicules légers…) sont mobilisés pour le transport de milliers de travailleurs chaque jour. «Les sociétés de transport touristique se sont reconverties sur ce créneau devenu lucratif», témoigne un habitant de la zone.
Une aubaine aussi pour les guides touristiques, dont plusieurs sont recrutés en tant que traducteurs. «Ils sont payés 5.000 à 6.000 DH pour faire office d’interprète», explique un guide touristique local. Des niveaux de salaires plus qu’avantageux pour les habitants de la région. Mis à part les salariés étrangers (23%), la moitié des effectifs opérant sur les 3 sites (Noor I, II et III) sont des locaux (originaires de Ghessate, Ouarzazate, Tinghir, Zagora…). Des pancartes de plusieurs langues (même le chinois!) jalonnent le parcours sur plusieurs kilomètres de pistes. Ce melting-pot donne lieu à plusieurs anecdotes racontées par les habitants, comme celle de la disparition «présumée» des chiens et chats dans les parages, mangés par les Chinois!

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Tels des tournesols, ces héliostats tournent avec le soleil et concentrent la lumière vers la tour. Un héliostat (de helios, mot grec signifiant Soleil, et stat, racine de stationnaire) est un dispositif permettant de suivre la course du Soleil, généralement pour orienter toute la journée les rayons solaires vers un point fixe, à l'aide de miroirs (Ph. Bziouat)

En tout cas, l’impact de Noor sur les populations locales est palpable. «Et c’est la commune de Ghessate, l’une des plus pauvres de la région, qui en a le plus bénéficié», explique Rachid Bayed, responsable chez Masen. En effet, plus de 100 millions d’euros ont été investis sur le site avant même le démarrage des travaux sur Noor I. Certes, ce montant a été principalement dédié aux travaux de gestion des eaux pluviales, protection contre l’érosion et les inondations, réseaux de fibre optique (100 km)… mais les populations locales ont indirectement profité de l’impact sur leur territoire. Une trentaine de douars ont été désenclavés (70 km de routes) et connectés aux réseaux d’eau potable et télécoms. De surcroît, Masen prévoit plusieurs programmes pour l’animation du territoire. «Nous avons mis en place des programmes d’intervention dans les domaines de l’éducation, la santé, l’agriculture, sport… afin de sortir les villages de la zone de leur isolement. En tout, près de 28.000 personnes ont bénéficié de 58 actions programmées. «D’autres opérations sont en préparation avec la possibilité d’ouvrir le site aux visites en l’intégrant au circuit touristique», annonce Bayed.
Des matériaux locaux et une architecture respectant les spécificités du territoire ont été employés pour la construction du complexe et du siège de Masen sur place. Même la route reliant Marrakech à Ouarzazate, réputée dangereuse (notamment au niveau de Tizi n'Tichka) a pu profiter des retombées du complexe Noor. Ce tronçon est aujourd’hui en pleins travaux d’élargissement et de rénovation. Autre impact direct sur la ville de Ouarzazate, le prix du mètre carré dans l’immobilier commence à grimper suite aux retombées du complexe solaire. Le marché locatif y est en plein essor également.

60% des financements par l’UE

La Banque européenne d’investissement (BEI) a saisi l’occasion de cet évènement  d’envergure internationale pour inviter les représentants des médias étrangers à découvrir l’un de ses projets emblématiques en Afrique. «Nous sommes heureux de constater aujourd’hui que le projet Noor I est opérationnel», déclare Roman Escolano, vice-président de la BEI, qui a financé ce projet à hauteur de 217,5 millions d’euros. Noor est, rappelons-le, financé à hauteur de 1,2 milliard d’euros (soit 60% du montant global) par plusieurs institutions financières de l’UE (dont l’AFD et KFW). Sans oublier la facilité d’investissement pour le voisinage (FIV) de l’ordre de 106 millions d’euros. «Ce don a eu un effet de levier pour attirer les autres bailleurs de fonds», souligne pour sa part le chef de la délégation de l'UE au Maroc.
Les deux hauts responsables européens ont accompagné les journalistes (originaires de Chine, Tunisie, Egypte, Espagne, France, Liban...) lors de cette visite de deux jours.

La centrale Noor en chiffres

 Noor 1 couvre 480 hectares et produit 500 GWH par an, soit la consommation de 600.000 Marocains. A terme, les 4 phases (Noor 1, 2 , 3 et 4) couvriront une superficie de plus de 3.000 hectares, soit l’équivalent d’une ville comme Rabat .
 Le pic de production (160 MW) est atteint durant les mois d’avril, mai et juin. Pendant l’été, les nuages empêchent d’atteindre une production optimale
Plus de 1 million de panneaux produiront 2.000 gigawatts-heures annuels lorsque les trois tranches seront en fonctionnement à la fin 2017, soit assez pour alimenter en électricité 2 millions d’habitants. o

 

 

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