Evénement

La nouvelle ère climatique démarre à Marrakech

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:4893 Le 08/11/2016 | Partager
La COP22 décisive pour la mise en œuvre des accords de Paris
Le financement est sur la bonne voie
67 milliards de dollars déjà mobilisés
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Championne du climat, Laurence Tubiana a été l'une des chevilles ouvrières des accords de Paris. Elle passe le flambeau à Hakima El Haité (Ph. Mokhtari)

Maintenant que l’Accord de Paris est entré en vigueur, le plus grand défi reste la mise en application. Et c’est tout l’enjeu de la Conférence climatique de Marrakech… Laurence Tubiana, l'une des chevilles ouvrières de l’Accord  de Paris, revient dans cet entretien sur les enjeux de ces accords et de la conférence de Marrakech.
 
- L’Economiste: Qu’est-ce qu’on attend des négociations de Marrakech?
- Laurence Tubiana:
Après la ratification de l'Accord de Paris (ndlr: entrée en vigueur le 4 novembre), la question la plus importante est comment le mettre en œuvre. Marrakech  va être la conférence des annonces et des mesures  qui vont  faire en sorte que nous allions beaucoup plus vite que prévu. Je crois que ce qui va être intéressant les deux prochains années, c’est surtout  la mise en place de tout un  système qui va permettre de tracer, évaluer les progrès et les actions qui vont être menées par les pays.
Marrakech doit donc déboucher sur un cadre de suivi qui sera,  à chaque conférence climatique, évalué pour voir si nous sommes sur la bonne voie ou, au contraire, nous n’allons pas assez vite. Avec l’Accord de Paris, tous les pays signataires devront rendre compte de leurs progrès devant la communauté internationale et renforcer la coopération mondiale, pour aider les plus vulnérables.
 
- L'objectif de limiter le réchauffement à 2 °C... est-ce réalisable?
- C'est possible, d'ici la fin du siècle, à condition de faire plus et plus vite. L'Accord de Paris reconnaît expressément que les actions entreprises jusqu'à présent par les Etats ne suffisent pas. Il faut y parvenir petit à petit, avec des cycles de 5 ans, en accélérant la réduction des émissions, les financements, les transferts de technologie… et s'efforcer, si possible, de limiter ce réchauffement à 1,5 °C.
- Le financement reste primordial pour la mise en application de cet Accord. On en est où sur la mobilisation des 100 milliards de dollars pour le financement des changements?
- L’Accord  conclu à Paris consacre le principe de financement accru pour la lutte contre le changement climatique. La décision de la conférence prévoit que les 100 milliards de dollars par an prévus pour 2020 devront être un plancher pour l'après-2020. Ils devront autant servir l’objectif de réduction des émissions que celui d’adaptation. La bonne nouvelle est cet engagement  fort important des pays développés qui  vont mobiliser 67 milliards de fonds publics sur les 100 milliards. La question maintenant est de trouver les moyens pour mobiliser le reste à travers les financements privés.  Et vu tout ce qui se passe du côté des banques multilatérales du développement, l’augmentation de beaucoup d’agences de développement, nous sommes sur la bonne voie.

- L’Accord prend-il suffisamment en compte les besoins particuliers des pays en développement, notamment africains?
 - L’Accord donne toute sa place au thème essentiel de l’adaptation. C’est-à-dire aux mesures nécessaires pour protéger les sociétés de l’impact du changement climatique et leur protection contre les effets de ce changement qui touche particulièrement les pays africains. Dans les 100 milliards de dollars à mobiliser à l’horizon 2020, les pays ont annoncé qu’ils allaient doubler les projets dédiés à l’adaptation. Et un des enjeux de la Conférence de Marrakech est justement de mettre en place les actions pour l’adaptation.
 - Votre mission de championne du climat prend fin à Marrakech. Vous allez passer le flambeau à Hakima El Haité. En quoi consistait votre mission?
- C’est beaucoup de travail.  Ce titre a été créé  à l’issue de la COP21 pour maintenir la dynamique initiée par les accords de Paris avec une mission définie:  encourager l’action des acteurs non étatiques (villes, entreprises, institutions financières…)  et entretenir la mobilisation des acteurs. Pour simplifier, les champions du climat doivent  faire en sorte que les actions des entreprises et des collectivités locales, des régions... appuient les gouvernements dans leurs actions environnementales. Ces champions encouragent tout le monde à aller plus loin.
Propos recueillis par
Badra BERRISSOULE

 

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