COP22

Une super-promo pour Marrakech

Par Badra BERRISSOULEStéphanie JACOB | Edition N°:4892 Le 07/11/2016 | Partager

La pression est grande sur la ville de Marrakech qui est sous le feu des projecteurs mondiaux 11 jours durant.  Réputée pour son patrimoine, ses jardins, son climat,  la ville a entrepris un grand nombre de chantiers pour accompagner le grand événement climatique la COP 22. Des projets qui devront inscrire la cité ocre définitivement en tant que ville écologique. Ce fut une course contre la montre pour achever certains chantiers avant le rendez-vous climatique. Tour d’horizon.

■ Le lieu des festivités
Ici, aucun dépassement de délai possible. Le site de Bab Ighli qui accueille les participants à la Conférence climatique se devait d’être prêt pour le 7 novembre, jour du lancement de la COP22. C’est donc de jour comme de nuit, pour la dernière ligne droite, que le millier de personnes employées a travaillé sur ce terrain dédié de 223.647 m² (dont plus de 80.000 m² couverts). Déployer les 900 m² de canopée centrale, monter les tribunes d’officiels, aménager les espaces temporaires de travail, construire une partie en dur représentant l’architecture des médina du pays… Bref, beaucoup à faire en un temps record. D’autant que les contraintes techniques sont nombreuses pour un tel rendez-vous tourné vers la protection de l’environnement. Limitation de l’empreinte carbone oblige, une partie des équipements devrait être rétrocédée aux associations, administrations et collectivités locales de la région, une fois la conférence bouclée. Une exigence de recyclage. Dès le mois d’octobre, les artères menant au terrain ont été fermées. La mise à niveau des voiries avoisinantes au village onusien ayant été achevée grâce à un budget de 100 millions de DH alloué par les collectivités locales. Les aménagements sur le site de Bab Ighli ont ainsi été réalisés à l’abri de tous les regards comme un secret bien gardé. L’aveu sûrement d’une pression sans précédent pour le comité de pilotage. Il faut dire qu’un minimum de 15.000 personnes vont s’y croiser, alors que certains vont y vivre 24h/24 pendant ces 2 semaines.

■ Réhabilitation de la décharge sauvage
Jusque-là, tout va bien pour ce projet. L’ancien site  de Harbil est en train d’être transformé en espaces verts. Par ailleurs, la ville et le ministère de l’Environnement ont prévu la construction et l’exploitation d’un centre de tri et une usine de biogaz. Ici, il s’agissait déjà de transférer l’ancienne décharge de 14 hectares vers celle aux normes d’Al Mnabha, enfouir les déchets sous un dôme de verdure. Aujourd’hui, l’ONEE finalise les travaux de réalisation des ouvrages hydrauliques et des postes électriques pour l’usine bioélectrique. Son démarrage sera réalisable en novembre grâce à un moteur prêté par la ville de Fès, en attendant que le sien lui soit livré dans 4 mois. Rappelons que ce biogaz va être transformé en électricité pour une production de 1 mégawatt par an, injectée dans le réseau électrique de la Radeema ou de l’ONEE. Cette puissance électrique étant notamment destinée à réduire les factures communales de l’éclairage public.

■ Les bus électriques circulent déjà!

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Les voilà enfin! Les 15 trolleybus électriques promis pour octobre sont arrivés à Marrakech. Construits en Chine par Yangtsee, leur gestion est confiée à la société de développement local Bus City Motajadida, qui compte comme actionnaires le conseil communal et la région. L’entité étant financièrement soutenue par le Fonds d’accompagnement des réformes de transport routier urbain. Les habitants et visiteurs vont ainsi se déplacer “intelligent” entre quartiers périphériques et centre-ville grâce aux 4 lignes dédiées à ces bus à haut niveau de service. A savoir que l’objectif global prévoit, à l’horizon 2019, l’introduction à Marrakech et dans la région de quelque 120 véhicules de ce type. Histoire d’encourager l’utilisation des transports collectifs et désengorger les axes à forte densité de trafic. En clair, garantir un service proche des tramways ou métros mais à un moindre coût.
 
■ Des vélos en libre-service (vélib)
Pour mieux coller à la thématique environnementale, la ville de Marrakech va être dotée de 300 vélib déployés à l’occasion de la COP22. C’est la société française Smoove qui a remporté l’appel d’offres organisé par l’Onudi, l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (rattachée à l’ONU), afin de déployer une flotte de vélos en libre-service à l’occasion de la COP22. Mis en place en partenariat avec la structure locale «Estates Vision», Medina Bike sera le «vélib» de Marrakech, première ville du continent africain à bénéficier d’un système de vélos en libre-service. Composée de 300 vélos et d’une dizaine de stations, la flotte sera installée dans des lieux emblématiques de la ville comme la Koutoubia ou les Jardins de Majorelle. Le service sera inauguré lors de la COP22 et s’inscrit dans la pérennité avec un contrat renouvelable d’une durée initiale de 5 ans. A l’image de Moscou, Helsinki ou Vancouver, le modèle économique de Medina Bike inclura la contribution d’un sponsor, dont les recherches sont en cours.    

■ Le plus grand acquis... la Step!
La Step (Station de traitement et de réutilisation des eaux usées) de la Radeema est entrain d’achever une station de séchage solaire de boues sous serre qui pourra traiter, environ 75.000 tonnes de boues/an. Un projet qui s’inscrit pleinement dans une démarche environnementale active de la ville. Rappelons que cette Step de Marrakech, mise en service en 2012, traite les eaux usées de l’agglomération. Elle utilise l’une des technologies les plus sophistiquées dans le monde, comportant la récupération du méthane, un puissant gaz à effet de serre, pour la cogénération d’électricité. Chaque jour, plus de 100.000 m3 d’eaux usées sont traitées selon ce procédé, évitant ainsi l’émission dans l’atmosphère de plus de 60.000 tonnes de CO2 équivalent. L’eau traitée est stockée dans un bassin d’une capacité de 9.000 m3, avant de passer par un circuit de 80 kilomètres de conduites alimenté par cinq stations de pompage. La Step de Marrakech, qui a été enregistrée par les Nations unies au Mécanisme de développement propre (MDP), permet aujourd’hui d’arroser les différents greens de Marrakech. Sans cette station, ils n’auraient pas pu voir le jour sachant que la consommation annuelle pour chaque green est estimée à 1 million de mètres cubes et que la ville touristique a misé gros sur ce segment. Aujourd’hui, la Step franchit une autre étape environnementale avec cette installation pour le séchage solaire de ses boues.

■ Du photovoltaïque à la gare de Marrakech

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Pour faciliter les déplacements des milliers de participants à la COP22, l’ONCF mobilise tous ses moyens pour renforcer la capacité de ses trains et programmer des dessertes charter à destination de Marrakech. Si l’offre de transport est ainsi renforcée, l’Office met également en place un service d’accueil et d’orientation dans les principales gares concernées par l’évènement. Parlons également de son train du climat et de son exposition dédiée aux causes et impacts des changements climatiques. Du 20 octobre au 18 novembre, il fait escale à Casablanca, Rabat, Kénitra, Meknès, Fès, Taza, Oujda, Nador, Tanger, Khouribga, Safi et enfin Marrakech, la gare terminus, où il restera ouvert au grand public durant les 11 jours de la Conférence. Mais l’initiative phare de l’ONCF est sa démarche d’éfficacité énergétique. Son siège social et la gare de Marrakech se mettent ainsi aux normes ISO 50001 en assurant leur autonomie électrique à hauteur de 50%, grâce à des panneaux photovoltaïques installés artistiquement dans le parvis de la gare de Marrakech. L’Office, qui a réalisé son 1er bilan carbone, met en évidence le niveau d’émission de CO2 du rail, qui ne représente que 0,47% des émissions globales de GES du Maroc et 2,6% des émissions du secteur de transport pour une part de marché de 8,5%.
 
■ Formule E: La course électrique à Marrakech
 Labellisé COP 22, un championnat FIA (de la Fédération Internationale Automobile) Formule E, première série de courses automobiles entièrement électriques au monde, aura lieu à Marrakech le 12 novembre 2016 en marge de la Conférence climatique. La course, une première en Afrique et qui comptera pour le calendrier mondial de la FIA sera une occasion de montrer que les véhicules électriques ont atteint un haut niveau de maturité et que leur développement dans les pays africains est désormais possible et très bienvenu. C’est aussi l’occasion pour Marrakech de  présenter et de mettre en avant le circuit Moulay El Hassan qui accueille chaque année la WTCC.
■ Le secteur touristique en action

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Ce sont peut-être les établissements hôteliers et de loisirs qui ont le plus respecté leurs engagements écologiques. En effet, un vent de ferveur a poussé de nombreux privés à communiquer leurs promesses en faveur du climat dès l’annonce de la COP22 organisée au Maroc. Parti en campagne de sensibilisation en octobre, le mobile home Fridome en est un exemple. Après avoir parcouru la France et l’Espagne, il sera à Marrakech en ce mois de novembre. Totalement réaménagé pour la circonstance, ce bus fait la promotion du panneau solaire, des toilettes sèches ou encore du système hydrogène qui permet de réduire sa consommation. Une fois arrivé à destination, Fridome s’installe à 25 km du centre-ville au sein de l’éco-lodge 100% autonome, L’Aloé d’Agafay. Ce projet, labellisé COP22, est porté par une militante écologique, Sandrine Bonnaire. Le site d’hébergement répondant aux attentes des touristes écologiques à travers le monde. Sur ses 3 hectares avec une vue sur les montagnes, les séjours se veulent éco-responsables et équitables. Restauration à base de produits naturels du jardin, des chambres écologiques, et une belle piscine naturelle avec eau filtrée par des plantes aquatiques. Du côté des activités, le lieu propose son offre de soins énergétiques, et un programme d’ateliers pour les adultes et les enfants sur la fabrication de produits de beauté naturels, sur la cuisine ou le jardinage. Une manière claire et concrète de sensibiliser la population locale et étrangère au respect de l’environnement.

 

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