COP22

Les banques investissent la transition énergétique

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:4892 Le 07/11/2016 | Partager
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Les banques sont fortement impliquées dans le financement des grands projets dans l'éolien ou encore le solaire. Par contre, l'accompagnement des petits projets est quasi insignifiant dans les portefeuilles bancaires. Le secteur dévoilera sa feuille de route durant les travaux de la COP22 pour soutenir la migration vers une économie bas carbone.

Une feuille de route est attendue en marge de la COP de Marrakech. Les institutions financières privées favorables à un traitement prudentiel incitatif pour encourager les financements verts.
 

L'industrie bancaire n'est pas forcément celle dont on attend le plus d'effort en matière d'efficacité énergétique, mais son rôle dans la transition vers une économie bas carbone est primordial. C’est surtout vrai dans des économies comme le Maroc, où les banques assurent l’essentiel du financement.
Jusqu’ici, elles sont peu loquaces sur la taille de leurs financements verts. Les engagements se chiffrent en milliards de dirhams. Les principaux groupes bancaires sont mobilisés pour le financement de la transition énergétique avec une implication plus forte d'Attijariwafa bank, BCP, BMCE Bank of Africa ou encore Société Générale… compte tenu notamment de leur poids sur le marché. En 2015, le groupe BCP par exemple a affecté 10 milliards de DH au financement de projets énergétiques dont 4 milliards dans les parcs éoliens. En revanche, l'accompagnement des projets d’efficacité énergétique ou d'investissement vert, en général des PME et des particuliers, est modeste dans les portefeuilles bancaires. C'est un créneau qui est naissant et qui devrait prendre de l'importance dans les prochaines années.
Le secteur dévoilera sa feuille de route pour soutenir la transition vers une économie plus propre lors de la COP22. La Banque centrale va réserver un traitement prudentiel incitatif pour encourager les banques à développer les financements verts.
 BMCE Bank of Africa, BCP, Crédit Agricole, Attijariwafa bank... vont émettre leurs premières obligations vertes. Ces fonds iront financer des projets environnementaux des entreprises. En attendant ces opérations, BMCI, elle, a déjà émis un certificat de dépôt à taux révisable dont le rendement est adossé à la performance de l’Indice Ethical Europe Climate Care. A l'avenir, les banques seront plus sensibles à l'impact environnemental des projets d’investissement qui leur parviennent. C’est un critère sur lequel les entreprises doivent fournir des efforts pour améliorer leur notation. 
Pour l'heure, les offres de crédits destinés aux projets verts se multiplient sur le marché. BMCE Bank of Africa et BCP en ont développé en partenariat avec la Berd, la BEI, l'AFD et KfW dans le cadre du programme Morseff. Il permet d'accorder jusqu'à 50 millions de DH de crédits aux PME. L'offre est assortie de conditions tarifaires préférentielles, d'un accompagnement technique gratuit et d'une subvention d'investissement. Crédit Agricole du Maroc, le principal bailleur de fonds du monde agricole et rural, a conçu des produits intégrant l'impact du dérèglement climatique. Il a développé une formule de financement indexée aux irrégularités des précipitations. Elle permet aux agriculteurs de compenser les flux déficitaires des années difficiles de sécheresse par les excédents des bonnes années agricoles. Ce financement est reconductible sur cinq ans. D'autres offres, telles que le Crédit Saquii, sont destinées à inciter les agriculteurs à rationaliser l'utilisation de l’eau en préfinançant  et en complétant la subvention reçue de l’Etat pour les agriculteurs ayant choisi de passer de l’irrigation gravitaire au goutte-à-goutte.
Cependant, si l’offre se développe, la demande ne suit pas le même rythme. Moins de 5% des investissements en efficacité énergétique recommandés ont été réalisés. La réticence des entreprises reste forte. L'immobilisme est en partie renforcée par une législation peu contraignante et une communication peu convaincante. «Il faudra beaucoup de sensibilisation ainsi que du renforcement des capacités», relève un expert. Beaucoup de patrons ne comprennent pas encore l'intérêt d'engager ces investissements. Sinon, le coût de la technologie, la rapidité de l'innovation, la méconnaissance des solutions, l'absence de prestataires qualifiés sont entre autres des facteurs de blocage. Là, le conseil de la banque pourra être décisif. 

100 milliards de dollars d’investissement par an!

Les pays émergents doivent investir au moins 100 milliards de dollars chaque année pour limiter le réchauffement climatique. Pour les économies africaines particulièrement, la facture sera lourde. Tous les leviers seront utiles pour mobiliser les capitaux. Reste que les Etats africains peinent à attirer les fonds climatiques qui sont principalement logés dans les pays du Nord. Tout comme ils éprouvent des difficultés à valoriser leurs propres ressources. Environ 1.000 milliards de dollars (fonds de pension, réserves des banques centrales, liquidités des banques commerciales...) ne seraient pas utilisés d'une façon productive en Afrique. Ces capitaux pourraient très bien servir à financer les infrastructures de base mais aussi la transition vers une économie verte, à condition de développer des marchés financiers plus efficients. Les rendez-vous comme le Climate Finance Day ont pour objet de trouver des solutions pour mobiliser efficacement les ressources. 

 

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