COP22

Les patrons au premier plan

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:4892 Le 07/11/2016 | Partager
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Meriem Bensalah Chaqroun:  La COP22 est une étape importante dans le sens où elle signe une reconnaissance, par les Etats, du rôle que jouera le secteur privé dans la tenue de leurs engagements en matière d’atténuation de Gaz à effet de serre.

Les entreprises sont interpellées à plus d’un titre dans la lutte contre les risques de changement climatique. Elles joueront un rôle de premier plan dans la mise en œuvre des engagements du Maroc. De plus, elles sont appelées à financer des actions en faveur de l’environnement.
 
- L’Economiste: Qu’attend le milieu des affaires de la COP22?

- Meriem Bensalah Chaqroun: Nos attentes et nos espoirs sont grands. La COP22 est, pour la CGEM, et à travers elle pour le secteur privé, l’occasion d’une prise de conscience globale des enjeux climatiques. Aujourd’hui, le réchauffement climatique s’impose à tous et l’entreprise ne peut l’ignorer: elle doit s’y adapter en l’intégrant dans sa chaîne de valeurs. Dans un très proche avenir, les entreprises seront appelées à consommer mieux et polluer moins, tout en préservant leur compétitivité. Elles devront donc réaliser une évolution de leurs process et un saut technologique. 
La COP22 est également une étape importante dans le sens où elle signe une reconnaissance, par les Etats, du rôle que jouera le secteur privé dans la tenue de leurs engagements en matière d’atténuation de Gaz à effet de serre. Car, ne nous y trompons pas, c’est le secteur privé, le tissu productif, qui va mettre en œuvre lesdits engagements. C’est lui qui sera appelé à réduire les émissions que ce soit directement dans sa manière de produire des biens et services, ou indirectement à travers le financement d’actions en faveur de l’environnement.   
 
- Comment comptez-vous vous y prendre pour sensibiliser les membres de la CGEM aux risques de changements climatiques?
- Il faut tout d’abord signaler que la mobilisation de la CGEM en faveur du climat, et de l’environnement, de manière plus globale, n’est pas le fruit d’une conjoncture liée à la COP22. Notre mobilisation remonte à plus de 20 ans, lorsque  la CGEM était associée, au début des années 90 aux discussions sur le climat. Nous avons ensuite créé, en 1998, la Commission dédiée à l’environnement, appelée aujourd’hui Commission «climat, énergie et économie verte», et, dans la foulée, un pôle d’excellence à travers le Centre marocain de production propre (CMPP) qui accompagne les entreprises dans leurs actions d’efficacité énergétique et d’amélioration de leur impact carbone.  Nous avons également été partie prenante à la COP7, qui s’est déroulée à Marrakech, en 2001. Par la suite, en 2006, nous avons lancé notre charte de responsabilité sociale des entreprises à laquelle nous avons adossé un Label RSE aux standards les plus rigoureux en la matière. Nous sommes également partenaires de la Fondation Mohammed VI pour l’Environnement avec laquelle nous menons plusieurs actions en rapport avec l’empreinte climat du secteur privé, notamment le Pacte Qualit’Air qui engage les entreprises dans un cercle vertueux de mesure de leurs émissions et d’efforts pour les réduire. 

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«Notre mobilisation, en tant que Confédération patronale, en faveur du climat et de l’environnement, n’est pas le fruit d’une opération ponctuelle à la veille de la COP22. 
Notre mobilisation remonte à plus de 20 ans, lors des discussions sur le climat dans les années 1990»

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Enfin, nous avons lancé, en avril dernier et au cours du mois d’octobre écoulé, en partenariat avec les ministères concernés et la société civile, deux coalitions: l’une dédiée à la gestion et la valorisation des déchets (Covad) et l’autre dédiée à la question de l’eau (Coalma). Il s’agit, à travers un partenariat public-privé, d’aborder ces problématiques sectorielles et régionales sous des angles divers, tels que la question économique, les politiques publiques, les impacts sociaux et la gestion responsable de la ressource. 
Comme vous le voyez, l’engagement de la CGEM n’est pas né avec la COP22 et se poursuivra bien au-delà.
 

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La confédération patronale et le comité de pilotage ont travaillé main dans la main sur les engagements des industriels et l’implication du milieu des affaires sur la question du climat

- Quels seraient les engagements du Patronat dans le cadre de la COP22? Comment la CGEM compte-t-elle capitaliser sur cet événement planétaire?
 - La COP22 est pour nous une étape qui va nous permettre d’inscrire dans la durée, l’action climatique. Nous voulons arrimer l’entreprise marocaine à la dynamique de lutte contre le changement climatique pour qu’elle anticipe le changement plutôt que de le subir et pour qu’elle se positionne sur les opportunités de la nouvelle économie verte. Ne l’oublions pas, si la question climatique impose des contraintes d’adaptation aux entreprises, elle est aussi un gisement d’opportunités pour faire évoluer leur manière de produire et l’occasion de les positionner sur de nouveaux métiers. Notre objectif est de faire émerger un écosystème local où, à côté des champions nationaux tels que Masen ou Nareva, les PME et TPE soient également producteurs de biens et services «verts».  C’est pour cela que nous avons lancé, le 31 octobre dernier, une initiative très importante et qui sera la feuille de route du secteur privé marocain pour les années à venir: «l’Initiative entreprise climat Maroc» (IECM).  Cette feuille de route s’articule autour de 4 axes: la sensibilisation, la formation des compétences, l’accompagnement dans le changement et le développement, à travers la nouvelle économie verte (voir encadré). Nous voulons accompagner nos secteurs, nos entreprises à définir leurs besoins en matière d’adaptation de leurs systèmes productifs, aussi bien en termes de ressources humaines que de technologie. Ensuite, nous allons les accompagner dans leur conversion. Le tout, en créant un cadre pour que les entreprises puissent faire valoir leur engagement: une Charte Climat et, par la suite, un Label Climat. Pour la mise en œuvre de l’ICEM, sa gouvernance sera répartie en 3 niveaux. Un pilotage stratégique assuré par une «Task Force Climat» qui intègre les fédérations sectorielles et les régions; un groupe de travail exécutif composé des membres de la Commission «Energie, climat et économie verte»; et un véhicule d’exécution qui sera le CMPP. Ce dernier aura pour missions d’accompagner les entreprises, d’étudier avec elles les meilleures solutions d’évolution et de les diriger vers les expertises nécessaires. 

 - Comptez-vous faire le forcing pour l’adoption d’une fiscalité verte à l’occasion de la préparation du projet de loi de finances?
- Nous avons proposé,  au titre du projet de loi de finances 2017, la mise en place d’un régime spécial d’amortissement accéléré pour les équipements industriels à émission réduite. Pour le compte des importateurs automobiles, la CGEM soutient également un régime fiscal spécial visant les véhicules propres. L’idée est d’exonérer ce type de véhicules des frais d’importation, de la vignette et de la taxe de luxe. Aussi, nous soutenons la proposition des importateurs qui consiste en la mise en place d’un droit de timbre anti-pollution qui serait prélevé lors des cessions de véhicules ne respectant pas les seuils d’émission. De manière globale, nous avons, lors de nos rencontres avec les partis politiques, en prélude aux élections législatives, proposé à ce que l’Etat mette en place les incitations nécessaires, et pas seulement fiscales (foncier, social...) pour favoriser l’émergence d’un écosystème lié à l’économie verte. Nous avons la chance d’être bien positionnés sur l’échiquier mondial avec nos grands projets solaire et éolien. Nous devons profiter de cette fenêtre de tir pour mettre notre économie sur une orbite verte. Et cette fenêtre de tir ne restera pas ouverte longtemps car tous les pays ont envie de l’exploiter.

- Vous avez également organisé plusieurs événements liés à la question climatique?
 - Notre programme d’événements, en rapport avec le climat, a commencé depuis le début de l’année 2016. Nous avons tenu les sessions de nos «Green Growth Academy» autour des questions de l’eau, du tourisme, de l’agriculture et de la pêche, et leur rapport avec le climat. Nous avons également organisé des Business Dialogue, espaces de débat du secteur privé, regroupant acteurs nationaux et internationaux autour des questions de l’eau, de la finance climat et du triple A (Adaptation de l’Agriculture en Afrique), respectivement à Tanger, à Londres et à Nairobi. Nous avons également organisé un sommet international à Skhirat sur la question de la valorisation des déchets.

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L’Initiative Entreprise Climat

 

    A CGEM vient de lancer officiellement son plan d’actions pour la lutte contre les effets des changements climatiques. L’initiative «Entreprise Climat Maroc», puisque c’est le mot d’ordre qui a été choisi pour ce pacte, est une stratégie qui s’articule autour de quatre objectifs. Le premier concerne l’intégration des risques et des opportunités climatiques dans les plans de développement des entreprises. Le pacte de la CGEM proposera des solutions techniques, technologiques, financières et réalistes pour les entreprises pour atténuer l’impact des changements climatiques et s’y adapter. A travers son plan d’actions, la CGEM souhaite également jouer un rôle de locomotive en exportant son modèle vers des pays africains. Le quatrième axe porte sur l’accompagnement, voire la récompense, des entreprises qui s’engagent pour l’environnement en adhérant à la charte dédiée dans une première étape, puis un label climat. Le pack CGEM pour le climat se décline à travers un train de mesures, dont la sensibilisation des entreprises aux risques des changements climatiques, la formation sur différentes thématiques, l’accompagnement des entreprises qui souhaitent adopter une démarche climatique.  Il s’agit également de considérer les risques climatiques non pas seulement comme une contrainte mais aussi comme une source d’opportunités pour développer une économie verte et à bas carbone. 
Le pacte CGEM pour le climat a été décliné par Meriem Bensalah Chaqroun, devant un parterre de chefs d’entreprises, quatre jours avant l’entrée en vigueur de l’accord de Paris, le vendredi 4 novembre.

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Les engagements de la CGEM

Nous avons un ensemble d’événements prévus lors de la COP22. L’un d’eux marquera un tournant dans la conjonction des efforts du secteur privé à l’international. 
En effet, lors du «High Level Business Summit», que nous organisons à Marrakech le 16 novembre, les patronats d’une quarantaine de pays signeront une déclaration d’engagement en faveur du climat. Cette «déclaration de Marrakech» signifie que le secteur privé à l’échelle internationale, aura une feuille de route globale unifiée, qui sera déclinée ensuite en objectifs spécifiques selon les pays.  A côté du High Level Business Summit, nous aurons, lors de la COP22, plusieurs «Side Event» en rapport avec la RSE ou encore l’Innovation, sans compter les événements dont nous sommes les partenaires comme [email protected], le «Business and Industry day»...
Que visons-nous à travers ces événements me direz-vous? Deux objectifs: Primo la sensibilisation des entreprises sur les enjeux climatiques et la nouvelle donne que représentera leur futur cadre d’action. Secundo, ces rencontres donneront  lieu à des recommandations du secteur privé que nous soumettrons aux négociateurs lors de la COP22. J’aimerais rappeler à cet effet que la CGEM a obtenu, depuis 4 mois le Statut d’Observateur auprès des Nations Unies dans la catégorie des organisations professionnelles (Bingo) non seulement pour cette COP mais également pour toutes les COP à venir. Cela veut dire que des représentants de la CGEM seront associés aux négociations et qu’ils pourront émettre un avis.

 

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