Tribune

Appel à l’action: Ce qui est bon pour la planète est bon pour la santé

Par Dr Maria NEIRA Dr Yves SOUTEYRAND | Edition N°:4892 Le 07/11/2016 | Partager
dr_maria_neira_et_dr_yves_souteyrand.jpg

En 2012, 12,6 millions de personnes sont décédées dans le monde du fait qu’elles vivaient ou travaillaient dans un environnement nocif pour la santé. Cela représente près du quart du nombre total des décès. La pollution de l’air, de l’eau ou des sols, les expositions aux produits chimiques, les changements climatiques et les rayonnements ultraviolets contribuent à plus d’une centaine de maladies et traumatismes. Des dizaines de milliers de décès prématurés sont liés aux changements climatiques: le réchauffement de la planète sera à l’origine de 250.000 décès supplémentaires chaque année entre 2030 et 2050.
Les effets dévastateurs de la pollution de l’air affectent le climat et la santé. On les observe partout, dans les mégapoles cernées par le smog ou dans les habitations des villages enfumées par les réchauds utilisés pour la préparation des repas. Pourtant, en pratique, cette pollution est due à l’homme et pourrait être complètement évitée.
La pollution de l’air provient en majeure partie de la production et de la consommation d’énergie à base de combustible fossile. En investissant dans des sources d’énergie plus propres (énergie solaire et éolienne, hydroélectricité, biomasse, géothermie et biocombustibles) et en mettant à disposition des populations les plus pauvres des réchauds et des systèmes de cuisson efficaces, les gouvernements peuvent à la fois sauver des vies et faire un pas décisif pour sauver notre planète. Cela permettrait d’éviter environ 2,4 millions de décès prématurés chaque année et réduirait de 0,5 °C le réchauffement climatique d’ici 2050.
Si la pollution de l’air constitue une dimension majeure, elle n’est cependant qu’un des éléments de la relation entre climat et santé. Les changements climatiques eux-mêmes affectent et menacent tous les aspects de notre santé par le biais de l’air que nous respirons, de l’eau que nous buvons, des aliments que nous consommons et de l’environnement dans lequel nous vivons.
Les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ont montré que la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes (canicules, inondations et tempêtes tropicales) croît dans de nombreuses régions du monde, provoquant l’augmentation des risques de mortalité et de problèmes de santé qui s’y associent.

cop_22_action_092.jpg

Les changements climatiques modifient l’épidémiologie des maladies infectieuses. Le paludisme, autrefois cantonné dans les zones de basse altitude, se transmet désormais plus facilement dans les régions plus hautes de l’Afrique subsaharienne. Les tropiques se réchauffent et deviennent plus humides, créant les conditions qui facilitent la propagation d’autres maladies transmises par les moustiques, notamment la dengue, pour laquelle on compte environ 390 millions de cas par an, et le virus Zika. En décembre dernier, les dirigeants du monde présents à Paris à la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP21) sont parvenus à un accord historique: réduire suffisamment les émissions de gaz à effet de serre pour contenir l’élévation de la température moyenne de la planète «nettement en dessous» de 2 degrés centigrades d’ici 2100. L’Accord de Paris est également un accord de santé publique. Dès la première page de cet Accord, les 195 pays s’engagent à lutter contre les changements climatiques pour préserver le droit à la santé. La plupart des risques sanitaires liés aux changements climatiques sont évitables. Des systèmes de santé renforcés, des investissements dans la prévention des maladies, dans l’amélioration des systèmes d’approvisionnement en eau et d’assainissement, ou le renforcement de la surveillance des maladies infectieuses, vont sauver des vies et protéger de l’aggravation des risques climatiques. En juillet de cette année, l’OMS et les gouvernements de France et du Maroc ont réuni des ministres, des experts de la santé et de l’environnement ainsi que des professionnels du monde entier à Paris pour définir ce que les pays doivent faire pour remédier aux changements climatiques tout en améliorant la santé des populations. La conférence a mis en place un programme d’action qui définit comment les communautés de la santé et de l’environnement doivent collaborer sur la question du climat.
Premièrement, mobiliser davantage les professionnels de la santé du monde entier dans le cadre d’un fort engagement pour faire face aux changements climatiques.
Deuxièmement, démontrer les bénéfices sanitaires et économiques induits par le respect des engagements pris par les pays pour réduire les émissions de carbone et protéger les populations.
Troisièmement, intensifier nos efforts pour assurer que la santé soit protégée des risques croissants provenant des changements climatiques et que les investissements dans les technologies à faible émission de carbone, réalisés dans des secteurs clés comme l’énergie, les transports, l’agriculture et la santé elle-même, soient bénéfiques pour la santé en même temps qu’ils réduisent les émissions de carbone.
Le monde dispose de toutes les données scientifiques. Il est temps d’agir. Certains pays ont commencé. Chaque pays, chaque secteur et chaque partenaire doit prendre sa part. C’est en travaillant ensemble, que nous pouvons atteindre le but d’une planète et d’un avenir en meilleure santé, pour nous comme pour les générations futures.

Moment décisif

La 22e Conférence des parties (COP22) démarre à Marrakech aujourd’hui. Avec plus de 90 pays qui l’ont ratifié, représentant plus de 55% des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, l’Accord de Paris est entré en vigueur. La Conférence de Marrakech va constituer un moment décisif au cours duquel le monde va passer de l’étape des négociations sur le climat à celle de la mise en œuvre des actions. Pour la première fois, la santé va être au cœur de l’agenda. Reconnaissant l’importance des liens entre la santé et les changements climatiques, le gouvernement du Maroc, l’OMS et l’UNEP convoquent un sommet des ministres de la Santé et de l’Environnement du monde entier à Marrakech, le 15 novembre, pour créer une plateforme à laquelle les secteurs de l’environnement et de la santé collaboreront de manière étroite dans le but d’améliorer la santé et préserver la planète.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc