COP22

Une nouvelle génération de COP est née

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:4892 Le 07/11/2016 | Partager

L’enjeu du Sommet est de faire de Marrakech une véritable traduction des décisions de Paris. Il s’agit, selon Lhafi, de mettre en œuvre des engagements, gérer les financements et assurer une réelle reconversion des modèles économiques

- L’Economiste: La COP22 ouvre aujourd’hui. Pour vous, quels sont les enjeux de ce sommet planétaire pour le Maroc?
 

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Pour Abdelâdim Lhafi, l’objectif de la présidence marocaine est d’établir une feuille de route et une visibilité pour rassembler les 100 milliards de dollars d’ici 2020. «L’ambition est de veiller à garder le caractère universel de l’accord de Paris dans un esprit inclusif, permettant à l’ensemble des pays de procéder à sa ratification pour garder cette offre collective et solidaire de lutte contre les changements climatiques», souligne le commissaire général 
 

- Abdelâdim Lhafi: Cette rencontre universelle constitue la première Conférence des parties après l’accord historique de Paris. Ce succès diplomatique a suscité beaucoup d’attentes. L’enjeu est de faire de Marrakech une véritable traduction dans le concret des décisions de Paris. 
La conscience universelle s’est matérialisée par la volonté politique, à l’unisson, d’agir vite avec l’intensité et le rythme qu’exigent les défis climatiques pour inverser les tendances. Les actions sont d’abord  celles qui s’adressent à l’atténuation  des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi celles qui prennent en compte l’adaptation aux  effets et aux conséquences des changements climatiques. 
La COP22  se tenant à Marrakech, il était  évident qu’une sensibilité particulière se manifeste à l’adresse des pays du sud et des petits Etats insulaires. Ceux-ci subissent de plein fouet les effets d’évènements extrêmes, et les conséquences des changements climatiques, sans qu’ils aient une  quelconque responsabilité historique dans les dégradations des ressources  naturelles ou de la biocapacité de cette planète que nous avons en partage.
- Peut-on mesurer ces impacts sur le tourisme et le rayonnement du Maroc sur le plan international?
- Le choix du Maroc d’abriter cette conférence est en lui-même une reconnaissance pour notre pays des efforts qu’il déploie dans les domaines  de la préservation de l’environnement et dans l’émergence d’un  modèle de développement s’inscrivant parfaitement dans  les objectifs que la communauté internationale s’est fixés en termes de lutte contre les changements climatiques et leurs effets. 
Le Maroc consolide sa position comme pays modèle en la matière. L’engagement au plus haut niveau de l’Etat s’affirme toujours plus. SM le Roi, alors prince héritier, avait représenté le Maroc au Sommet  de la Terre en 1992 à Rio de Janeiro. Sous l’égide du Souverain, deux Conférences de parties  on été organisées à Marrakech, toujours à des moments décisifs. En 2001, Marrakech abritait la COP7, immédiatement après l’adoption de Kyoto. Aujourd’hui, le Maroc se positionne à l’international en organisant la COP22, étape décisive pour la mise en œuvre des décisions de l’accord de Paris. Ces acquis politiques sont évidemment d’une importance capitale et les retombées économiques, y compris dans le secteur touristique, viennent inscrire Marrakech dans les destinations qui ont eu toujours rendez-vous avec l’histoire dans les moments décisifs.

- Pour la plateforme des négociations, qu’avez-vous préparé en guise de propositions?
- Immédiatement après l’accord de Paris, en décembre 2015, le Maroc, en tant que présidence montante  de la COP22, en collaboration étroite avec la présidence française de la COP21, et le secrétariat exécutif des Nations unies sur les changements climatiques, s’est fixé des objectifs précis et ambitieux pour  maintenir l’engagement et la mobilisation de la communauté internationale, autour de cet accord, qualifié justement d’universel, équilibré et équitable.
La feuille de route de la présidence marocaine a inscrit dans un agenda les négociations et les rencontres sur les sujets essentiels tels que le financement, l’adaptation aux changements climatiques, le transfert de technologies et la formation en capacités humaines et institutionnelles  qui constituent les éléments déterminants dans la conduite des projets et des actions pour une réelle reconversion de nos modèles économiques en modèles sobres en carbone. 
L’objectif est d’atteindre une neutralité carbone  à partir de 2050, où nos émissions en gaz à effet de serre seront égales ou inférieures à ce que la planète Terre peut absorber.
- Après les campagnes de communication, l’opinion publique s’est appropriée cette manifestation où les ONG seront présentes en force. Quel est l’impact de cette implication de la société civile?
- La sensibilisation du citoyen et son engagement dans ce combat contre les changements climatiques se fait à divers niveaux et avec des outils et des moyens complémentaires et à travers des approches cibles. Les rencontres au niveau des territoires et des universités, les débats qu’anime la société civile, les séminaires techniques sur des thématiques telles que l’eau, l’énergie, la sécurité alimentaire ou encore la dégradation des ressources naturelles ont toutes comme objectif  de connaître, d’analyser et de se définir  par rapport à ces questions  centrales. Il s’agit de s’approprier le débat sur ces défis climatiques où l’action de chacun, aussi minime soit-elle, prise séparément, constitue le fondement de la réussite de notre combat.

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- La France passe le leadership du climat au Maroc. Comment s’opère le transfert du savoir-faire, de l’expertise technique, de l’appui diplomatique et de la mobilisation internationale?
- Dans la logique de la gestion des Conférences de parties (COP), il y a toujours un lien étroit entre la COP (-1) et la COP (+1), avec des temps de confluence où la coopération est étroite entre la présidence montante et la présidence effective, entre les deux  et le secrétariat exécutif  des Nations unies  pour les changements climatiques. 
La présidence française passe le témoin à la présidence marocaine ce 7 novembre. C’est en fait une passation progressive. Je tiens à saluer l’excellente coopération et la mise en commun de nos efforts pour un objectif commun, celui de faire de la COP22 un moment de bilan positif et une étape d’actions, qui doit nous amener à 2018. Elle sera une année de bilan pour mesurer nos efforts, et réajuster aux besoins nos ambitions pour une augmentation maximale de 2 C et autant que possible 1,5 C, d’ici la fin du siècle. Avant cette date, l’accord de Paris n’est pas soumis à négociation, mais fait l’objet d’actions de mise en œuvre concrète.

- Sommes-nous bien préparés pour prendre la relève?
- Le Maroc, qui prendra la présidence le 7 novembre, et l’assurera jusqu’à la date de la COP23, travaillera sur les axes essentiels définis dans sa feuille de route. Le financement constitue l’une des principales attentes des pays du sud pour réaliser les projets d’adaptation notamment. L’objectif est d’établir  une feuille de route et une visibilité pour rassembler les 100 milliards de dollars à partir de 2020. Si les investissements dans les projets rentables requièrent la mise en place de signaux qui encouragent ces investissements, par la mise en place de réglementations adéquates, d’un environnement  favorable et d’un engagement de pouvoirs publics, il apparaît évident que certains projets d’adaptation notamment, ceux à la rentabilité financière  insuffisamment incitative, demandent des modes de financements innovants, par la combinaison de fonds publics, privés du mécénat ou de philanthropie. Il est par ailleurs dans l’ambition de la présidence marocaine de la COP22 de veiller à garder le caractère universel de l’accord de Paris dans un esprit inclusif, permettant à l’ensemble des pays de procéder à la ratification de l’accord pour garder cette offre collective et solidaire de lutte contre les changements climatiques.

- Qu’en est-il de l’initiative «triple A»... Le Maroc a-t-il les moyens de lever tout seul ce défi?
- Les COP, nouvelle génération, et Marrakech en sera le prototype, sont axées sur l’action, au-delà des objectifs des accords à l’issue de négociations, souvent complexes. Actions à travers les initiatives, et les coalitions dont il convient de consolider les contenus et activer la mise en application par le secteur privé,  par les responsables de la gestion des territoires, par l’engagement de la société civile et, d’une façon générale, l’ensemble des citoyens. Le «triple A» que porte le Maroc est une initiative concrète, qui répond aux soucis de faire de l’adaptation de l’agriculture, en Afrique, un moteur essentiel de la sécurité alimentaire et de la stabilité. Et dans le contenu du triple «A», les questions de l’eau, de la terre, de l’énergie et du transfert des technologies sont traitées, concomitamment pour répondre à un même objectif. Le Maroc, dont le savoir-faire est avéré dans ces domaines, peut être un acteur important dans la coopération sud-sud et dans l’émergence d’un développement intégré, pour l’Afrique et par les Africains.
 

 

Combien ça coûte?

Le financement de la COP22, dont les coûts sont estimés autour de 1 milliard de dirhams, est couvert par les fonds publics, par la coopération internationale, bilatérale et multi-bilatérale. S’y ajoutent les partenariats, le sponsoring des entreprises privées et la location des espaces pour les pavillons dans les zones bleue et verte. En outre, l’ensemble des évènements, labélisés avant, pendant et après la COP, obéissent à une charte et à un engagement, délivré à travers une approbation de conformité vis-à-vis des thèmes et leur lien avec les objectifs de la conférence sur les changements climatiques.

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