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Les bicyclettes du recyclage

Par Jessica ELLIS | Edition N°:4891 Le 04/11/2016 | Partager
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Wecyclers fonctionne grâce au travail d’équipe, en mettant en place des mesures de collecte incitatives dans les zones de la mégalopole où les revenus sont les plus faibles. Chaque semaine, une flottille de cyclistes pédalent sur des triporteurs fabriqués sur mesure en faisant du porte-à-porte

Une entrepreneure nigériane a découvert une façon artisanale d’encourager les citoyens à recycler leurs détritus et à nettoyer leur ville tout en gagnant de l’argent.

 Lagos, au Nigeria, on est choqué par la vue et l’odeur des ordures non ramassées. Des tas de détritus jonchent les rues et s’amassent à l’extérieur des maisons, autour des lieux de travail et dans les zones où les enfants jouent. Les ordures remplissent les voies d’écoulement des égouts et les voies navigables qui mènent à l’océan Atlantique, créant ainsi un terrain propice au développement des maladies comme la malaria.
Les villes du monde entier éprouvent des difficultés à gérer leurs déchets, mais le cas de Lagos est particulièrement désastreux. On estime que les deux tiers de la population habitent dans des bidonvilles. Beaucoup n’ont pas accès à un ramassage des ordures fiable et le recyclage y est pratiquement inexistant. Née il y a quatre ans, une start-up écolo appelée Wecyclers est déterminée à faire du recyclage une pratique courante à Lagos et dans l’ensemble du continent africain en aidant la population à voir dans les ordures une source de valeur.

Un business model où tout le monde est gagnant

Wecyclers fonctionne grâce au travail d’équipe, en mettant en place des mesures de collecte incitatives dans les zones de la mégalopole où les revenus sont les plus faibles (et là où les services municipaux sont souvent inaccessibles) et en donnant aux citoyens locaux la possibilité de contribuer à la résolution du problème des déchets de Lagos.
C’est un business model où tout le monde est gagnant. Chaque semaine, une flottille de cyclistes pédalent sur des triporteurs fabriqués sur mesure en faisant du porte-à-porte.  Le long d’étroites ruelles non pavées où des camions ne pourraient pas circuler, ils pèsent et  ramassent des déchets recyclables auprès des foyers inscrits au programme de collecte. Les membres reçoivent des points pour chaque kilogramme de déchets recyclés, points qu’ils peuvent échanger contre des marchandises. «Nous aidons nos souscripteurs à économiser en utilisant leurs déchets pour obtenir des choses qu’ils souhaitent posséder. Il peut s’agir d’une télévision, d’une machine à coudre ou même de l’argent indispensable pour payer un mariage», a déclaré la PDG et fondatrice de Wecyclers, Bilikiss Adebiyi-Abiola.
Une fois les ordures recyclables ramassées par Wecyclers, les articles sont triés, emballés et vendus à des entreprises de recyclage nigérianes qui utilisent les matériaux pour fabriquer de nouveaux produits comme par exemple du rembourrage pour les oreillers.

103 emplois créés

Depuis 2012, Wecyclers a collecté 1.000 tonnes de déchets domestiques auprès de plus de 11.000 foyers et a créé 103 emplois. «A mon avis, la preuve que Wecyclers fait une différence est la quantité de déchets que nous ramassons chaque jour», a expliqué Bilikiss. «Parfois je m’arrête et je pense à ce qui se passerait dans ces communautés si nous ne ramassions pas les déchets».
 Née et élevée à Lagos, Bilikiss Adebiyi-Abiola est partie aux Etats-Unis à 17 ans pour poursuivre ses études. Elle a inventé le concept de Wecyclers en faisant un MBA au Massachussetts Institute of Technology (MIT), dans le cadre d’un cours destiné à trouver des solutions pratiques pour aider les plus pauvres. «Au Nigeria, environ 70% de la population vit à la base de la pyramide. Ce constat a déclenché en moi une prise de conscience», a-t-elle souligné.  A son démarrage, Wecyclers a reçu le soutien de divers programmes du MIT. Aujourd’hui, la compagnie est subventionnée et soutenue par le gouvernement de l’Etat de Lagos, par des compagnies privées comme DHL, Unilever et Oracle Corporation, et par des fondations comme Small World Foundation. Récemment, Eric-Vincent Guichard de Gravitas Capital a proposé d’émettre une obligation Diaspora pour Wecyclers, en partie appuyée par l’Usaid.
Wecyclers a également reçu une reconnaissance internationale. La start-up a été finaliste de l’Eco Startup Showcase SXSW 2016, et au moment de l’écriture de cet article, Bilikiss  était en lice pour obtenir le prix All Africa Business Leader.
Mais Wecyclers doit encore relever beaucoup de défis. Bilikiss a admis qu’elle n’avait pas encore réalisé de bénéfices, bien qu’elle n’en soit pas loin. «Pour l’instant nous supportons le coût total du ramassage des ordures. Nous avons besoin que le gouvernement prenne des mesures pour encourager les citoyens à se sentir responsables des déchets qu’ils produisent».
 En dépit des obstacles, elle est décidée à élargir les opérations et à aider les gens à changer de comportement vis-à-vis des déchets. «Je pense que nous touchons au but quand je vois la prise de conscience dans les yeux des gens que nous servons», rapporte-t-elle. «Ils comprennent maintenant que les déchets ont une valeur et ils sont motivés pour en tirer un revenu et améliorer leur niveau de vie».

10.000 tonnes de déchets par jour

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Lagos est la région métropolitaine la plus peuplée d’Afrique, avec environ 21 millions d’habitants. Tous les jours, 10.000 tonnes de déchets sont produites, d’après les autorités, créant ainsi des risques majeurs pour la santé et l’environnement dans de nombreuses communautés. Actuellement, on estime que seulement 40% environ des déchets de la ville sont ramassés et 13% recyclés.

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