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De la boue et des déchets sucriers pour du compost

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:4891 Le 04/11/2016 | Partager
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L’équipe de biochimie et biotechnologie des plantes (BBP) de la faculté des sciences Semlalia de Marrakech, en collaboration avec la société Biodech sarl, spécialisée dans le recyclage des déchets et la production de compost, ont mis au point un procédé d’addition des écumes des sucreries aux boues des Step (Ph. BBP)

La fraction organique des déchets ménagers au Maroc représente plus de 60%. Non valorisée, elle se retrouve dans les décharges et participe à la production de gaz à effet de serre. Le co-compostage de cette fraction avec d’autres déchets, tels que les écumes des sucreries et les déchets verts, représente ainsi une solution viable écologiquement et économiquement. C’est l’innovation proposée par la société Biodech.

jouter les écumes des sucreries aux boues des Step (Station d’épuration des eaux usées), une autre manière de les traiter. Ce procédé est actuellement à l’étude au sein de l’équipe de biochimie et biotechnologie des plantes (BBP) de la faculté des sciences Semlalia de l’Université Cadi Ayyad à Marrakech au Maroc, sous la direction du Pr Khalid Fares, en collaboration avec la société Biodech sarl, spécialisée dans le recyclage des déchets et la production de compost. L’addition aux boues des Step de ces déchets sucriers appelés écumes, issus de l’épuration des jus de betterave et de canne à sucre par la chaux, permet de réduire la charge bactérienne, de diminuer les pertes de gaz, et ainsi d’améliorer le compostage. Tout en valorisant au passage ces déchets sucriers, qui représentent environ 270.000 tonnes par an, ce procédé testé augmente également le tonnage de compost. Un intérêt économique non négligeable. Les résultats de l’expérience ont été communiqués dans plusieurs congrès nationaux et internationaux et montrent qu’aussi bien sur le point de vue physicochimique que bactériologique, l’addition de ces écumes est une piste à suivre. D’autant que ce compost répond à la norme française NFU 44095 dédiée aux composts issus des boues des Step. Testée sur du radis, la méthode a donné d’excellents résultats. Un projet de rédaction et de dépôt de brevet est d’ailleurs en cours.
Pour le professeur Fares, «la loi sur l’eau (loi 10-95) et le Plan national d’assainissement liquide ont eu le mérite d’avoir poussé les communes, les villes et les industriels à se doter de stations de traitement et d’épuration des eaux, les Step. Ces stations fonctionnant selon différents modèles produisent des eaux traitées qui sont encore peu valorisées au Maroc -à part quelques initiatives louables- mais aussi des boues souvent rejetées à côté ou dans les décharges publiques. C’est le maillon “oublié” de la loi 10-95».
Le compost de la société Biodech sera dans un premier temps utilisé uniquement au niveau des espaces verts «tant la résistance au changement n’est pas négligeable au Maroc et la méconnaissance du compost et de ses vertus est grande». Notons que l’entreprise a été créée via l’incubateur universitaire de Marrakech par les 2 chercheurs de l’équipe BBP, Khalid Fares et Nabila Saadaoui, qui sont à l’origine de 4 brevets marocains sur la valorisation des déchets dont 3 utilisent les écumes des sucreries. Biodech, qui a été invitée à présenter son invention lors de la COP21, est également à l’origine du compostage des margines, l’eau de végétation contenue dans les cellules des olives. Cette solution à très faible coût permet elle aussi de réduire l’utilisation des engrais chimiques et leur effet néfaste sur la nappe phréatique.

600.000 tonnes à l’horizon 2030

Dans son rapport sur «l’état de l’environnement du Maroc» en 2015, le ministère délégué en charge de l’Environnement évalue la quantité des boues produites à plus de 60.000 t/an. Selon le même rapport, en globalisant à la fois les boues urbaines et industrielles, la production atteindra à l’horizon 2030 un total de plus de 600.000 tonnes de matière sèche par an, dont 500.000 tonnes proviendraient des boues urbaines. Or, le tonnage important de ces boues, leur charge bactérienne et leur composition chimique imposent un traitement et une valorisation par le compostage notamment. Très ancien, il a l’avantage d’être facile à gérer et de ne nécessiter que très peu d’investissement. De plus, le produit final (compost), riche en substances humiques, réincorporé dans un sol, améliore sa structure et sa teneur en matière organique.

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